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    Lombalgie: et si on arrêtait d'avoir mal?

    Une personne sur dix souffre de lombalgie au niveau mondial. Parfois à vie. Souffrant elle-même du dos et refusant que la douleur soit une fatalité, la journaliste Aline Perraudin encourage ceux qui en ont plein le dos à se bouger.

     

     

    Publié le 
    11 Octobre 2018
     par 
    Fabienne Rosset

    Un vol long-courrier; des gesticulations interminables afin de trouver LA position parfois un peu acrobatique pour dormir sur un siège inconfortable; le réveil avant l’atterrissage et le dos bloqué. Voilà ce que beaucoup de voyageurs expérimentent et ce qui a déclenché, il y a quelques années, la lombalgie d’Aline Perraudin, journaliste et directrice de la rédaction de «Santé Magazine», auteur du livre «Le dos en compote» (Ed. Flammarion).

    Depuis, cette dernière a à peu près tout expérimenté pour se débarrasser de ses maux de dos, de la prise de médicaments à l’ostéo en passant par la chiro… le tout, si possible, sans trop solliciter son dos qu’elle pensait trop fragile. Un jour, pourtant, elle a compris que souffrir n’était pas une fatalité et qu’elle avait le droit de bouger.

    Entre témoignages d’abonnés aux lombalgies, interviews de spécialistes et études de santé édifiantes, la journaliste livre un recueil qui encourage ceux qui ont le dos en compote à aller mieux.

    FEMINA Dans le titre même de votre livre vous invitez les gens souffrant du dos à arrêter d’avoir mal. Parce qu’on a le choix?
    Aline Perraudin: En fait oui. Mais tout d’abord il faut bien comprendre que je parle dans mon livre de lombalgie commune, qui touche 10% de la population mondiale selon une étude publiée par la revue médicale «The Lancet». A-t-on le choix d’arrêter d’avoir mal? En tout cas, c’est ce que m’a appris mon expérience personnelle. Lorsque mon dos s’est bloqué, après ce vol long-courrier, je croyais encore que j’allais consulter, qu’on allait me donner un médicament et que ça allait passer. Ça n’a pas été le cas.

    Dans mon cheminement pour guérir, j’ai rapidement vu que les traitements conventionnels ne marchaient pas et j’ai cherché dans de nombreuses études ce qui pouvait fonctionner. Je me suis rendu compte que, très souvent, on médicalise beaucoup trop la lombalgie et qu’on donne des traitements inappropriés, toujours selon «The Lancet» (mars 2018). D’autres études montrent que la remise en mouvement est une démarche de la guérison.

    A un moment donné, donc, on peut faire le choix de ne plus avoir mal et pour cela il est important de comprendre son dos et de déconstruire certaines croyances qui entretiennent la douleur.

    A quelle croyance pensez-vous en particulier?
    Je pense à celle qui dit que quand on a mal au dos on ne doit surtout pas bouger. Personnellement, je pensais que mon dos était fragile, ce qui fait que j’étais devenue une phobique du mouvement. Et puis un jour, mon kiné m’a dit que mon dos était solide. Ça a été un vrai déclic et, depuis, j’ai trouvé ma petite routine de mouvement au quotidien. Je ne parle pas de sport à haut niveau, mais de gym douce dix minutes le matin et dix minutes dans la journée, pour me gainer. Depuis, je n’ai plus mal au dos.


    Pour ne pas avoir le dos en compote, il faut entretenir sa musculature, à tout âge. © Soroush-Karimi

    Est-ce que vous pensez que la sédentarité est la cause principale de cette épidémie mondiale de lombalgie?
    Oui. On peut ne faire que 5000 pas par jour [ndlr: l’OMS en recommande 10 000] et on ne s’en rend même plus compte. Du coup, notre dos est en compote. Un jour, on fait tomber un stylo et en se baissant pour le ramasser on n’a plus la musculature qui suit. On fait un faux mouvement et on a un lumbago. De plus, qu’on ne vienne pas me dire qu’on a plus mal au dos en vieillissant, c’est simplement une question de mode de vie. Vieillir a bon dos!

    Combattre une lombalgie relèverait donc de l’hygiène de vie?
    Une chose est sûre, il ne faut pas rester passif. Toutefois, le mal de dos est multifactoriel, les solutions pour s’en débarrasser sont donc multiples. Alors, quand on a tout essayé sans succès, des médicaments aux ostéos ou au chiro, il faut s’interroger et revoir son mode de vie. Quand on passe ses journées vissé sur une chaise devant son ordinateur, qu’on a une vie familiale, on oublie de penser à soi.

    Il faut passer un contrat avec soi-même et trouver du temps pour soi, oser dire: «Pas ce soir, j’ai yoga.» C’est une hygiène de vie et, bien sûr, il faut réussir à l’intégrer à son emploi du temps, mais quand vous avez mal, ça motive au bout d’un moment.

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    Que dire des facteurs émotionnels dans le mal de dos?
    Avoir mal au dos n’est pas innocent. Quand on dit qu’on en a plein le dos, c’est vraiment révélateur de quelque chose qui cloche. Des études font d’ailleurs apparaître une association entre les symptômes dus au stress au travail et les problèmes de dos.

    L’Inserm, l’établissement français spécialisé dans la recherche médicale, a montré que lorsqu’on a mal aux lombaires, c’est souvent qu’on a trop de travail et quand on a mal aux cervicales, c’est quand le lien avec les collègues n’est pas très bon. Il est étonnant que ça impacte comme ça à différents endroits.

    Une étude finlandaise a montré quelles zones du corps étaient liées à quels soucis, en liant localisation de la douleur et émotions ressenties. On a chacun notre zone de fragilité. Il ne faut pas oublier son corps.

    Or, aujourd’hui tout est fait pour: on passe ses journées devant un écran, on économise nos mouvements, on échange par écrans interposés via les réseaux sociaux. Surfer n’est pas du sport.

    Est-ce que les discours médical et paramédical contribuent d’une certaine manière à la pérennisation du mal de dos?
    Actuellement oui, d’où une campagne de l’assurance maladie française qui encourage le mouvement; d’où, également, des études montrant que certains traitements sont clairement inappropriés.

    En 2017, l’organisation américaine des médecins internistes a d’ailleurs préconisé des traitements non médicalisés, se rendant compte à quel point les effets secondaires de ces médicaments étaient importants, leur coût élevé et leur efficacité nulle. On voit actuellement aux USA le problème des opioïdes et la dépendance qui en découle: souvent ça a pu commencer par un mal de dos.

    Malgré cela, c’est encore la tendance actuelle en médecine: on soigne avec des médicaments, on reste passif, c’est plus simple. C’est comme pour le sommeil, il est plus facile de prendre un cachet que de suivre une thérapie comportementale et cognitive, puis d’adapter son mode de vie. Toutefois, médicaliser immédiatement la lombalgie - qui est un symptôme, pas une maladie - ça n’aide pas à la guérison.

    Comment trouver la force de combattre une douleur invisible pour les autres?
    La lombalgie fait partie, comme beaucoup de troubles musculo-squelettiques, de ces douleurs qui sont très pénibles, mais invisibles, qui ne correspondent pas à une maladie. C’est un symptôme. Quand on dit: «J’ai une spondylarthrite ankylosante» ou «J’ai une lombalgie», la réaction de l’entourage n’est pas la même. Une lombalgie, ça ne se voit pas et, parfois, ce n’est pas pris au sérieux.

    Il faut donc commencer par essayer de se prendre au sérieux soi-même. Quand on a mal, on n’est plus QUE lombalgique. Il faut tenter de ne pas faire qu’un avec sa douleur en trouvant d’autres ressources, de la méditation au yoga ou à la gym, peu importe, et se dire: «La douleur ne va pas me prendre toute mon attention.»

     

     

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