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    «Le brocoli est arrivé!» ou quand les emojis changent notre façon de communiquer

    Dès la fin du mois d’octobre 2017, nos smartphones accueilleront une nouvelle flopée d’icônes miniatures: entre les personnages non-genrés, les zombies au féminin ou la petite girafe, notre langage virtuel promet de se diversifier… mais d'où sortent-ils, ces pictogrammes dont nous raffolons tant? 

    Publié le 
    19 Octobre 2017
     par 
    Ellen De Meester

    Nous donner accès à un emoji «brocoli», c’est l’intégrer dans le texto «Tu veux manger quoi ce soir?», et peut-être déclencher le régicide de l’avocat, qu’espèrent tant les écologistes. Une noix de coco fera sans doute le bonheur des «beautistas» connectées qui ne jurent que par cet ingrédient miracle. Créer une Ariel au masculin, c’est embellir la vie des apprenti-sirènes qui sillonnent les plages de Rio de Janeiro. Et surtout, ajouter des visages non-genrés aux rangées d’humanoïdes à choix, c’est soulager les individus qui ne se reconnaissaient pas dans les icones homme ou femme. 

    Ils sont arrivés, les 69 petits nouveaux. Durant quelques jours, notre clavier imagé nous semblera tout neuf, plus beau… puis, nous les apprivoiserons et les intégrerons à nos habitudes de communication. 

    A cette allure, le choix d’emojis deviendra si large que nous pourrons en ponctuer chacune de nos phrases, peu importe leur contenu: Unicode prévoit en effet la naissance de 60 nouveaux pictogrammes par année. En 2015, Neil Cohn se demandait, dans un article paru sur le site de la BBC «si les emojis deviendraient un langage à part entière, dans le futur». A cette époque-là, leur avènement graduel ne faisait que commencer et les linguistes focalisaient leurs recherches sur la capacité de ces petits dessins à compenser le langage corporel et le ton de la voix: les emojis étaient surtout perçus comme une façon d’écarter les malentendus et d’infuser des émotions ou des mimiques humaines aux phrases écrites.

    Un élargissement de la communication

    Les statistiques révèlent que la moitié des propos rédigés sur le Web s’agrémentent d’un pictogramme: certains internautes parviennent même à se passer de mots, dans leurs textos! Nous avons tous cet ami qui, plutôt que de répondre «D’accord» ou «Bonne nuit» se contente toujours d’un pouce levé ou d’un petit croissant de lune. Après tout, pourquoi pas?

    Vyvyan Evans, auteure de l’ouvrage «The Emoji Code», estime qu’étudier les émojis revient à explorer tout ce qui relève de la communication et de la façon par laquelle le sens naît dans l’esprit humain. Pour ce linguiste américain, ces petites images représentent la première forme de communication réellement globale dont nous disposons, puisqu’elle concerne les 3,2 milliards d’êtres connectés à Internet. 

    Ainsi, il était extrêmement important, dans un souci d’évolution des mœurs, d’y ajouter des prototypes de familles modernes, toutes les couleurs de peau possibles et, à présent, des visages non-genrés: car manquer d’un emoji reviendrait-il presque à manquer d’un concept, à être privé d’un mot ou d’une définition? Disons que l’absence d’un pictogramme en particulier peut prendre des allures discriminatoires, et donner l’impression qu’une réalité est évincée de l’imaginaire commun. On pense notamment aux parents homosexuels, ou encore aux ethnies différentes, dont les variables n’ont été intégrées qu’en 2015. 

    Qui choisit les emojis?

    Et si on vous disait que le petit sushi était en vérité le plus «organique» de tous? Le clavier pictural, destiné à décorer les SMS, est né au Japon, à la fin des années 90. L’opérateur téléphonique principal du pays, NTT DoCoMo, avait lancé une série de 172 icônes, destinées à être utilisées avec sa plateforme de messages. Malheureusement, ces émoticônes n’étaient pas lisibles en-dehors du Japon. 

    C’est alors que fut lancé Unicode, le standard qui unifie le tout, gouverné par Unicode Consortium, dont font évidemment partie Apple, Microsoft, Google, Adobe, Yahoo et Oracle (la pomme géante a été la plus rapide, intégrant les emojis à l’ensemble de ses appareils dès 2011). Cette unité centrale prend toutes les décisions quant à la création de nouveaux emojis, de leur adaptation aux mentalités actuelles et de leur renouvellement. Ainsi que le suggère la «F.A.Q» d’Unicode, il s’agirait toutefois d’une longue et délicate procédure, durant laquelle chaque image doit passer par de nombreuses étapes de sélection. 

     

    Un «diktat» du pictogramme?

    L’avocat, star des «foodistas» depuis peu, ne faisait pas partie des tout premiers emojis: il n’est apparu que plus tard, lorsque la tendance occidentale en avait créé un réel «besoin». Ainsi, ces images semblent s’apparenter à des concentrés miniatures et infiniment réductifs de nos sociétés, comme une sélection des objets et des situations auxquelles nous faisons appel le plus souvent, dans nos conversations. Et si ce phénomène allait jusqu'à influencer le contenu de nos discussions virtuelles? On va mener enquête, et on vous tient au courant... 

    Par ailleurs, s'ils contribuent à refléter la merveilleuse croissance de la tolérance humaine, ils sont identiques pour tous. En effet, malgré l'immensité du choix, les détenteurs d’un smartphone évoluent donc avec les mêmes possibilités d’expression pictographiques. Inquiétant... (Heureusement, comme l’indique Unicode, les emojis ne sont pas interprétés de façon identique par toutes les cultures.) 

    Avec un soupçon de mélancolie, on leur préfère tout de même les écritures manuelles, uniques à chacun - même s’il n’est pas à la portée de tout le monde de dessiner un brocoli sur un post-it… 


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