culture

    «Captain Fantastic», une fable écolo-familiale touchante

    Le film de Matt Ross, c’est un peu «l’impossibilité d’une vie». Une utopie contemporaine où Viggo Mortensen incarne un vieil hippie tatoué qui fait vivre ses six enfants dans les bois. Un long-métrage teinté de nostalgie et de rêverie qui invite à la réflexion.

    Publié le 
    4 Novembre 2016
     par 
    Juliane Monnin

    En pleine partie de chasse, le torse couvert de suie, les cheveux hirsutes et la barbe longue, Viggo Mortensen (brillant et bouleversant dans son rôle) surgit d’un bois. Il tend à son fils un morceau de foie qu’il vient d’arracher au cerf encore chaud. «Le garçon est mort, l’homme vient de naître.» Autour de lui, ses six enfants sont tous maquillés comme lui. Une fois lavée dans la rivière, la communauté revient au camp. Smart et érudits, ils échangent sur des avancées astrophysiques dans la théorie des cordes ou de la dialectique marxiste. La famille vit en quasi autonomie et est auto-suffisante. Spectatrice, on se laisse ébahir par l’éducation fournie par un père despote sur ses enfants, tel le mage d’une tribu. Emouvoir par les gamins qui découpent des scalps d’animaux de la forêt tout en récitant du Rousseau. On se dit, note pour plus tard, relire ses ouvrages de philosophie qu’on n’a probablement pas ouverts depuis le Bac.

    Jusqu’à ce que la mort les sépare

    Si un événement funeste n’était pas venu bouleverser la routine de cette famille marginale, on peut imaginer qu’elle aurait engendré dans le futur, une sorte de mini état marxiste. Les obsèques de la mère (et accessoirement la subtilisation des cendres de cette dernière…) vont les pousser tristement à rejoindre le «sinistre monde» du reste de l’Humanité. Cesser les entrainements physiques en mode commando dans la montagne, stopper l’ascension de glaciers par temps orageux ou l’écartèlement de gibier.

    Une utopie humaniste

    Dans ce film réalisé par Matt Ross, Viggo Mortensen incarne presque le Surhomme nietzschéen, capable de s’affranchir de toute la société et convaincu par sa vision d’une certaine façon totalitaire. Mais ce qui nous touche, c’est sa personnalité borderline qui joue avec nos nerfs, donne une tension à l’histoire, à la fois forte comme un roc et fragile comme un oiseau, remplie d’humour et de regrets, philosophe et tout simplement humaine. Durant deux heures, cette fable contemporaine nous invite à nous interroger sur la véritable marge de liberté que nous avons au quotidien. Notre libre-arbitre est-il toujours pertinent face à nos comportements d’êtres ultra connectés?

    Bois VS civilisation

    En quittant son propre monde, la tribu va se heurter à la condition de l’homme moderne, au culte de la conso de l’Amérique profonde, à sa matérialité mais aussi aux problèmes d’obésité d’une population qui n’a plus conscience du réel. «Pourquoi sont-il tous malades Papa?» questionne l’un des petits, interloqué de voir des gens handicapés par leur poids.

    A cette étape du film, on se surprend à penser «quel choc des civilisations». Ben a-t-il raison de vouloir tenir à l’écart ses enfants de la «laideur» du monde? A son désespoir, il va devoir pourtant composer avec le choix de sa progéniture. Certains souhaitent quitter la forêt pour étudier et là, le patriarche va devoir couper le cordon avec ses enfants, les libérer de ce carcan antisocial et appliquer les pensées les plus humanistes qu’il leur ait inculquées. Les laisser penser et agir par eux-mêmes pour qu’ils soient tout bonnement heureux. Mais «Captain Fantastic» a droit à son happy end, son protagoniste, une rédemption. On ne vous en dit pas plus… Disons que les utopies peuvent trouver des compromis dans la vraie vie.

    De «Vendredi ou la vie sauvage» au concept de l'existence en autarcie de «La Plage» en passant par le style ultra coloré des personnages brindezingues des films de Wes Anderson, de nombreuses références cinématographiques nous viennent en tête après avoir regardé ce petit bijou. Un petit bijou altruiste et généreux, souvent jugé à notre humble avis, un peu durement par les critiques. Et s’il était temps de vous façonner votre propre avis?

     

     

    «Captain Fantastic», de Matt Ross, avec Viggo Mortensen, Frank Langella… En salle.


    A lire aussi:
    Test: quel rôle jouez-vous dans le film de votre vie?
    6 destinations incontournables pour voyager au plus près de la nature en 2017
    Buzz: une mère nature

    A lire également
    Deux ans après la diffusion du dernier épisode, HBO promet une suite retentissante... le 9 juin 2019!
    O
    Il y a 20 ans sortait la trilogie «Matrix» des sœurs Wachowski. Depuis, le monde n’est plus vraiment le même.
    O
    Cuisine
    Dans les Grisons, une ferme salmonicole durable offre un poisson de qualité qui se retrouve sur la table des restaurants.
    O
    Cuisine
    «Est-ce que cette branche de céleri m'apporte de la joie..?»
    O
    Voyage
    Vous aspirez davantage à des vacances plus green, sans (trop) de traînées de kérosène pour y arriver? Cette sélection de lieux est faite pour v(n)ous.
    O