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L’hyperactive: «travailler en vacances, c’est dans ma nature»

Céline Debray, 35 ans, sans enfants (mais avec un chien), web entrepreneuse, Lausanne.

Enfant, elle a connu les vacances en caravane «au camping trois étoiles avec piscine chauffée». Elle a même un peu donné dans les séjours sous la tente et en a gardé une légère aversion pour les hôtels. «Se poser dans une chambre avec un microbureau pour bosser? Impossible.» Bosser pendant les vacances? Pas le choix, le business profite rarement de l’été pour bronzer. Et celui de Céline Debray vient de démarrer il y a tout juste une année. Sérendipité, sa petite webentreprise, vend sur Internet des revues belles et rares publiées à Tokyo, Londres ou dans le Tennessee. Des magazines consacrés au lifestyle, aux voyages et au bien manger absolument introuvables par ici et qui font la joie d’une clientèle publivore raffinée. L’e-kiosque commençant à bien buzzer, pas question de relâcher l’effort entre juillet et août. Sérendipité s’invite donc en vacances. Et impose une forme de villégiature à la fois constructive et hyperactive. «C’est dans ma nature, j’assume. Avant avec mon compagnon, on partait chaque week-end. Des séjours courts et intenses où on enquillait le plus d’activités possibles.» Aujourd’hui, le voyage selon Céline, c’e st un coin tranquille, mais avec quand même des choses à faire, et une couverture réseau assurée. «Lorsque j’arrive à destination, mon premier réflexe est de trouver une carte SIM locale et de détecter les bornes wi-fi gratuites.» La suite de la journée est très organisée. «Le matin est consacré au travail. Répondre et envoyer des e-mails, gérer la page Facebook, envoyer quelques tweets, nourrir mon compte Instagram et surveiller les commandes passées depuis le shop en ligne.» Et l’après-midi? «Visite ou lecture au calme de mes dernières trouvailles», termine celle qui ne s’arrête donc jamais. «Devoir rattraper quatre jours de boulot m’angoisse totalement. Travailler pendant les vacances, c’est un peu moche, je sais, mais c’est ça ou rester à la maison.»

L’été d’hyperactive: «Au bord du Lac de Côme, dans une cabane trouvée sur AirB’n’B. L’endroit est paisible, riche de très belles demeures et agréable au niveau du climat.»

Souvenir d’hyperactive: «Cavaler dans les rues de New York avec des kilos de revues sous chaque bras. Parce qu’en prenant le métro, je risquais de louper LA librairie indispensable sur le trajet.»

Objet d’hyperactive: «Mon smartphone, pour travailler, mais aussi pour me repérer. Je passe mon temps à regarder tout ce qui se trouve autour de moi, les bons coins pour manger, chiner, boire un café et à me connecter.»

L’escargot: «le bus me relie à la maison»

Ariane Gachet, 47 ans, 2 enfants, assistante en pharmacie, Oulens-sous-Echallens (VD).

Des paddles et du matos de varappe, une cuisinière et un frigo, un toit qui s’escamote pour coucher deux personnes et une collection de gros appareils photo. Chez les Gachet, le bus VW, c’est le cinquième membre de la famille. Au point que depuis quatre ans, Ariane Gachet passe l’essentiel de ses vacances derrière le volant de ce vaisseau-maison qui sillonne les routes d’Europe, de la Bretagne à la Croatie. Un peu comme un escargot qui carburerait au sans-plomb. «C’est vrai qu’on a l’impression d’emmener son chez soi. Il n’y a pas tout dedans, mais le bus vous relie psychologiquement avec votre lieu d’habitation. Mes enfants y sont très attachés. Même si on va chez des copains, eux préfèrent leurs couchettes plutôt que les lits de la chambre d’amis. Et pour moi, entre un bungalow et mon bus, le choix est vite fait.» Le bungalow, on parie. «Jamais de la vie! L’hôtel au bord de la plage, ce n’est pas trop mon truc.»

Au départ, ce van, c’était surtout le trip de son mari. Vacances qui se chevauchent, horaires décalés: il se trouve qu’aujourd’hui, c’est plutôt Ariane qui le conduit. «Il m’arrive d’embarquer les enfants pour un week-end improvisé. C’est ça qui me plaît dans ce mode de voyage, ce sentiment de liberté, de faire ce que je veux quand je veux, et d’aller où je veux, de préférence en pleine nature. Le lendemain, je peux plier bagage en trois minutes chrono.» Un argument de totale autonomie qu’on imagine aussi financier. «C’est une fausse idée. Ce genre de véhicule coûte assez cher. Ajoutez à cela la benzine, les péages et parfois le prix de l’emplacement… Dormir à l’hôtel me reviendrait meilleur marché», explique encore celle qui, sur son trajet, n’hésite pas à passer la nuit sur des aires d’autoroutes. Ah bon? Et la trouille, ça ne lui prend jamais? «Je ne suis pas du genre flippé. Je fais en sorte de trouver une place proche d’une lumière et du bar à café.»

L’été sur la route: «On va au bord de l’océan, dans le bassin d’Arcachon. J’ai repéré quelques endroits sympas où s’arrêter.»

Souvenir de route: «On dormait sur une place à Digne-les-Bains (France). Pendant la nuit, on a entendu des bruits assez étranges. Le lendemain matin, on a constaté qu’un homme s’était garé juste à côté de nous et que, visiblement, il vivait dans sa Kangoo.»

Objets de route: «N’importe quoi pour faire du sport: un paddle ou du matériel d’escalade. Le bus, c’est une maison pour dormir dedans, mais surtout pour vivre dehors.»

La cheffe de tribu: «on prend le temps de vivre ensemble»

Corinne Métral, 46 ans, 2 enfants, propriétaire d’une boutique de mode, Genève.

12, 18, 27… Les résultats de l’Euro Millions? Non, le nombre de personnes avec qui Corinne Métral part en vacances. Bonjour, la colonie. Un genre de superplan pour superhéroïne que cette Genevoise, propriétaire d’une boutique de mode, réactive depuis dix ans. «J’en ai besoin. Le groupe me vide la tête et me ramène à mes fondamentaux. Il impose un autre rythme et me rappelle à l’ordre au niveau du contact humain. On prend le temps de vivre ensemble et de s’occuper des autres. On fait les choses lentement, la parole est importante. Un peu comme dans une petite société primitive», analyse la cheffe de tribu pour qui les enfants motivent ces séjours à beaucoup. «J’ai grandi en Valais dans une famille où la porte était toujours ouverte et où on allait et venait. J’ai envie que les miens fassent des rencontres et soient libres de faire leurs expériences. Ils adorent ces vacances à plusieurs qui les décollent un temps de leurs écrans et du leurre des réseaux sociaux numériques.»

Reste encore à remuer cette smala élargie. On imagine le casse-tête pour caser toute la bande. «On part en voiture et on loue des maisons en France ou en Italie.» Grandes, les maisons, forcément. «Notre groupe est à géométrie variable. Certains arrivent, d’autres partent. Mais on arrive toujours à créer des communautés très soudées.» Comprenez que chez Corinne, la troupe ne s’enguirlande jamais. «Alors non, ça n’arrive pas. Il se trouve aussi qu’on se connaît tous bien et depuis longtemps. Les nouveaux arrivants s’adaptent très vite à notre fonctionnement.» Et des voyages à moins, mais plus loin, elle en pense quoi, la fan des familles nombreuses? «A deux et plutôt dans la nature, pour me ressourcer d’une autre manière. Mais la grande aventure, je préfère la vivre près d’ici avec les gens qui m’entourent.»

L’été de la tribu: «La Sardaigne. Ça va être un long voyage en voiture, complètement sauvage.»

Souvenir de tribu: «Un séjour en Ardèche, avec une descente en kayak mémorable. On devait la faire en 3 heures. On en a mis plus de 9, sous un soleil de plomb. On a tous été brûlés à des degrés divers. Au point que l’un des membres du groupe est traumatisé à vie par les rivières.»

Objet de tribu: «Pour que le groupe fonctionne, il faut aussi savoir parfois s’en couper. Un livre est un bon moyen de retourner dans sa bulle. Cet été je relirai ˈDix femmes puissantesˈ, de Marie Ndiaye. Encore des histoires de femmes, des histoires de vie.»

La marcheuse: «je suis loin de tout. il y a juste moi et la nature»

Nicole Beun-Bonny, 43 ans, 2 enfants, enseignante, Lausanne.

Allez, on a envie de lui poser la question. Nicole Beun-Bonny voyage à pied, mais marche-t-elle seule, comme dans la chanson de Jean-Jacques Goldman? «Pas du tout. Je marche en groupe, toujours le même.» Un collectif actif formé de Nicole et de ses trois copines, qui pratique le tourisme pédestre depuis 10 ans. L’équipe a ainsi parcouru les Alpes et le bout du Gers (France), a aussi arpenté la Grèce et le Maroc, entre filles et sac au dos. Huit kilos, le sac, sans compter le poids des boissons. «J’aime l’idée de porter son bagage sur ses épaules et de devoir se contenter du strict nécessaire pendant une semaine», explique cette enseignante lausannoise. A ses yeux, les kilomètres parcourus à pied n’usent pas l’amitié. «On parle et on échange beaucoup pendant ces marches. Parfois, l’effort nous force à nous taire. Là, on entre en méditation. Mais attention, marcher ce n’est pas une religion». Alors qu’est-ce qui lui plaît tant dans cette histoire qui avance au pas? «Vous vous retrouvez loin de tout. Il y a vous et la nature, mais plus aucune voiture. Et puis je prends du temps pour moi, ce qui est psychologiquement très ressourçant. D’un coup, votre seule préoccupation de la journée c’est d’arriver à la prochaine cabane.» Cette semaine entière rien que pour elle, Nicole la passe donc loin de ses deux enfants restés à la maison. «Ils ne m’accompagnent pas. Je n’aurais pas envie, et eux non plus. La question ne s’est d’ailleurs jamais posée. Cela dit, je suis contente de partir et ravie de revenir. Une semaine, ça va comme ça», continue la marcheuse qui s’équipe normalement pour ses périples: des bonnes chaussures, de quoi se protéger de la pluie et un livre pour faire passer les jours de mauvais temps. Même si au final, elle l’ouvre rarement. Dans les gîtes, le soir, le couvre-feu sonne assez tôt.

L’été en marche: «Cette année, on part en Islande pour un trek.»

Souvenir de marche: «L’entrée dans des villages en Bourgogne. Une sensation de lenteur que l’on a complètement perdue avec l’usage de la voiture.»

Objet de marche: «Un livre, Les cerfs-volants, de Romain Gary. Je ne le finirai probablement pas, mais il sera utile les jours de pluie.»

Le voyage en question

4 questions à Bertrand Réau, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et auteur avec Saskia Cousin de «Sociologie du tourisme» (Ed. La Découverte)

FEMINA Pourquoi voyage-t-on?
BERTRAND RÉAU Historiquement, le voyage a une vocation éducative. C’est le Grand Tour – qui donnera le mot «tourisme» – qui incite les jeunes aristocrates anglais, dès la fin du XVIIe siècle, à lever la tête de leurs livres pour découvrir les mœurs, la culture et les curiosités de l’Italie. Un principe que l’on retrouve encore aujourd’hui. Si les grandes écoles poussent leurs étudiants à voyager à l’étranger, ce n’est pas seulement dans un but scolaire, mais aussi pour qu’ils explorent d’autres modes de vie.

A part les étudiants, qui voyage aujourd’hui?
Les catégories sociales supérieures sont les plus grandes voyageuses. Elles ont les moyens, le temps et multiplient les formules de villégiatures. Elles peuvent suivre un circuit de 15 jours aux Etats-Unis, à Pâques, et réserver une semaine en été dans un Club Med quelque part en Europe. Les études montrent que ces gens qui voyageaient déjà beaucoup avant la crise continuent de voyager énormément.

Et quand gens qui partent moins, partent-ils aussi moins loin?
On ne dispose pas d’une mesure statistique globale, mais oui, l’idée émerge que l’on peut faire du tourisme près de chez soi et qu’un week-end peut ressembler à des petites vacances. Les gens apparaissent aussi plus mobiles. La redécouverte de la ville par la marche à pied est en cela assez nouvelle. Certains conseils généraux (ndlr: en France, organe d’administration d’un département) avec qui je discute cherchent à développer ce genre d’activités adressées à leurs concitoyens et pas seulement à des hôtes venus de l’étranger.

Des services internet comme AirB’nB et les sites de comparateurs de prix ne permettent-ils pas pourtant de voyager plus facilement et meilleur marché?
L’importance d’Internet dans le secteur du tourisme est indéniable. Mais son usage varie en fonction des pays, des générations, des groupes d’appartenances et des métiers exercés. Parmi les «seniors», par exemple, on trouve aussi bien des internautes que des personnes qui passent par des agences pour réserver leurs vacances. Le problème, avec Internet, c’est que vous faites tout le travail. Vous devez être à l’aise avec un ordinateur, accepter de payer en ligne et pour partir à l’étranger seul, maîtriser au moins l’anglais.

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Francesca Palazzi
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