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Il aura suffi d’un acte fou pour que Beau-Rivage entre dans la légende. Le destin de ce lieu élégant, havre de paix à peine perturbé, d’ordinaire, par le passage des calèches et des bateaux à vapeur dans la rade, en sera lié à jamais à celui d’une inoubliable souveraine.

10 septembre 1898. Hier, Sa Majesté l’impératrice Elisabeth d’Autriche a posé ses malles, nombreuses, dans sa suite située au premier étage. Caméristes, dames de compagnie et dames d’honneur, ministres et contrôleurs: sa cour, pourtant réduite au minimum, n’occupe pas moins de dix-sept chambres. Habituée des lieux, qu’elle chérit, Sissi vaque ici à ses occupations et à ses plaisirs, loin du protocole. Avec sa confidente la comtesse Sztaray, elle se promène sur le quai pour manger des glaces, admirer les rives du Léman à l’abri des salons de l’hôtel, derrière les immenses fenêtres drapées d’étoffes soyeuses. Elle se rend aussi chez Bäker pour y acheter instruments et rouleaux de musique. C’est dans l’après-midi de cette journée buissonnière que, sur le quai du bateau emprunté pour se rendre chez la baronne de Rothschild, l’impératrice est poignardée par un extrémiste italien. «L’impératrice fut embaumée et mise dans son cercueil le soir. La comtesse me fit demander ainsi que mon mari, et me donna une rose qu’elle prit du cercueil et que je garde précieusement, ainsi qu’un petit bout de ruban mauve taché de sang.»

Ces mots, Fanny Mayer, grand-mère des actuels propriétaires, ne consentira à les coucher sur le papier que cinquante ans après les faits. Alors que la marque de sang sur le ruban de soie a depuis longtemps disparu. Déjà, celle qui incarne la deuxième génération de la famille Mayer, aux côtés de son époux Charles, cultive la discrétion, essentielle lorsque l’on dirige un établissement qui abrite les grands de ce monde.

L’hôtel de la paix

Construit en 1865 sur la rive droite du Léman, l’hôtel est situé dans ce quartier des Alpes en pleine mutation depuis que Genève a perdu ses fortifications et que les zones marécageuses environnantes ont été asséchées. Vaste et confortable, Beau-Rivage – sans article, comme l’élégance veut qu’on l’appelle – profite très vite de l’émergence de la ville en tant que plate-forme de la diplomatie internationale.

En 1872, notamment, il accueille la délégation américaine lors de l’Arbitrage d’Alabama, traité réglant le conflit qui oppose Etats-Unis et Grande-Bretagne depuis la guerre de Sécession. Si pour les Hilton la clé du succès tient à l’emplacement de ses hôtels, les Mayer, eux, ont toujours parié sur l’innovation. En 1873, l’un des premiers ascenseurs du monde est installé dans le hall. Conçu comme un petit salon avec canapé et coussins moelleux, ce petit joyau de la technique moderne est le comble du luxe.

Un luxe dont le richissime duc de Brunswick, qui réside alors à l’hôtel depuis quelques années, profitera jusqu’à son décès. Son mausolée, construit par la ville en échange des millions qu’il lui lègue, sera d’ailleurs érigé tout à côté de Beau-Rivage, refuge de ses dernières années.

A établissement d’exception, vue d’exception… Au panorama des contreforts de la cité et des Alpes vient s’ajouter en 1891 la silhouette mouvante du jet d’eau, posé là pour les 600 ans de la Confédération. Exposition nationale en 1896, premier Salon de l’automobile en 1905… La Cité de Calvin s’ouvre au tourisme, accueillant notamment de riches Anglais qui apprécient tout particulièrement ses paysages, son animation et la qualité de son hôtellerie.

Richard Wagner, Louis II de Bavière, le prince Damerong de Siam (actuelle Thaïlande), Umberto II, dernier roi d’Italie, Thomas Edison, créateur du premier phonographe, le shah Reza Pahlavi, le roi Farouk, le maharaja de Patiala, sa cour et ses joyaux… A Beau-Rivage, artistes et têtes couronnées se succèdent, laissant çà et là leurs empreintes et leurs histoires parfois contrariées.

A ces souvenirs viennent s’ajouter les objets précieux chinés et conservés au fil des siècles par la famille Mayer – dont aujourd’hui Jacques et sa sœur Catherine sont la quatrième génération. A l’aube de ses cent cinquante ans d’existence, Beau-Rivage est toujours cet hôtel singulier, loin des chaînes stéréotypées que l’on croirait privées d’âme. Loin aussi des bâtiments tape-à-l’œil voulus par des architectes vedettes. On y apprécie la tranquillité des salons, la qualité de la cuisine de Dominique Gauthier son chef étoilé, la magnificence de ses fêtes. Et la beauté de ces suites dans lesquelles plane encore l’âme des personnages illustres qui y ont séjourné.

Beau-Rivage en chiffres

  • 90 chambres dont 18 suites.
  • 12 000 fr. Nuit la plus chère.
  • 870 fr. Nuit la moins chère.
  • 30 000 bouteilles dans la cave pour 15 000 références.
  • 150 employés.
  • 165 anges et chérubins, sculptés ou peints, veillent sur les clients un peu partout dans l’hôtel.

Elle y a posé ses valises

Si les Windsor ont fait de multiples séjours à Beau-Rivage, on retient surtout le choix de ce lieu pour la vente historique des bijoux de Wallis Simpson par Sotheby’s. En avril 1987, il aura suffi de deux jours pour que soient vendus, pour 75,4 millions de francs, les joyaux offerts à l’élégante Américaine par l’ex-roi Edouard VIII, qui avait abdiqué par amour pour elle.

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