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Bulle porte bien son nom. Charmante, champêtre, il y fait bon vivre. Même l’air y est léger. Située au pied des Préalpes, sous la protection de la chaîne des Vanils, la ville est un joyau dans un écrin de pâturages vert pétant. En flânant entre une fromagerie et une terrasse fleurie, on sent que tout le monde se connaît. Un esprit campagne même si la bourgade est devenue une véritable ville depuis l’arrivée de l’autoroute au début des années 80. Boostée par un fort urbanisme, Bulle et sa périphérie voient s’implanter des nouveaux quartiers, des entreprises régionales et des multinationales, à l’instar de Ladurée qui prévoit d’y construire son centre de recherche et développement.

Potentiellement attractif donc, le chef-lieu du district de la Gruyère est pourtant boudé des badauds depuis la construction de la route de contournement en décembre 2009. Bulle n’est plus un stop obligatoire sur le chemin touristique du château de Gruyères ou la chocolaterie de Broc. Tant mieux pour l’engorgement de la ville niveau circulation. Mais dommage pour ses petits trésors, qu’on vous invite ici à découvrir.

Point de départ de nombreuses randonnées, le lieu mérite en effet qu’on s’y attarde. Car autour de son microscopique centre-ville qui se résume à deux rues principales, il y a de quoi musarder. A l’ombre du château datant du XIIIe siècle d’abord, carré de pierre flanqué de trois tours et d’un donjon, qui ne se visite pas, mais dont le jardin verdoyant invite au farniente. Puis sur l’une des nombreuses terrasses de la Grand-Rue, fleuries et accueillantes. Enfin entre les stands de son marché hebdomadaire qui se transforme en marché folklorique les jeudis d’été. Artisans, produits locaux, cor des Alpes, fabrication de gruyère: la totale pour plonger dans le terroir local.

Fées, sorcières, religieuses

Car si la ville est aérienne par son atmosphère, elle reste résolument les pieds ancrés dans la terre. Agricole, Bulle a aussi et surtout construit sa renommée sur les foires et marchés de bétail depuis des siècles. En témoigne le taureau qui orne le blason de la ville. Un patrimoine et une histoire qui se découvre au Musée gruérien, récemment rénové. Ou dans la rue St-Denis aussi, qui n’a apparemment rien d’excitant mais qui recèle l’antre parfumé et paisible d’Alexandra Hamon. Cette Française, véritable fée fana d’aromathérapie, s’est installée ici sur un coup de foudre. Elle nous a livré ses bonnes adresses (voir plus bas). Sur ses pas légers, on s’enfonce dans les bois de Bouleyres, poumon vert entre Bulle et Broc, pour y prendre le frais. Le lieu est apaisant, les Bullois le chérissent. Et on se laisse bercer en se plongeant dans la lecture des légendes locales dont celle de la dernière sorcière brûlée en Suisse romande, avec un livre déniché à la librairie du Vieux-Comté, la seule de la ville.

On enchaîne avec un deuxième ouvrage qui retrace les parcours de vie de Fribourgeoises, archéologues, alpinistes ou religieuses (lire encadré ci-dessous). Plus on lit, plus on flâne, et plus on a envie de découvrir ce qui fait la magie du lieu. Un doux mélange de légendes, de terroir et de convivialité. Et un furieux goût de reviens-y.

L’icône: La Catillon

L’écrin pastoral de Bulle et sa région est propice aux superstitions. Au hit-parade, des héros de légende figure Catherine Repond, dite la Catillon. Son nom est associé au grief infamant de sorcellerie. Et cette vagabonde un peu marginale, qui a fini exécutée suite à un procès brutal et arbitraire au XVIIIe siècle, a marqué et marque encore la région. Habituée des alpages gruériens, elle quémandait la nourriture et l’hospitalité. Ses doigts étaient «un peu longs», elle manquait les offices le dimanche, et dès qu’une hotte ou un sérac disparaissaient, les mégères du coin l’accusaient. La Catillon intriguait suffisamment pour finir sur le bûcher. Elle est la dernière femme exécutée en Suisse romande pour sorcellerie. Tout le monde connaît aujourd’hui encore son nom et les épisodes de sa vie de sorcière. Elle est d’ailleurs encore représentée dans les cortèges populaires et on lit son histoire aux élèves. Il n’y a qu’à l’évoquer pour que ressurgissent des histoires de femmes adeptes de petites plantes, vivant dans la forêt, sauvages et indomptables…

  • Sources: «Catillon et Capu», de Jean-Bernard Repond, librairie du Vieux-Comté, rue de Vevey 17, tél.026 912 82 09.
  • «Histoire au féminin», Cahiers du Musée gruérien.

Carte d’identité

  • Habitants: 20 000.
  • Chef-lieu du district de la Gruyère dans le canton de Fribourg. Située à 771 mètres d’altitude.
  • Commune actuelle fruit de la fusion entre Bulle et La Tour-de-Trême en 2004.

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