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Cette rétrospective, qui ouvre mercredi, est la première en France depuis la mort en 1989 de Mapplethorpe des suites du sida, à l'âge de 42 ans.

Elle est construite à rebours: elle commence par le fameux autoportrait où l'artiste, amaigri par la maladie, tient une canne à pommeau représentant une tête de mort (1988). «Il a la posture fantastique d'un maître du royaume des ombres qui nous invite à le suivre dans les enfers de son histoire, à la recherche de son désir», estime Jérôme Neutres, commissaire général de l'exposition.

La rétrospective, qui se tient jusqu'au 13 juillet 2014, remonte le temps pour se terminer par les polaroids pris au début des années 1970 par le jeune Mapplethorpe. «Tous les thèmes qui ont nourri son oeuvre étaient déjà là», souligne M. Neutres.

Au total, l'exposition présente plus de 250 épreuves et pièces uniques. Elle embrasse toutes les facettes de l'oeuvre, y compris son côté provocateur. Le talent de l'artiste né en 1946, s'est épanoui dans le New York des années 1970 et 1980, marqué par la libération sexuelle et l'affirmation de l'identité gay.

A côté de photographies relevant d'une esthétique classique, le Grand Palais montre «au-delà de la 'décence commune' d'autres oeuvres dont le contenu sexuel, homosexuel et sexuellement 'déviant' apparaîtra comme la caractéristique principale», avertit Jean-Paul Cluzel, président de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, dans le catalogue.

Trente photos érotiques proches de la pornographie ou illustrant le sado-masochisme gay sont notamment à découvrir dans une sorte de «backroom», peinte en violet, «couleur de la pénitence», sourit M. Neutres. Cette salle est dûment signalée et interdite aux mineurs.

Le sexe est magique

«Le sexe est magique. Si vous le canalisez bien, il y a plus d'énergie dans le sexe que dans l'art», disait Mapplethorpe. La photographie «Cock and gun» (1982), montrant un pistolet et un sexe masculin pointés dans la même direction est saisissante. «Ce sexe va le tuer», dit M. Neutres.

L'artiste n'hésite pas à réaliser un autoportrait en panoplie SM, où il s'enfonce un fouet dans l'anus en toisant l'objectif (1978). «Une sorte de doigt d'honneur au conservatisme», relève M. Neutres.

«Nous montrons ces oeuvres car elles sont parties intégrantes de la vie et de la création de l'artiste. Mapplethorpe a été profondément marqué par sa sexualité et sa pratique, sans lesquelles il n'aurait photographié ni les mêmes sujets ni de la même manière», pointe M. Cluzel.

Le visiteur retrouvera les oeuvres iconiques du plasticien comme «L'homme en costume polyester» (1980) où le sexe d'un homme noir - dont on ne voit pas la tête - s'échappe de son pantalon. Ou encore «Thomas» (1987) dont le corps noir musclé s'insère à la perfection dans un cercle.

«Mapplethorpe est à la photographie ce que Jean Genet est à la littérature. Comme ce dernier, il bouleverse les repères de la société mais en utilisant une esthétique à la Michel-Ange», considère M. Neutres.

Les femmes aussi sont présentes dans son oeuvre, à commencer par Patti Smith qui fut sa compagne à la fin des années 1960 avant de devenir une amie proche. Mapplethorpe était également fasciné par Lisa Lyon, championne de body-building, dont les formes musclées lui rappelaient les modèles de Michel-Ange.

En 1988, l'artiste crée la Robert Mapplethorpe Foundation, une organisation caritative destinée à financer la recherche contre le sida et des projets photographiques. Il assiste cette année-là, en fauteuil roulant, au vernissage de la première rétrospective de son oeuvre, au Whitney Museum de New York. Et meurt en mars 1989 à Boston où il s'était rendu pour recevoir un traitement expérimental.

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