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Au nom de la dignité animale, ceux-ci souhaitent limiter le nombre des «fish spas». Plongeon en eaux troubles.

Faire manger ses peaux mortes par des poissons, est-ce amusant, dégoûtant, agréable, sadique? C’est en tout cas le concept des «fish spas». Ces établissements utilisent des Garras rufas (poissons docteurs) pour des soins de la peau. Le principe est simple: les clients plongent leurs pieds dans des bassines remplies de ces petits poissons originaires de Turquie et se font faire ainsi une pédicure 100% naturelle. Car ces cyprinidés se nourrissent, entre autres, de peaux mortes. Pas d’inquiétude à avoir quant à d’éventuelles douleurs puisqu’ils n’ont pas de dents et procèdent par succion. S’activant, ils laissent une enzyme sur la peau, le dithranol ou anthralin, connue pour ralentir la propagation d’affections cutanées comme le psoriasis ou l’eczéma. L’enzyme stimule en outre la production de cellules jeunes et possède des vertus anti-inflammatoires.

Alors que dans les autres pays d’Europe les «fish spas» se sont multipliés, la Suisse n’en compte que quatre. Et ce chiffre, malgré le succès de ce type de pédicure, ne va pas augmenter. En effet, ces instituts tombent sous le coup de la loi de la protection des animaux (LPA). Et la Confédération a décidé, fin 2010, d’émettre une recommandation à l’attention des cantons, les enjoignant à refuser toute nouvelle demande d’ouverture de centre esthétique utilisant des Garras rufas. Porte-parole de l’Office vétérinaire fédéral (OVF),Nathalie Rochat explique les raisons de cette retenue au nom des principes «de la dignité animale et de la pesée d’intérêt».On notera qu’aux Etats-Unis, de tels centres de wellness ont été interdits pour des raisons… d’hygiène.

Distinction vaudoise

Si donc il n’existe pour le moment pas d’interdiction expresse de la Confédération, le canton de Vaud est néanmoins devenu très restrictif. Tout en opérant une distinction entre esthétique et santé. «Les hôpitaux, précise Giovanni Peduto, vétérinaire cantonal, ne sont pas soumis aux mêmes contraintes que les instituts de beauté. Dans le cas de centres médicaux, on estime que la dignité animale passe après la santé des êtres humains.» C’est pourquoi l’utilisation des Garras rufas est autorisée en milieu hospitalier. En revanche, le bien-être des poissons est jugé plus important lors d’un traitement esthétique, d’où la suspension des nouvelles autorisations d’ouverture de «fish spas».

Protection maximale

Les conditions de détention des «poissons docteurs» par les instituts de beauté sont très strictes. Pour assurer le bien-être de ces pédicures à nageoires, la qualité de l’eau est minutieusement surveillée: la température ne doit pas dépasser 28 degrés et un filtrage doit être effectué trois fois par heure. Dans leur aquarium, les poissons doivent jouir d’un bel espace: ils ont droit à 2 litres d’eau chacun. Il est en outre absolument interdit d’affamer les travailleurs qui doivent être nourris deux fois par jour, en plus des squames, avec des aliments adaptés. Concernant les heures ouvrables des Garras rufas, le règlement est tout à fait précis: ils ne doivent pas travailler plus d’une demi-journée d’affilée afin d’éviter d’être surmenés et de consommer trop de peaux mortes.

Pour couronner le tout, les établissements qui les emploient sont astreints au contrôle quotidien d’un expert. Celui-ci s’assure que les poissons sont bien traités et que les directives de la Confédération sont suivies à la lettre.

Qualité avant tout

Pour Sébastien Gouriou, gérant du Natural Fish Spa à Genève, un cadre légal est absolument nécessaire. «Les règlements, dit-il, existent pour le bien-être des poissons. Si les poissons vont bien, notre commerce va bien. Il est dans notre intérêt de suivre ces directives». Et Sébastien Gouriou d’ajouter que «cette activité, aussi originale que surprenante, mérite d’être accessible à tous». Pour lui, «il serait donc dommage que la réputation des «fish spas» soit ternie en raison d’instituts qui ne respecteraient pas les normes».

Malgré ces exigences, les propriétaires d’instituts de «fish pédicure» peuvent se rassurer, la Confédération ne prévoit pas de révision de la loi pour le moment. Les autorisations en cours sont encore valables.

Paradoxe final

Si les gérants de «fish spas» acceptent les contraintes imposées par l’Etat, cette législation semble toutefois un peu disproportionnée. Et ce d’autant que les particuliers peuvent obtenir des Garras rufas sans autorisation. Il est ainsi possible de commander ce genre de poissons en passant un simple coup de fil dans une animalerie... Certains sites Internet permettent même de recevoir des kits complets «fish pédicure» et de transformer son salon en institut de beauté. La porte-parole de l’Office vétérinaire fédéral insiste cependant sur le fait que chaque propriétaire d’animal, sauvage ou non, en est responsable devant la loi. Le poisson a beau s’appeler docteur, il a besoin de soins appropriés.

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