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Pas chères, faciles d’entretien, elles livrent un œuf par jour et mangent les restes. Et pas besoin d’avoir un grand espace, les concepteurs des poulaillers high-tech ont pensé à tout.

Elle a le regard vide, panique lorsqu’on déplace sa mangeoire de dix centimètres, et caquette comme une folle lorsqu’elle a trouvé un ver ou qu’elle vient de pondre un œuf. Et malgré tout, la poule a la cote. Une cote fulgurante même. Alors que les ventes de poules auprès des paysans stagneraient ou diminueraient, les vendeurs de volailles reconnaissent que ce sont les citadins qui craquent dorénavant pour la Marans ou la Sussex (deux races parmi d’autres). Des jeunes et des citadins, vivant parfois au centre-ville, comme Ronda et Vincent à deux pas du CHUV à Lausanne, parfois en proche banlieue, comme Christine et sa famille à Chêne-Bourg. Tous d’heureux propriétaires de gallinacées qui bénéficient d’un simple carré d’herbe. Car la poule a besoin de peu d’espace pour se sentir comme un coq en pâte. Et c’est là l’un de ses nombreux avantages.

Car oui, la poule est bourrée de qualités, et elle n’a pas fini de faire des émules, malgré sa bêtise incommensurable. La première d’entre elles serait sans conteste son utilité, double: elle pond des œufs (jusqu’à 300 par an pour les meilleures pondeuses), de quoi se régaler d’omelettes (voir l’avis de la diététicienne) et se nourrit de tous les déchets alimentaires qui finissent d’ordinaire à la poubelle ou au compost. On veillera toutefois à ne pas trop lui donner de restes de sticks de merlu ou de saumon poché, au risque d’aromatiser les œufs au poisson…Une poule lambda peut ainsi avaler pas moins de 150 kilos de déchets organiques par an. A l’heure où le Tribunal fédéral vient de rappeler que la mise en place généralisée d’une taxe au sac ou au poids est inéluctable, l’argument a de quoi séduire les économes. Car c’est un autre de ses points forts: la cocotte ne coûte pas cher. Compter entre 8 et 50 francs selon la race et l’âge de la bête…Peu de nourriture, et des soins de base.

Précurseur, la commune de Mouscron, en Belgique, offre depuis trois ans deux poules à tous les ménages intéressés afin de participer à la gestion des ordures. Seule obligation des acquéreurs: s’engager à ne pas manger les gallinacées durant deux ans minimum!

Merci le renard!

Retour en Suisse. A Chêne-Bourg plus précisément, à une ligne de tram du centre de Genève. Christine fait partie de ces citadins qui ont craqué. Dans un coin de son petit jardin, Rachida, Elisabeth et Chaussette vaquent à leurs occupations sous le regard bienveillant d’un tout jeune coq. L’histoire d’amour de Christine avec la volaille a commencé il y a deux ans, lorsque son frère, qui vit à la campagne, lui a annoncé qu’il allait devoir tuer deux de ses vieilles poules. «J’ai trouvé ça triste, alors il me les a données», sourit-elle, consciente de son cœur d’artichaut. Mémé et sa comparse sont mortes depuis, mais un voisin lui a offert deux belles poules, achetées au marché d’Annemasse. Puis elle a acquis une Marans, avant de carrément acheter trois œufs, qu’Elisabeth a couvés comme s’il s’agissait de sa propre progéniture, malgré son air hautain. «Avec les voisins, tout va très bien. Surtout avec les enfants, qui sont venus voir quand j’ai eu des poussins. Il faut dire qu’elles ne font pas beaucoup de bruit…tant qu’il n’y a pas de coq.»Du coup, dès que le jeune mâle commencera à faire cocorico, il devra s’en aller, paix des ménages oblige.

D’ailleurs, Monsieur n’est pas forcément recommandé dans un poulailler urbain ou semi-urbain. «Honnêtement, le coq n’apporte rien si on ne veut pas élever des poussins. Et contrairement à ce que certains pensent, il ne fera pas fuir un renard, tout juste des oiseaux», prévient Jean-Luc Decollogny. Et le renard, l’éleveur de Reverolle le connaît bien. Il serait même, selon lui, son meilleur représentant: «Je vends facilement 500 poules par an grâce à lui, parce qu’il est très vorace!»Dans son élevage, un bon millier d’Andalouses, de Bleues de Hollande et de Lohmann Tradition gloussent et attendent de trouver preneur. «N’importe qui peut prendre des poules, mais il faut faire attention à bien les protéger, surtout la nuit, fermer le poulailler, à cause du renard et de la fouine, qui peuvent faire des ravages.» Car même en pleine ville, le goupil, omniprésent, peut être attiré par l’odeur alléchante de ces bêtes à plumes.

Les vers, un délice

Ronda n’a pas peur du renard. Américaine installée avec son mari à deux pas du CHUV à Lausanne, elle a acquis trois poules Marans à 26 francs pièce au début de l’été. «Nous avons vécu pendant deux ans à Madagascar, et comme là-bas il était difficile de se procurer de la dinde pour Thanksgiving, on a commencé à en élever quelques-unes. C’est là que j’ai réalisé que ce n’était pas trop compliqué à faire!»Malgré la pluie qui tombe, Lea, Tabata et Sandy – la meneuse, qui vient de rentrer après une courte fugue – picorent, impassibles et le plumage détrempé, dans leur petit enclos. «Elles sont vraiment gentilles, on peut les caresser, les prendre dans les bras, et quand je les appelle d’une certaine manière, elles viennent vers moi.»

Une fois par jour, Ronda les laisse se balader librement dans le jardin. Et à chaque fois, c’est le même rituel: à peine la porte est elle ouverte qu’elles foncent vers le tas de compost, afin d’y dénicher vers et autres insectes appétissants. Un festin pour les trois énergumènes, qui raclent avidement le sol avec leurs pattes et leur bec, gloussant de contentement. «Les voisins et nos amis étaient un peu étonnés au départ, mais nous n’avons pas reçu de plaintes, et maintenant les gens qui se promènent dans le quartier viennent les voir.» Comblée par ses gallinacées, Ronda se demande aujourd’hui si un petit rucher ne trouverait pas sa place dans un autre coin du jardin, afin d’avoir du miel home made. «Mais je crois qu’il faut un peu plus de connaissances que pour les poules, donc on va encore attendre un peu», sourit-elle en balançant à ses trois colocataires à plumes des croûtes de fromage. Elles adorent ça.

Expert ès volailles de race

Si Ronda vient à peine de se lancer dans l’aventure, Jean-Maurice Tièche, au Locle, fait office de vieux baroudeur. Vice-président de l’association Volaille de race suisse, il juge les qualités des poules lors des très nombreux concours de beauté qui se tiennent en Suisse (plus de 150 expositions chaque année). Et de voir toujours davantage de monde, même en ville, céder à la pour que les gens aillent plus loin, et achètent un coq! Le plaisir de voir les animaux évoluer, leur comportement, ça déstresse, ça apprend l’humilité, car la nature décide toujours à la fin. Et pour les gamins, c’est extraordinaire.» Même s’il doit avouer qu’en tant qu’animal de compagnie, il y a mieux. «Il y a certes des poules plus calmes, d’autres plus vives, mais pour avoir essayé 2-3 tours avec, une poule reste étonnamment bête!» Et c’est un passionné qui parle.

Pas chère, un caractère facile et des besoins limités, offrant en prime des œufs et mangeant les déchets, la poule serait-elle l’animal du XXIe siècle, symbole à plumes de la décroissance? Ses adeptes disent trois fois oui. Et ils sont de plus en plus nombreux.

Des livres pour en savoir plus

  • «Je veux des poules!» de Patricia Beucher, Ed. Larousse, 9 Sfr. 50. Le petit manuel de base, drôle et bien fait, afin de pénétrer le monde étrange des poules.
  • «Le Zen et l’art d’élever des poules», de Clea Danaan, Ed. Rustica, 24 Sfr. 30. Un guide axé bienêtre spirituel grâce à la présence de ces volatiles.
  • «Poules, les connaître, les choisir, les élever», de Celia Lewis, Ed. Delachaux et Niestlé, 33 Sfr. 60. Une bible, préfacée par Son Altesse Royale le prince Charles, par ailleurs parrain de l’association de sauvegarde des races rares.

«Quatre à six œufs par semaine»

Un œuf, qu’est-ce que ça contient?
Des protéines et des graisses. Les protéines sont de très bonne qualité, elles servent même de référence pour celles des autres aliments, et sont économiques, puisque deux œufs remplacent une portion de viande dans un repas. Les graisses sont contenues dans le jaune d’œuf exclusivement. Il est aussi riche en vitamines (A,D,E), en fer et en zinc.

L’œuf contient-il beaucoup de cholestérol?
Il en contient, mais cette donnée n’a plus tellement d’intérêt. Lorsqu’une personne a un taux de graisses et de cholestérol élevé dans le sang, il convient d’agir plus sur la teneur en graisses et la qualité de celles-ci, de l’alimentation en général, que sur l’apport précis en cholestérol des aliments.

Peut-on en manger tous les jours?
Une alimentation équilibrée comprend 4 à 6 œufs par semaine pour les adultes, y compris dans les préparations comme les pâtisseries ou la mayonnaise. Ainsi, manger deux fois deux œufs par semaine est tout à fait envisageable.

Ya-t-il des façons de le préparer plus saines que d’autres?
C’est plus la quantité de matières grasses utilisées pour la cuisson (huile, beurre) qui fait que les œufs sont digestes ou sains.

Ya-t-il une différence entre l’œuf d’une poule «industrielle» et l’œuf d’une poule dorlotée dans un jardin?
La nourriture donnée à la poule influence la qualité de l’œuf. Ainsi, il y a eu une époque où l’on vendait des œufs enrichis en oméga 3 dans les supermarchés, les poules ayant simplement picoré des graines de lin en plus de leur nourriture habituelle. Quant à la couleur de la coquille, elle est plus en lien avec la race de poule qu’avec la valeur nutritionnelle de l’œuf.

Merci à Laurence Margot, diététicienne

Avant de se lancer

ÂGE Il vaut mieux prendre une poule de 18 à 24 semaines, afin qu’elle donne tout de suite des œufs. Dès 3 ans, sa production d’œufs va sérieusement baisser, mais elle pourra vivre jusqu’à 8 ans.

DISPOSITIONS LÉGALES La détention de volaille domestique n’est pas soumise à une autorisation du vétérinaire cantonal. Avant de se lancer, il vaut mieux s’assurer auprès des services communaux que le règlement de police ne contient pas de dispositions spécifiques sur la question et savoir si son poulailler nécessite une mise à l’enquête. Locataire, un coup de téléphone auprès de sa régie immobilière, de son propriétaire voire de l’Asloca sera nécessaire. L’ordonnance sur la protection des animaux (OPAn, consultable sur www.admin.ch), dans sa section 9, précise les obligations d’aménagement du poulailler (perchoirs, nichoirs, lumière, espace).

PRIX Les poules les moins chères se négocient à moins de 10 francs, alors que certaines races atteignent 50 francs en Suisse, mais parfois beaucoup plus à l’étranger. «Les prix en France ou en Allemagne sont multipliés par 2 ou 3, la Suisse est relativement bon marché dans le domaine!» se réjouit Jean-Maurice Tièche.

NOURRITURE La poule est omnivore. Mais mieux vaut éviter le poisson (donnera un goût à l’œuf) et la viande rouge («cela risque de les inciter à se piquer les unes les autres», avertit Jean-Maurice Tièche). Salades, choux, melon, kiwi, fromage, banane, insectes, tout lui convient. En complément, des sacs de graines spéciales volaille se trouvent dans les magasins de type Landi.

Francesca Palazzi
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