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Un festival, un film, une polémique. Quelle trinité pourrait s’avérer plus idéale pour un réalisateur? François Ozon le sait mieux que quiconque. En affirmant un peu maladroitement à Cannes, en mai dernier, que faire l’amour contre de l’argent, à l’instar du personnage de son dernier opus Jeune et Jolie, pouvait être «le fantasme de beaucoup de femmes», ce grand nom du cinéma français s’est assuré une audience inédite. Certes, pas de palme d’or à l’arrivée, mais une tension palpable chez les cinéphiles, impatients d’atteindre la fin de l’été pour découvrir le film en salles, et avec lui, la performance éblouissante de l’actrice principale, Marine Vacth.

Pour elle, Ozon a, plus qu’une œuvre, bâti un temple d’images, visiblement fasciné par sa nouvelle muse. Pas aussi débutante que les médias l’ont laissé croire (quelques films dans son CV, déjà, et aussi quelques scènes un peu déshabillées, déjà) la tête d’affiche captive dans la peau d’Isabelle, une lycéenne semblant, jour après jour, s’enfoncer dans un monde intérieur où la sensualité ne va pas sans un impératif de confrontation abrupte et dangereuse avec l’inconnu.

Catharsis à risque

Dès les premiers minutes de Jeune et Jolie, on le sent, c’est moins une histoire qu’un corps, le journal intime d’un corps, que le cinéaste est en train de filmer. Dans un climat étouffant de non-dits, l’auteur de Swimming Pool lâche Isabelle et ses 17 ans dans l’arène qui la met face à son désir en train d’émerger. Un désir neuf, sans repère, sans prise réelle sur la matière. Et surtout naïf. Rendu vulnérable au moindre échec.

Comme souvent, François Ozon excelle à disséquer ce passage tortueux entre les ultimes feux de l’adolescence et les lumières froides de l’âge adulte. Une épreuve silencieuse, presque indécelable sur le visage, mais cataclysmique de l’autre côté de la peau, et que le personnage de Marine Vacth semble avoir choisi de résoudre en se faisant escort. En rencontrant des hommes qui la paient et pouvant néanmoins, à l'occasion, se révéler des amants plus délicats que ce jeune allemand qui la déflora sans passion sur une plage.

Finalement loin des fantasmes

Pourquoi cet étrange passage à l'acte? Le réalisateur, trop malin, s’est bien gardé de le révéler explicitement, même si les raisons affleurent ici et là à l'écran, et sonnent davantage comme les vrais sujets, en filigrane, du film: hypocrisie des sentiments des adultes, lâcheté des hommes, sensation de toute-puissance devant le désir généré chez l’autre. Une œuvre à plusieurs niveaux de lecture, donc, conforme aux habitudes de son auteur, loin, tellement loin de l’insipide machine à buzz présentée jusqu’ici.

Ainsi débarrassée de toute interrogation d’ordre socio-économique, la représentation de la prostitution ne pouvait que logiquement déboussoler les spectateurs, voire créer le malaise face à tant de neutralité. Et pourtant, Ozon se permet même de briller par des dialogues à l’humour pince-sans rire redoutable, plutôt inattendus au milieu des tonalités en noir et pourpre d’un film passant pour son plus profond depuis bien des années.

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