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POUR

Il y a deux manières d’aborder un objet cinématographique: aller voir un film, ou aller voir LE film. Dans le cas de l’auteur de cette critique, ce fut la première de ces catégories lorsqu’il entreprit d’aller découvrir Gravity dans une salle obscure. Suisse alémanique, la salle obscure, et de surcroît un des premiers jours d’octobre. Donc en avant-première. A ce moment précis, Gravity n’était pas encore LE Gravity que tout le monde vénère – ou abhorre – aujourd’hui, LE phénomène de l’automne que tous les médias commentent avec passion. Était-ce un avantage? C’est possible.

Car avant même d’être une œuvre puissante, inspirée, à la perfection formelle bluffante, Gravity s’impose dès les premières secondes comme une véritable expérience sensorielle. Immédiatement absorbé dans une 3D qui, enfin, frise le miracle, le spectateur voyage entre l’art et le documentaire, entre le rêve et l’attraction futuriste, privé de ses repères cardinaux par une apesanteur si finement donnée à sentir. Le travail sur la matière, la lumière, chaque reflet sur le métal ou sur le verre offre ainsi la sensation d’être réellement en train de flotter dans le vide, emmêlé dans les tentacules de la navette et du télescope Hubble. Que dire, sinon qu’être préalablement ému par l’espace est requis pour goûter pleinement aux joyaux esthétiques, quasi métaphysiques, de la mise en scène d’Alfonson Cuarón.

Et après? En dépit d’une narration parfois trop linéaire – Sandra Bullock, formidable, qui atteindra encore le sas salvateur au bout de quatre minutes de tâtonnements, vive les ellipses! – on louera l’originalité de ce huis-clos sidéral, innocemment psychologique, faisant de la banlieue terrestre la métaphore des tourments intérieurs de l’astronaute Ryan Ross. Elle a perdu sa petite fille quelques années auparavant. Et au plus profond d’elle, elle hésite: la tentation du néant, de l’autodestruction (le noir infini de l’espace, sans haut ni bas, sorte de fleuve des Enfers stylisé) contre le retour à la vie (la Terre, ses couleurs hospitalières, sa pesanteur parfois douloureuse mais tellement rassurante).

Gravity, comme son nom finit par l’indiquer, est une catharsis en accéléré, chronométrée, soulignant le basculement final vers l’option de l’avenir, l’appel de la vie (par exemple ce hululement de chien nordique capté par la radio, parole primale dénuée de mots) l’attraction indubitable de la vie à la manière de la gravité exercée par la planète bleue. Gravity est le journal d’une victoire gagnée à la force du mental, des coudes, mais aussi du désir de renaître. En cela, la très sous-estimée Sandra Bullock, longtemps boudée par le public, sphinx talentueux jusqu’ici noyé dans une filmographie davantage parsemée de cendres que de podiums, a ici trouvé le personnage idéal.

Nicolas Poinsot

CONTRE

Je déteste aller voir «le film dont tout le monde parle» (je n’ai toujours pas vu Intouchable), mais parfois, les circonstances m’y poussent malgré moi (séance complète, film déplacé en milieu d’après-midi, goût trop éloigné de ceux de la personne qui m’accompagne). C’est ainsi que je me suis retrouvée avec mes lunettes 3D devant les renversantes (c’est le cas de le dire) vues spatiales de la Terre du film d’Alfonso Cuarón, Gravity.

J’avais lu des critiques dithyrambiques sur ce film, le «meilleur film sur l'espace jamais réalisé» d’après James Cameron, porté uniquement par deux acteurs, les oscarisés George Clooney et Sandra Bullock. Le réalisme dingue des images (de synthèse pour la plupart) revient souvent dans les commentaires enthousiastes. Elles m’ont surtout fait penser aux gadgets ramenés par mon oncle lors de son séjour au Texas, dans les années 80, et son passage obligé au space center de Houston. Et cette pauvre Sandra Bullock, en culotte et marcel dans l’espace alors qu’il doit faire -50 !!!

Depuis la première scène où elle visse ce qui ressemble à une maquette Playmobil, je ne l’ai pas trouvée crédible. Pauvre femme sans défense, qui sans ce brave George Clooney serait perdue dans l’espace (ce qui finit quand même par arriver)… Elle ne peut pas se déplacer (c’est George qui a les propulseurs, d’ailleurs, on se demande qu’est-ce qu’il fait à part virevolter comme un farfadet autour du télescope Hubble).

Elle ne sait pas non plus piloter le Soyouz (la capsule de secours qui doit la ramener sur Terre). Finalement, après avoir été secouée pendant 1h30 comme dans Spacemountain (on en a la nausée avec elle), elle trouve le bon bouton (en chinois) pour se propulser vers l’atmosphère et amerrir au milieu de nulle part, mais sur notre bonne vieille planète… Non mais franchement, la NASA a-t-elle cautionné ce scénario invraisemblable ? ou la réalité est-elle si absurde?

Comme dans tous les films hollywoodiens, l’héroïne s’en tire malgré le sort qui s’acharne sur elle. Mais franchement, à quoi bon ? Le sommet ? Quand George Clonney alias Matt Kowalski remorque la pauvre Dr. Ryan Stone (mais c’est quoi ce prénom ?) en direction de l’ISS et que celle-ci n’a plus que 5-4-3-2-1… 0% d’oxygène… Pas de souci, «ton réservoir est vide mais ta combinaison en contient encore assez pour tenir un bon quart d’heure»… Moi en tout cas ça fait longtemps que j’ai piqué du nez !

Valérie Fournier

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