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Comment Emily Brontë, profondément asociale (on tenta deux fois de la scolariser, sans succès) et à qui l’on ne connaît aucun amour a-t-elle pu imaginer une passion aussi fusionnelle que celle unissant un homme et une femme par-delà la mort? Un siècle et demi après la parution des Hauts de Hurlevent (Wuthering Heights, en VO), cette question reste un mystère. Ne dit-on pas que, dans un premier roman, l’auteur se raconte lui-même? Mais Emily Brontë avait-elle besoin de ressentir la violence des sentiments qu’elle décrit dans Les Hauts de Hurlevent (ou «Hurle-Vent», suivant les traductions) pour les raconter? Peut-être pas, après tout. Ce que l’on sait de sa vie atteste qu’elle n’a pas vécu les affres de la passion; mais elle les a vues et côtoyées. Son frère Branwell était amoureux d’une femme mariée. Eperdu de ne pouvoir l’épouser, il sombra dans l’alcoolisme. Branwell a-t-il servi de modèle au torturé Heathcliff? Ou l’auteure a-t-elle calqué le caractère de son héros sur sa propre nature?

Ce qui est certain, c’est qu’Emily Brontë n’était pas femme à se plier aux convenances. Les témoignages qui nous sont parvenus la disent solitaire, dure. Avec les autres et avec elle-même. La légende raconte qu’elle se serait fait mordre un jour par un chien errant et qu’elle aurait cautérisé la plaie elle-même au fer rouge, sans en parler. Selon une autre anecdote, elle aurait battu à coups de poing son chien parce qu’il lui avait désobéi. Jusqu’à sa mort, elle a témoigné de cette force de caractère et de cet entêtement que l’on retrouve chez ses héros, Heathcliff et Catherine: alors qu’elle était malade de la tuberculose, elle refusa de se soigner. Indomptable, comme la lande qu’elle aimait tant, ces «Wuthering Heights» qui servent de berceau à ses amants maudits.

L’histoire

En rentrant de voyage, Mr. Earnshaw ramène chez lui un enfant abandonné. Le petit bohémien s’appelle Heathcliff. Déjà père d’un garçon, Hindley, et d’une fille, Catherine, Mr. Earnshaw élève le nouveau venu comme son propre fils. Si Hindley déteste Heathcliff, Catherine, en revanche, l’aime tendrement. A la mort de Mr. Earnshaw, Hindley devient le maître de maison; il en profite pour reléguer son frère adoptif à une place de domestique.

Pour protéger ce dernier, Catherine épouse un riche héritier, Edgar Linton. Elle espère qu’il acceptera que Heathcliff vive avec eux. Mais Heathcliff ne comprend pas la manœuvre et s’enfuit. Il réapparaît peu après le mariage de Catherine et lui avoue qu’il l’a toujours aimée. Mais peu après leurs retrouvailles, cette dernière meurt, laissant derrière elle une petite fille, Cathy, et un Heathcliff fou de douleur. Dès lors, il n’aura de cesse de se venger d’Edgar et de Hindley, et de leurs descendants. Mais le fantôme de Catherine le hante…

Ce qu’il en reste

Dans son essai Ten Novels and Their Authors (1954), William Somerset Maugham cite Les Hauts de Hurlevent parmi les dix plus grands romans existants. Au même titre que Madame Bovary, Moby-Dick, Le rouge et le noir ou Guerre et paix. C’est dire si le grand dramaturge britannique tenait l’ouvrage d’Emily Brontë en haute estime. Les Hauts de Hurlevent n’a pourtant pas connu un succès immédiat. Son intrigue complexe, déroulant son fil sur plusieurs générations, le côté sombre des personnages et leurs rapports familiaux à la limite de l’inceste ont sans doute douché l’enthousiasme de la bonne société anglaise du XIXe siècle. Mais le temps a fini par plaider en sa faveur. En 1920, Les Hauts de Hurlevent est porté à l’écran dans un film muet. Dix autres adaptations suivront, dont certaines très libres, comme celle de Luis Buñuel, qui transpose, en 1954, l’histoire au Mexique, ou celle de Jacques Rivette (1986). Les Hauts de Hurlevent a aussi connu d’autres vies sous forme d’opéras, de ballet, de BD. Et de chansons: Kate Bush lui a consacré le titre Wuthering Heights sur son album The Kick Inside (1978). Cent soixante-cinq ans après sa publication, ce classique de la littérature anglaise reste une référence. Même Bella, dans la saga Twilight, le cite comme son livre préféré. Il n’en fallait pas plus pour que les ados du monde entier se ruent sur Les Hauts de Hurlevent, faisant quadrupler ses ventes. Le romantisme est éternel.

La phrase

«Si tout le reste périssait et que lui demeurât, je continuerais d’exister; mais si tout le reste demeurait et que lui fût anéanti, l’univers me deviendrait complètement étranger, je n’aurais plus l’air d’en faire partie.»

«Les Hauts de Hurlevent», d’Emily Brontë, 425 p., Ed. Rivages, Collection Poche, 12 Sfr. 90.

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