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Travelling arrière jusqu’en 1976, avec le livre d’Anne Rice qui allait faire du cruel suceur de sang de la littérature classique un héros romantique.

La légende raconte qu’au sommet de sa gloire, dans les années 90, ses livres se vendaient à raison d’un exemplaire toutes les 24 secondes dans le monde. Pourtant, Anne Rice n’a jamais cherché à se faire publier. Au début des années 70, si elle reprend une nouvelle sur le vampirisme entamée durant ses études, et la développe en roman en à peine cinq semaines, c’est pour se libérer de la souffrance ressentie après la mort de sa fille Michele âgée de 6 ans. La culpabilité, le sentiment de perte, les regrets qui sont les siens, elle les attribue à son personnage central, Louis. L’enfance interrompue de Michele, revient, elle, à celui de Claudia. La cruauté et l’égoïsme du destin, à Lestat, leur «créateur».De cette catharsis allait naître Entretien avec un vampire. C’est l’agent littéraire d’Anne Rice, fine mouche, qui vendra les droits du manuscrit à une maison d’édition. Sans rien dire à l’auteure.

Anne Rice a avoué un jour qu’elle souhaitait «avoir la chance d’atteindre l’immortalité dans les jeunes esprits». Sa saga Chroniques des vampires l’a comblée au-delà de ses espérances. Souvent, les séances de dédicace ont dû être limitées à mille personnes. Il n’était pas rare que ses fans coupent des mèches de leurs cheveux et les lui offrent, déposées dans de petits cercueils. Mais ça, c’était avant. Avant que l’auteure ne redécouvre la foi, puis s’égare dans le prosélytisme et, nouveau revirement, finisse par renier l’Eglise catholique.

En revanche, elle n’a jamais renoncé à l’écriture. Ni à son public. En témoigne sa page Facebook, suivie par plus de 600 000 personnes. Anne Rice y poste régulièrement commentaires et photos. Il y a un mois, l’écrivaine amis en ligne des clichés de la Suisse, où elle disait séjourner «pour le plaisir et pour des recherches». L’objet d’un prochain roman?

L’histoire

La Nouvelle-Orléans, début des années 80. Un journaliste se fait aborder dans un bar par un homme qui veut lui raconter son histoire. L’inconnu prétend être un vampire. L’enregistreur tourne, l’interview commence et Louis se souvient… En1791, il a 25 ans et vit sur une plantation au bord du Mississippi. Il boit pour oublier le suicide de son frère, traîne dans des coupe-gorge en appelant la mort de ses vœux. C’est Lestat, un vampire, qui lui répond: il le vide de son sang, puis lui faire boire le sien pour le transformer en créature de la nuit.

Après quelques années de vie commune, les deux hommes s’installent à La Nouvelle-Orléans. Sentant que son compagnon lui échappe, Lestat décide de lui donner une amie: Claudia, une petite fille de cinq ans qu’il transforme en vampire. Pour le trio commence alors une vie de famille, de chasse et de quête qui les mènera en Europe de l’Est puis à Paris…

Ce qu’il en reste

Une saga de dix livres, dont Entretien avec un vampire est le premier tome, vendue à plus de 80 millions d’exemplaires. Ce qui fait d’Anne Rice l’une des auteures contemporaines les plus lues. Entretien avec un vampire a aussi été adapté en comic et en manga.

Surtout, il adonné lieu à un film, sorti en1994. Avant même le tournage, cette adaptation a déclenché la polémique: Tom Cruise avait-il la carrure d’un Lestat? La question a agité aussi bien les fans que la romancière elle-même, outrée par ce choix. Après avoir vu le long-métrage, elle s’excusera et saluera la performance de l’acteur. Mais le véritable héritage d’Entretien avec un vampire, c’est d’avoir inventé une nouvelle race de vampire. De l’entité décrite jusque-là par la littérature comme un monstre cruel, Anne Rice a fait un être sensible, rongé par les remords. Une créature romantique et sensuelle qui a ouvert la voie à l’Edward de la saga Twilight.

La phrase

«Il y avait quatre ans que je ne m’étais plus rassasié de sang humain; j’avais oublié; et voici que j’entendais de nouveau ce rythme terrible, le battement de ce cœur, qui n’était ni le cœur d’un animal ni celui d’un homme, mais le cœur rapide et têtu d’un enfant, un cœur qui battait de plus en plus fort, qui refusait de mourir, qui frappait comme un petit poing d’enfant frappe une porte, qui criait: «Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir, je ne peux pas mourir, je ne peux pas mourir…»

«Entretien avec un vampire», d’Anne Rice, Ed. Fleuve Noir, 443 p., 13 Sfr. 60.

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