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Dans les sphères aisées des années cinquante, cela ne se fait pas d’afficher publiquement son goût pour l’argent et les mœurs légères. Or en écrivant Bonjour tristesse, Françoise Sagan transgresse le code implicite de son milieu. Ce petit roman, magnifiquement écrit, met en scène un père volage qui emmène sa fille de dix-sept ans en vacances en même temps que sa maîtresse: le joyeux trio s’abandonne sans états d’âme aux futilités du farniente, à l’alcool et aux virées nocturnes. Impossible de ne pas faire le lien entre l’ado du roman, qui refuse qu’on lui impose la moindre contrainte, et la jeune Sagan qui décide de mener sa vie comme bon lui semble. Celle-ci fait tout de même une concession: elle accepte de paraître sous le nom de plume de Sagan, à la demande de son père Pierre Quoirez, un industriel probablement inquiet à l’idée de voir publier un roman qui foule aux pieds les valeurs familiales traditionnelles…

Si l’on en croit sa sœur aînée, Françoise «était une enfant pourrie-gâtée». Peu scolaire, mais passionnée par la littérature, elle déploie dès son premier livre un remarquable talent d’écrivain. Immense succès de librairie, Bonjour tristesse est unanimement salué par la presse et se voit décerner le Prix des Critiques. Devenue célèbre du jour au lendemain, Sagan ne tarde pas à se lier d’amitié avec de grands auteurs, comme Sartre, Julien Green ou Michel Déon. Pour l’époque, elle est un personnage hors norme. Les journaux et les magazines relatent régulièrement les frasques de cette femme libre, aux allures de garçon manqué, qui distille autour d’elle un léger parfum de scandale. Car Françoise Sagan est capable de tous les excès. Elle conduit sa Maserati pied au plancher et passe ses nuits blanches dans les casinos. Joueuse pathologique, elle perd aussitôt l’argent gagné ou le distribue généreusement à ses amis. Elle finira ses jours sans le sou. Mais pas oubliée pour autant, comme en témoigne la sortie en 2008 du film Sagan, de Diane Kurys, avec Sylvie Testud dans le rôle principal.

L’histoire

Homme de quarante ans veuf et fortuné, Raymond emmène en vacances sur la Côte d’Azur sa jeune maîtresse Elsa et sa fille de dix-sept ans Cécile, qui vient de rater son bac. Ce petit monde mène une vie insouciante entre plage et virées nocturnes au casino. Malgré son jeune âge, Cécile est de la partie. Très proche de son père, elle apprécie ce mode de vie sans contrainte qu’aucun nuage ne semble pouvoir troubler. Mais tout change lorsque Anne, autrefois la meilleure amie de la mère de Cécile, les rejoint pour un court séjour.

Cécile se retrouve face à deux modèles de femmes que tout oppose: d’un côté la gentille et écervelée Elsa, au physique de bimbo, et de l’autre l’élégante Anne, quadragénaire dont la classe et l’intelligence impressionnent tous ceux qui la côtoient. La jeune maîtresse ne fait pas le poids, et Raymond décide de la quitter pour épouser Anne. Aux yeux de Cécile, rien ne va plus: Anne veut mettre de l’ordre dans la vie de l’adolescente, la pousse à travailler en vue d’obtenir son bac, et lui interdit même de voir Cyril, son petit copain. De plus en plus s’impose alors à Cécile le «féroce» désir de provoquer une rupture entre Anne et son père, afin de pouvoir renouer avec sa vie d’avant…

Ce qu’il en reste

Bonjour tristesse n’a pas pris une ride. L’histoire pourrait tout aussi bien se dérouler aujourd’hui, sur cette Côte d’Azur où des vacanciers fortunés affichent sans complexe leur goût pour le luxe et l’oisiveté. Le livre reste plus que jamais d’actualité, puisqu’il évoque le problème des familles recomposées: la jeune héroïne, d’abord conquise par sa future belle-mère, ne supporte pas la discipline que celle-ci veut lui imposer. Le best-seller de Sagan est adapté à l’écran par Otto Preminger et connaîtra dès sa sortie, en 1958, un beau succès.

La jeune Jean Seberg y interprète le rôle principal, aux côtés de David Niven, Deborah Kerr et Mylène Demongeot.

L’extrait

«Je crois bien que la plupart de mes plaisirs d’alors, je les ai dus à l’argent: le plaisir d’aller vite en voiture, d’avoir une robe neuve, d’acheter des disques, des livres, des fleurs. Je n’ai pas honte encore de ces plaisirs faciles, je ne puis d’ailleurs les appeler faciles que parce que j’ai entendu qu’ils l’étaient. Je regretterais, je renierais plus facilement mes chagrins ou mes crises mystiques. Le goût du plaisir, du bonheur représente le seul côté cohérent de mon caractère.»

«Bonjour Tristesse», Françoise Sagan, Ed. Pocket, 153 p., 9 Sfr. 20.

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