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L’odyssée se poursuit avec, en 1936, le pavé romanesque de Margaret Mitchell, fille d’Atlanta nostalgique de l’époque d’avant la guerre de Sécession américaine.

Un monde sombre, un autre émerge, et la nostalgie naît. Contagieuse, la nostalgie: quiconque se plonge dans les 1400 pages d’Autant en emporte le vent, se retrouve, à l’instar des héros du roman, hanté par les images glorieuses d’avant la guerre de la Sécession (1861-1865). Des champs de coton, des palais à véranda, des robes à crinoline, des bals…Au coeur de cette splendeur et objet de tous les désirs: la ravissante Scarlett O’Hara, fille d’un planteur irlandais. Pendant la guerre et la pagaille de la Reconstruction, sans rien perdre de sa grâce, elle saura troquer frivolité contre intelligence pratique. Avec son pendant au masculin, le spéculateur Rhett Butler, elle forme le couple romanesque le plus étincelant de tous les temps mais qui ne se trouve jamais vraiment. D’où un irrésistible suspense…

Désir, histoire avec un grand H, argent: Margaret Mitchell a choisi les ingrédients qui marchent. Elle les a puisés dans le destin des membres de sa famille, tous sudistes et nostalgiques, comme dans ses propres drames et ses amours. Surtout, elle amis dix ans de sa vie à écrire cet unique roman. Enquêtant, racontant, décrivant minutieusement… Le lecteur sort essoré par la gamme infinie des émotions éprouvées. Ce qui explique le succès inégalé d’Autant en emporte le vent, rapidement soutenu par son adaptation flamboyante au cinéma. Longtemps, le roman, Prix Pulitzer en 1937, a caracolé en 2e place, derrière la Bible, au classement des livres les plus vendus au monde.

L’histoire

En 1861, Scarlett O’Hara a 16 ans, deux petites sœurs qu’elle n’aime guère, une nounou noire qu’elle adore, une mère qu’elle révère, un père dont elle a hérité le tempérament sanguin, une ribambelle de soupirants et un amoureux inaccessible. Ce «bon vieux temps» explose avec la guerre. Et Scarlett, confrontée à la mort, la faim, la responsabilité des siens devient une vraie femme d’entreprise. Même ses mariages – trois – sont dictés par l’intérêt. Car l’amour est ailleurs: dans ses rêves pour Ashley Wilkes, mari tant aimé de sa belle-sœur Melly; dans un jeu de désir et de rejet pour le sulfureux Rhett Butler.

Quant à l’affection, Scarlett, pourtant mère de trois enfants, la connaît à peine. Il y a eu trop de morts, et les attachements rendent vulnérable. A la fin du livre, elle a seulement 28 ans. Elle est riche. Mais perplexe devant sa solitude. Il ne lui reste que «Tara», la plantation héritée de son père, pour laquelle elle s’est donné tant de mal. Et dans la terre de laquelle gît le Yankee qu’elle a tué pendant la guerre.

Ce qu’il en reste

L’énorme succès de l’histoire de Scarlett O’Hara en a fait une référence absolue. La devise de l’héroïne, «J’y penserai demain» a accompagné des générations de lectrices. Et la réplique de Rhett Butler, «Frankly, my dear, I don’t give a damn» (Franchement ma chère, c’est le cadet de mes soucis) alors que Scarlett qu’il abandonne, s’exclame «mais si vous vous en allez que vais-je devenir?» a été officiellement élue plus grande réplique du cinéma américain en 2005!

Malgré la volonté explicite de Margaret Mitchell, des maisons d’éditions ont voulu surfer sur le succès d’Autant en emporte le vent. Des «suites» à cette saga qui s’arrête en 1873, huit ans après la fin de la guerre, ont été publiées: Scarlett d’Alexandra Ripley en 1991 (6 millions d’exemplaires); Le clan Rhett Butler de Donald McCaig en 2007. En 2001, Alice Randall, écrivain et compositrice noire, s’est lancée, elle, dans une version «vue par les esclaves ». The wind done gone (pas traduit) refait l’histoire avec comme narratrice la demi-sœur noire de Scarlett. Une tentation légitime, car, oui, ce monde déchu si brillamment décrit par Margaret Mitchell était esclavagiste, raciste, nationaliste et machiste…

La phrase

«Elle se rendait compte peu à peu que si elle avait compris Ashley elle ne l’aurait jamais aimé, mais que si elle avait compris Rhett, elle ne l’aurait jamais perdu.»

«Autant en emporte le vent», de Margaret Mitchell, 3 tomes de 480 p. Ed. Folio Gallimard.

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