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Deux fuseaux de maille moulant la jambe de la pointe des pieds au-dessus du genou, laissant le haut de la cuisse nue… Tel est le bas, l’un des sous-vêtements qui a contribué le plus à érotiser le corps féminin. Accessoire aux origines pourtant antiques et masculines, sa grâce titille les esprits et les désirs contemporains. «Oui, on porte des bas en 2013!» affirme Pierre Bousquet, journaliste et auteur du blog nylon-volupté.com, un site spécialisé dans la lingerie des dames. Et de préciser: «Ils sont devenus un incontournable des panoplies coquines destinées à faire de l’effet dans les alcôves, aux côtés du shorty et du soutien-gorge.»

Comme toute mécanique de séduction, le bas joue sur les ambiguïtés, dévoilant et dissimulant à la fois… Mais son sex-appeal n’était de loin pas inscrit dans son ADN. Car l’histoire nous l’enseigne: il a fallu plusieurs siècles pour que cette pièce se transporte des jambes masculines aux gambettes féminines, et surtout du rayon pratique au tiroir érotique. Voici une petite généalogie inspirée par un récent ouvrage du genre très enflammé, Le Bas, de Jean Feixas.

Louis XIVe et ses somptueux bas à jarretières/Universal History Archive/Getty Images La période antique et médiévale: Braies, jarretières et boucles d’or

L’ancêtre du bas tel que nous le connaissons aujourd’hui était bien loin d’évoquer charme, plaisir et érotisme. Il y a deux mille ans, ses inventeurs, les Barbares, le portaient sous forme de braies, longs caleçons maintenus par des bandelettes. Plus tard, le Moyen Age sépara l’affaire en deux, distinguant le haut-de-chausse des bas-de-chausses, qui ressemblaient furieusement à nos bas modernes: deux pièces de soie ou de laine épousant les jambes, retenues au niveau de la cuisse par des jarretières. Ah, les voilà, ces fameuses jarretières! Une bande de tissu serrant la jambe pour éviter que le tout dégringole sur la cheville, guère plus, et pourtant au XIVe siècle, Edouard III d’Angleterre en fit un ordre, celui de la jarretière. La faute à sa maîtresse, qui lors d’un bal vit son bas descendre au-delà de ce que la décence autorisait. Pour sauver son honneur, le roi créa l’institution. L’Histoire est sélective car durant la période médiévale et la Renaissance, le bas est surtout l’apanage des nobles messieurs.

Louis XIV portait des jarretières dont les boucles étaient ornées de diamants. Les lui enlever faisait l’objet d’un rituel. Toutefois le système est réputé gêner la circulation du sang. Le philosophe Emmanuel Kant, selon une légende, réinventa le principe de la jarretelle pour son propre compte: le bas n’est plus retenu par serrage mais par des sangles fixées sur une ceinture. Idée lumineuse, d’où qu’elle vienne réellement, puisque désormais le bas avance sur deux fronts en même temps, prêt à se jeter à corps perdu dans la sphère de l’érotique.

De l’escarpolette au cancan, le bas joue à cache-cache/Getty ImagesL’époque moderne: Cancan, balançoire et culotte fendue

Dès le XIXe siècle, les femmes s’approprient le bas. Première à sentir le soufre: la jarretière. Jugée peu pratique, déclassée par la plus confortable jarretelle, elle devient un accessoire coquin. Les danseuses de cancan en font une arme de fascination massive, l’assortissant à des bas noirs, aptes à contraster avec la pâleur de la peau.

On voit en outre se développer tout un langage propre au bas. Une jarretière détendue et tombant mollement sur le genou? Le signe assuré d’une femme voluptueuse. Une robe soulevée avec générosité, au-delà de la nécessité du mouvement de franchir une marche ou un trottoir? Une invitation des plus claires à l’endroit de son courtisan.

Sous l’Ancien Régime, on se régale de séances d’escarpolette, cette balançoire sur laquelle les jeunes filles de la noblesse aiment aller et venir, le but étant de faire loucher le galant posté en face d’elle à chaque ascension dans les airs… Ah, on ne l’a pas précisé? «Pour des raisons de disponibilité sexuelle, les femmes, jusqu’au Second Empire, ne portaient pas de culotte. Et jusqu’au milieu du siècle suivant, cette nouvelle pièce de lingerie demeura fendue pour un accès plus aisé», révèle l’historienne et auteure du livre Lingerie Française, XIXe-XXIe siècle, Catherine Örmen. Il n’est dès lors pas difficile de saisir pourquoi le bas a investi le domaine de la séduction, pour ne plus jamais en ressortir.

Le bas glorifié par Hollywood aurait fait vendre des centaines de millions de paires/Getty ImagesLe XXe siècle: Jarretelles, pin-up et pilule

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, c’est au tour de la jarretelle d’envahir l’imaginaire des fantasmes masculins. Une invention majeure en est la cause: le tissage du nylon, venu tout droit des Etats-Unis. Plus solide, plus fin, plus fluide, plus léger (il pèse environ 7 grammes) que le coton ou même la soie, il débarque en Europe grâce à un cheval de Troie peu rebutant, en l’occurrence la pin-up américaine. Arrivant sur le Vieux-Continent libéré, les GIs apportent le chewing-gum mais aussi le bas nylon dans leur barda. Parallèlement, le cinéma hollywoodien se charge de convaincre à coup de films cultes, de Marilyn et autres Rita Hayworth. De 1940 à 1960, c’est véritablement l’âge d’or du bas. On le montre, on le porte partout. Et plus on le montre d’ailleurs, plus la tendance est à la couleur chair, à la sobriété, loin des froufrous et des broderies complexes du passé.

Un événement va bouleverser l’histoire. Au milieu des sixties, la femme obtient l’usage de la contraception et peut enfin exprimer sa sexualité tout en maîtrisant l’accès à son intimité. On aurait pu imaginer le bas accéder à une popularité encore plus stratosphérique… Manque de chance pour lui, c’était sans compter un paradoxe souligné par Catherine Örmen: «Avec l’arrivée de la pilule, les femmes se sont réapproprié leur corps et ont mis un terme à la disponibilité permanente de leur intimité. Celle-ci disparaît alors derrière trois couches de vêtements: la culotte, le collant, puis le pantalon.»

Cinquante ans après son âge d’or, le bas nylon est de retour. Pour le plaisir des yeux exactement.../Ted Soqui/CorbisLe XXIe siècle: Lycra, vintage et dentelles

Malgré quelques feux ultimes dans les seventies, notamment dans le film Emmanuelle sur les jolies gambettes de Sylvia Kristel, le bas est out. Banni de la vie quotidienne, il ne survit que péniblement dans le registre de l’érotique. Quoique de survie, il s’agisse plutôt de résurrection. Grâce à plusieurs créateurs, dont Chantal Thomass, il retrouve progressivement sa capacité à faire fantasmer les amoureux au gré des années 80 puis 90.

Il faut dire que côté confort les choses ont tendance à s’améliorer, avec l’apparition de nouvelles matières, tel le lycra. Difficile néanmoins d’éloigner les puristes du nylon. Les années 2000 forment même un nouveau terrain de jeu pour lui. Si les marques françaises innovent peu dans les modèles, les fabricants anglais et italien font preuve de créativité, faisant kaléidoscoper couleurs et motifs. «Le bas nylon est de plus en plus populaire chez les jeunes générations, constate Pierre Bousquet. Ces femmes n’ont pas vu leur mère en porter, et elles le perçoivent comme un objet vintage et divertissant, pas ringard du tout. Il y a également la recherche de certaines valeurs liées aux années 50, telles que l’élégance. Et elles ont tout à fait raison, car pour moi le bas est le caviar de l’accessoire pour les jambes.»Un luxe accessible pour les sens? Franchement, qui irait s’en plaindre.

A lire

Ancien commissaire à la brigade des mœurs, Jean Feixas a une certaine légitimité à commettre un livre sur le sujet…
Le Bas, 500 illustrations, 240 p., Jean-Claude Gawsewitch Editions.

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