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Pour cette personnalité hors du commun la star c'est la marque et les rencontres avec les journalistes se font rares. Une par an et par pays. Rencontre exclusive à Paris avec une figure emblématique de la beauté.

Une suite du Ritz un matin d'été. Rencontré la veille, au cours de la soirée de lancement du nouveau Trésor Midnight Rose, en présence d'Emma Watson, Youcef Nabi en impose. Parcours sans faute d'un matheux, passionné de génétique, qui a choisi d'étudier la biologie à l'Ecole Nationale d'Agronomie de Grignon avant de débuter sa carrière chez L’Oréal comme responsable marketing dans les années nonante. Riche d'une fibre artistique exceptionnelle, le fils de bonne famille algérien (son père est alors un haut dignitaire politique), musulman, gravit très vite les échelons et prend la direction de L’Oréal Paris en 2005. Grâce à lui la marque qualifiée de «grand public» va connaître un retentissement mondial. Quatre ans plus tard, Jean-Paul Agon, directeur général du groupe, pense naturellement à lui pour redonner à Lancôme l'aura que la marque a un peu perdu. Et cette marque il l'incarne, autant que les célèbres égéries qu’il a réussi à débaucher, Julia Roberts et Jane Fonda en tête. En scientifique convaincu, il souhaite même en faire définitivement la référence du soin; en homme responsable, il veut partager les bénéfices que, très vite, il obtient. Précieux soutien pour la Fondation Carla Bruni Sarkozy contre l'Illettrisme, Lancôme apporte désormais son aide à la Golden Hat Foundation créée par Kate Winslet, institution à but non lucratif active dans la lutte contre l'autisme. Un minimum de 150 000 euros devraient être versés d'ici la fin de l'année. «Kate Winslet représente de la façon la plus généreuse et la plus responsable qui soit la féminité Lancôme, précise le chef d'entreprise. Ce fut donc évident pour nous, dont les valeurs d'altruisme sont essentielles, d'accompagner et de soutenir Kate.» Les plus sceptiques ricaneront. Et si tout cela n'était que du pur marketing? Du charity business savamment orchestré. Youcef Nabi s'insurge. Et on le croit. Il y a chez cet homme, qui n'hésite pas à afficher sa part féminine, une vérité évidente et troublante. Et quelques contradictions qu'il assume. Face à face avec une très belle personne…

FEMINA Dites-nous, où va Lancôme? Une marque chère au cœur de bien des femmes.
YOUCEF NABI Nous nous sommes tous, un temps, posé la question. Lorsque je dirigeais L’Oréal Paris, je suivais beaucoup Lancôme en regrettant qu'elle soit un peu moins la marque qui m'avait fait rêver quand j'avais 17 – 18 ans. En avoir la charge était comme un signe du destin. Dès le départ j'ai voulu revenir aux fondamentaux. Les remettre au goût du jour: Trésor, les eaux et bien sûr le soin. Teint Miracle (le fond de teint), par exemple, est un vrai condensé de Lancôme. Il représente ce «chic français», synonyme d'éclat que les femmes du monde entier reconnaissent aux Françaises. Visionnaire (nous vous en avons parlé dans le N° 35 de Femina, ndlr) est un pur produit de la technologie sur lequel nous parions beaucoup.

Ce sérum Visionnaire a un atout: il s'adresse à toutes les femmes sans distinction d’âge et de peau. N'augure-t-il pas d'une tendance? Un seul produit qui remplit plusieurs fonctions et simplifie donc la routine matinale?
Il l'est, oui. Vous avez raison. On l'observe même en Asie où les femmes sont censées utiliser jusqu'à une dizaine de produits: elles sont toujours plus nombreuses à aspirer à des produits «multiple action». Ce n’est pas toujours facile à réaliser. Les formules peuvent s'avérer complexes: un actif superefficace sur les taches peut être incompatible avec un autre qui agit sur les rides, et ainsi de suite. Mais les labos nous promettent, dans l'avenir, des produits de soin à spectre très, très large. Avec un ou deux actifs seulement. Visionnaire incarne la manière dont les soins seront conçus dans le futur.

Cela suppose un pool de recherche très performant?
Bien sûr car il faut comprendre la manière dont la peau fonctionne, de quelle manière la lumière se reflète. C'est, notamment, ce qui a permis la mise au point du fond de teint Teint Miracle (*). A l'aide du rose, synonyme de circulation sanguine; du bleu, constituant naturel et surtout en neutralisant le jaune, on redonne à la peau l'éclat de sa jeunesse. Celle-ci a tendance à jaunir avec le temps… Quand on a lancé le rouge Absolu nu, pour une sensation «lèvres nues», on a boosté la base rouge. La constance de jolies lèvres vient aussi de la circulation sanguine. Bien plus qu'un simple pigment, elle rehausse la couleur des lèvres qui, avec le temps finissent par devenir ternes.

On imagine que les attentes sont différentes d'un coin à l'autre du globe.
Interrogées sur leur notion de la «belle peau», une Française ou une Américaine évoquera la lumière. Comme une vie qui palpite de l'intérieur. Une Asiatique parlera d’un fruit gorgé d'eau. Une noire en donnera une tout autre définition. Mais toutes convergent vers le même espoir: disposer de produits cosmétiques qui fassent aussi bien que la nature.

Quelle serait votre fierté deux ans et demi après votre arrivée à la tête de la marque?
Le sourire des gens quand il me parle de Lancôme, comme vous l'avez fait en rappelant votre rencontre avec Isabella Rossellini alors égérie de la marque (c'était en 1993, ndlr). Une marque qui provoque des émotions. Elle l'a dans son ADN et je souhaite la développer encore. Impressionner, c'est facile. Susciter de la passion c'est différent. J’ai aussi envie de nouveaux concepts et de nouveaux engagements dans le monde.

Vos égéries viennent majoritairement du cinéma. N'avez-vous pas envie de rompre avec ces codes? de mettre en avant des personnalités différentes?
J’adorerais mais Lancôme est une marque globale qui communique mondialement. Il faut donc faire appel à une personnalité connue dans le monde entier. Mais j’aimerais, en effet, nous associer à des visages qui ne soient pas uniquement issus du monde du cinéma. Je rêverais de la Reine Rania de Jordanie, par exemple. Une vraie femme Lancôme parce qu’elle en a la beauté, la bienveillance qui transparaît sur son visage. Tout ce qu’elle fait dans sa vie me séduit. Carla Bruni-Sarkozy c’est une belle rencontre. Je démarrais et elle a voulu me rencontrer. On a eu une discussion passionnante et elle m’a dit: «j’ai créé une Fondation qui va poursuivre un certain nombre d’objectifs. Pouvez-vous m’aider?» Elle a évoqué, en particulier, un programme qui va permettre à des jeunes gens de lycées situés dans des zones d’éducation prioritaire de s’orienter vers des métiers en rapport avec les arts.

Vous qui êtes féru de cinéma aimeriez-vous faire exploiter les talents de grands réalisateurs? Almodovar, par exemple
Lui en particulier. On a failli travailler ensemble lorsqu’on a choisi Penelope Cruz pour le film Trésor mais le projet est tombé à l’eau. C’est une personne qui m’inspire beaucoup. Je suis aussi impressionné par Ridley Scott ou James Cameron. Aujourd’hui nous prenons plaisir à travailler avec Mario Testino qui a une vision très personnelle. On suit ses images comme une superbe succession de photos volées. J’aime les gens qui ont une écriture particulière. Mario pose sur les femmes un regard généreux et embellisseur. C’est le rêve d’être ainsi regardée par un homme.

On ne peut pas s’empêcher de vous demander comment vous d’origine algérienne, avez vécu le débat sur l’identité nationale? le racisme sous-jacent à l’égard d’autres cultures?
Je ne me suis pas senti concerné. On se construit grâce aux influences qu’on a autour de soi, en ne reniant rien mais en additionnant. J’ai les deux nationalités. Je suis toujours dans l’addition: des cultures, des genres. L’opposition n’apporte rien de bon.

Que vous reste-t-il d’Alger où vous avez passé une partie de votre jeunesse? Où continue à vivre votre père?
Enormément de choses. Ma culture, mes goûts, les odeurs. Je suis plus attiré par ce qui me rappelle mon enfance: la chaleur dans les contacts, le côté tactile. Et puis toute ma famille, mes amis avec qui je reste en contact. Mes racines sont très importantes.

On vous sent optimiste sur l’évolution de la société. Une société plus ouverte.
Oui. Très, même s’il y a des moments de doute. Il faut, je pense, que l’on réalise que le bonheur n’est pas nécessairement dans la possession, mais dans la pensée. Il faut aider les gens à se poser des questions: qui on est, ce à quoi on aspire, quelles relations on souhaite entretenir avec les autres. Je n’emprunte jamais les chemins de la facilité.

N’y a-t-il pas dichotomie entre la fonction de président d’une grande marque et ce chemin spirituel?
Si bien sûr. C’est pour çà que j’essaie de pousser cette marque autant que je le peux dans une voie d’intégrité. En même temps cela reste des «produits» qu’on a envie de vendre. Il faut donc qu’ils soient le plus «sincère» possible. Il s’agit de mettre le maximum d’argent dans des formules efficaces. Il ne faut jamais que les gens se sentent floués. De toute façon ils se trompent rarement sur la qualité.

Que fait Youcef Nabi quand il ne travaille pas?
J’adore m’occuper des enfants. J’en ai beaucoup autour de moi: enfants d’amis, de gens qui partagent ma vie. J’ai une grande passion pour l’apprentissage, pour la transmission. Et je lis énormément. Beaucoup de livres qui traitent de l’occulte. C’est ma face sombre. J’adore la science-fiction, l’ésotérisme. Récemment un ouvrage dont le titre m’échappe qui traite de la mort de l’ensemble de l’humanité à une date précise. J’ai envoyé ce livre à mon père qui trouve étrange mon goût pour ce genre de sujets, mais il a été littéralement capturé par l’intrigue. J’aime toujours les choses qui sortent de l’ordinaire.

(*) Lorsque nous avons rencontré Youcef Nabi au début de l’été, la publicité du Teint Miracle montrant une Julia Roberts sans une ride n’avait pas encore fait l’objet d’une plainte en Angleterre. Depuis la fin juillet cette image a été interdite car jugée malhonnête et trompeuse. Trop retouchée. Impossible à joindre, Youcef Nabi n’a pas réagi aux critiques. Seul un communiqué officiel nous a été adressé par le groupe L’Oréal qui se dit «désappointé par cette décision, ajoutant que sur 100 femmes testées, 77 ont garanti que le Teint Miracle leur a offert un teint radieux et lumineux.» Le groupe a toutefois admis qu’il y a eu retouche. Comme d’habitude aurions-nous envie d’ajouter. Mais les femmes sont-elles vraiment dupes?

Mario Testino
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