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Chaque année, c’est la même rengaine. A l’approche des beaux jours, on tire la sonnette d’alarme: UV riment avec danger. Chiffres à l’appui. Avec 2000 nouveaux cas par année, la Suisse est le pays le plus touché par le mélanome en Europe. Mais ces messages préventifs n’incitent-ils pas à jeter le bébé avec l’eau du bain? Car si trop de soleil est mauvais pour la santé, trop peu de soleil l’est aussi. Notre organisme a besoin d’être exposé à la lumière naturelle pour synthétiser la vitamine D. Or, cette vitamine, dont d’innombrables études ont mis en lumière les propriétés, nous fait défaut. Des pédiatres suisses voient même réapparaître dans notre pays des cas de rachitisme, maladie infantile qui provoque des malformations osseuses liées à une carence en vitamine D. Serions devenus à ce point paranoïaques qu’à trop vouloir nous protéger du soleil, nous avons fini par nous rendre malades?

C’est ce que laissent entendre les nouvelles recommandations sur la vitamine D de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) rendues publiques en juin. Berne y conclut que pas moins de 60% des habitants de notre pays souffrent de carences en hiver, saison où l’ensoleillement est plus faible, et 20% en été. Et l’OFSP de donner la – longue – liste des catégories de personnes à risque: aînés, obèses, femmes enceintes ou allaitantes, à la peau foncée ou encore prenant certains médicaments. Accessible sur le site de la Confédération, le document recommande «de sortir quotidiennement au grand air durant l’été pendant de courtes périodes» car «le corps stocke la vitamine D durant les mois d’été pour la libérer plus tard». Il précise aussi que «la nourriture ne contribuant qu’à hauteur de 10 % environ à l’apport de vitamine D, la détermination de la quantité de vitamine D absorbée par les aliments courants n’a pas grande signification.»De là à en conclure qu’il faut impérativement, et imprudemment, s’exposer au soleil pour le bien de ses os, il n’y a qu’un pas…

Pas très logique

«Le message est un peu contradictoire, s’inquiète le docteur Jean-Philippe Cerottini, spécialiste du cancer de la peau à Morges. D’un côté, on dit qu’il ne faut pas s’exposer car le nombre de mélanomes augmente dramatiquement dans notre pays, et de l’autre, on dit qu’il faut aller au soleil sous peine d’être carencé en vitamine D. Ce n’est pas très logique. Les gens n’arrivent pas à faire la distinction entre les deux risques. La limite n’est absolument pas claire.» Le risque de mauvaise interprétation est d’autant plus grand quand l’OFSP lui-même affirme que «la crème solaire réduit la production de vitamine D»! «Or, il ne faut pas faire de raccourci trompeur et penser: «Je vais brûler sur une plage parce que ce sera bon pour mes os», poursuit le docteur Cerottini. Recommandations fédérales ou pas, je ne peux pas accepter que les gens s’exposent n’importe comment au soleil. Le mélanome tue. Ce n’est pas juste une vue de l’esprit. Il touche une personne sur soixante, et de plus en plus jeune.»

Certes, l’OFSP rappelle l’importance de se protéger en cas d’exposition prolongée au soleil et d’éviter la tranche 11 h-15 h. «Les recommandations sont claires et montrent à la population à quels moments elle prend un risque», nous répond par e-mail le service de communication du département. Reste qu’on peut s’interroger: après avoir lu un document de huit pages et un autre de trois qui martèlent l’importance de ne pas être carencé en vitamine D, et la nécessité de se mettre au soleil pour remplir ses stocks, la menace de mélanome ne risque-t-elle pas de sembler, au fond, secondaire?

Raison garder

D’autant que les incohérences de l’OFSP ne s’arrêtent pas là: interrogé sur le cas des tout-petits, à la peau immature, le département nous écrit qu’«aucun message de prévention ne dit en absolu qu’on ne devrait jamais et dans aucun cas exposer les enfants au rayonnement ultraviolet. (…) Mais comme toujours, c’est une question de dose.» Pourtant, le dépliant «Protection solaire pour les bébés, petits enfants et enfants», établi par ce même département, est formel: «Pas d’exposition avant l’âge de deux ans.» Vous avez dit contradictoire?

«Le problème, dans les campagnes de prévention, c’est qu’il est difficile de changer ce que comprennent les gens, commente le docteur Cerottini. Quand vous leur dites d’aller au soleil, ils y vont! On est toujours dans les extrêmes. Moi, ce que j’explique à mes patients, c’est: si vous restez en plein soleil sans crème solaire en pensant solidifier vos os, vous prenez un énorme risque. Le cancer de la peau n’est pas comme le cancer du sein: si vous adoptez un comportement raisonnable avec le soleil, vous influencez directement le risque de développer la maladie. C’est comme d’éviter la cigarette pour ne pas avoir un cancer du poumon. Donc, renouveler ses stocks de vitamine D, d’accord, mais il faut raison garder. A moins de vivre chez soi depuis le travail est suffisant. C’est surtout pour les personnes âgées, qui sortent peu, que se pose le problème de déficit vitaminique. Or, en Suisse, la population est vieillissante…»

Entre prévention et recommandations, comment faire la part des choses et savoir quoi faire pour bien faire? Comme souvent, en faisant preuve de bon sens. Certes, il faut, selon l’OFSP, une dose quotidienne de 600UI (unités internationales) ou 15 microgrammes, de vitamine D pour couvrir les besoins d’un adulte (800UI pour les personnes âgées).Mais exposer mains, bras et visage durant une vingtaine de minutes par jour suffit à faire le plein. Manger 100 g de poisson gras aussi, selon l’OFSP! Au pire, reste toujours la solution des compléments alimentaires, qu’on recommande pour les nourrissons. Mais aucune carence vitaminique, soit-elle dénoncée par les plus hautes instances, ne justifie que l’on risque un cancer de la peau. Prudence est mère de sûreté.

20 minutes d’exposition au soleil sont nécessaires pour synthétiser assez de vitamine D en été, selon l’OFSP. En automne, il faut compter environ 40 minutes. Tout le corps n’a pas besoin d’être exposé: visage et mains suffisent.

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