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Une fleur aux mille noms

Parmi les 5000 espèces de roses existantes, seules deux sont principalement utilisées pour leurs vertus olfactives. L’opulente rose de Damas, «Rosa damascena», est cultivée en Turquie et en Bulgarie, mais aussi au Maroc, dans la vallée des Roses. Plus fraîche, la rose de mai, «Rosa centifolia», fleurit encore à Grasse, en Provence, mais la mondialisation l’a évidemment implantée dans d’autres contrées. Le produit naturel coûte extrêmement cher, car les pétales sont cueillis durant une courte période, à la fin du printemps, et il en faut environ 3000 kilos pour obtenir 1 kilo d’essence.

Malgré son côté suranné, la rose reste la reine des fleurs et parade fréquemment au cœur de la composition des parfums féminins. De nombreuses nouveautés, ce printemps, la mettent à l’honneur dans des créations travaillées pour lui offrir un costume contemporain. «C’est notre métier de construire des notes plus complexes autour de la rose, de la facetter selon le brief que l’on reçoit, pour qu’elle fasse rêver», explique Serge Majoullier, l’un des deux nez à l’origine du nouveau Karl Lagerfeld.

Chaque nouveau parfum raconte ainsi une histoire dans laquelle la fleur endosse un rôle différent, savamment mis en scène par la communication qui l’entoure. Celle-ci choisit de mettre en avant un absolu très intense, une infusion synonyme de légèreté, ou une espèce plus rare que les classiques «Damascena» ou «Centifolia». Pleasures d’Estée Lauder distille donc des rosiers sauvages, ou églantiers («Rosa canina»), tandis que pour la Black XS Potion de Paco Rabanne c’est une rose dite Black Baccara qui crée tout le mystère de ce philtre d’amour. Et pour Flower in the Air de Kenzo, le parfumeur Alberto Morillas est allé chercher quatre tonalités de roses pour imaginer l’odeur du coquelicot, emblème de Flower mais qui n’a pas d’odeur! Toute la magie du parfum tient bien dans son pouvoir évocateur.

3 questions à Serge Majoullier

Parfumeur pour la société Mane, près de Grasse.

Quelle est la différence entre «Centifola» et «Damascena»?
La rose «Centifolia» est très pétalée, elle amène de la fraîcheur, un côté fruité, moderne. Celle de Damas est plus crémeuse, plus orientale. En homme du Sud, j’ai une petite préférence pour la première, qu’on associe à Grasse. Il y a tellement de différences et tellement de possibilités, selon la façon dont elle est cultivée et dont elle est extraite. On l’utilise en général avec parcimonie, car elle est très chère.

Comment sélectionne-t-on le type de rose dans l’élaboration d’un parfum?
On mélange souvent plusieurs essences, pour la qualité et la richesse qu’elles apportent. Elles ne sont pas forcément naturelles, ou sous la forme d’absolu. La note a en général plusieurs facettes. C’est notre métier de la construire pour qu’elle fasse rêver. La rose est un support intéressant, un canevas, on lui amène de la complexité.

C’est ce que vous avez fait pour l’eau de parfum de Karl Lagerfeld, l’une de vos dernières créations?
Avec Christine Nagel («qui cosigne cette création, ndlr»), nous avions comme mission de reprendre les codes de la couture, les lignes épurées, la féminité, tout en étonnant. La rose en tant que telle est plutôt antinomique avec M. Lagerfeld, nous avons travaillé son côté métal, vert, pétillant. Puis nous l’avons entourée de magnolias, à la fraîcheur citronnée, de frangipanier, pour la note exotique. On sent aussi l’odeur de la pêche qu’on vient de presser. La sensualité enfin est donnée avec des bois, du musc et de la vanille, mais une sensualité subtile, pour soi, un peu égocentrique, ce qui correspond bien à la personnalité du couturier!

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