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Tout a commencé en juin 2003. J’étais en pleine séparation d’avec mon mari, et je n’allais pas bien du tout, au point d’être hospitalisée. Le directeur de l’école où j’enseignais s’est alors procuré mon numéro de mobile auprès de ma famille, pour m’envoyer, a-t-il déclaré, un message de soutien. A partir de là, j’ai reçu trois à cinq SMS de lui par jour. Peu de temps après, prenant pour prétexte la rentrée scolaire, il m’a proposé qu’on se voie. Mais pour m’éviter de croiser des parents d’élèves alors que j’étais encore en congé, nos rencontres devaient avoir lieu hors école. Très vite, cela m’a paru bizarre. Je dois préciser que je n’ai jamais éprouvé d’attirance pour lui. Il aurait pu être mon père… et, en plus, il avait une compagne dont il me parlait souvent.

Par la suite, chaque information qu’il désirait me donner nécessitait un nouveau rendez-vous. Nous allions manger, boire un verre, nous promener. Difficile de dire non quand ça vient du directeur! Si je lui suggérais de passer à son bureau, il refusait, soi-disant pour me protéger.

A cette période, mon travail était toute ma vie. Aujourd’hui, c’est différent, j’ai eu un enfant, et j’ai pris conscience que ce n’est plus seulement mon métier qui me rend heureuse et me permet de m’épanouir. Mais à cette époque, je m’accrochais au boulot. Naïvement, je pensais que de par son statut hiérarchique le directeur avait le droit de m’imposer ses manières. Cela a duré deux ans durant lesquels il m’a également offert des cadeaux. Pour me changer les idées, insistait-il. La plupart du temps, c’était des livres au titre révélateur, et les dédicaces, de sa main, avaient un contenu clairement sexuel. Et il continuait à m’envoyer des messages! Etonnamment, dès les premiers SMS, j’ai eu le réflexe de les recopier. J’ai également conservé les bouquins ainsi que ses petits mots. C’est ce qui m’a sauvée.

Prouver le harcèlement sexuel est très difficile. On m’a beaucoup reproché d’avoir voulu le punir de m’avoir aimée. Mais ce n’était pas ça. On a le droit d’aimer, de déclarer sa flamme, comme en retour, on a le droit de dire non. C’est ce que j’ai fait un jour qu’il a voulu m’embrasser: je l’ai repoussé et je suis partie en courant. Dès lors, tout a changé. De la bonne enseignante que j’étais à ses yeux de directeur, je suis passée à la mauvaise. Ses décisions n’avaient plus de sens commun. Il se vengeait de mon refus. Je n’ai plus eu d’autre choix que de déposer une plainte et de demander une protection contre lui auprès du Département de l’instruction publique. Il n’a plus eu le droit de m’approcher. Il restait mon directeur, mais plus question qu’il envahisse mon espace.

Le long chemin de la justice

Je n’ai pas accepté alors, bien que cela m’ait souvent été proposé, d’être transférée dans une autre école. A mes yeux, partir aurait été une manière de reconnaître ma culpabilité. Après les deux années de harcèlement, j’ai subi une forme de mobbing collectif qui a duré trois ans. Car si au début il était seul à me brimer, cette attitude envers moi s’est propagée à tout le collège. Et cela a été l’enfer. On ne m’adressait plus la parole. Certaines collègues ont même cessé de me saluer. Elles avaient pris position… Là, j’ai changé de collège. Je suis toutefois restée dans la même ville. Le directeur était donc toujours le même, mais le terrain était un peu plus neutre.

Ma plainte, pendant ce temps-là, suivait son cours. En premier lieu auprès d’une instance chargée de la gestion des conflits au sein de l’Etat, qui, après investigation, m’a reconnue victime de harcèlement sexuel de la part de mon directeur. Cette décision a été le premier vrai soulagement pour moi. Ensuite, c’était au tour du Département de l’instruction publique de trancher, mais la personne en charge a choisi de ne pas le faire. C’est pourquoi j’ai porté l’affaire devant le tribunal compétent. Il m’a donné raison. Le directeur a recouru. Il y a donc eu une nouvelle audience, et un nouveau jugement… en ma faveur. Le directeur a fait alors appel au Tribunal fédéral. Celui-là comme les autres m’a reconnue victime. C’était au début de cette année.

La procédure a été coûteuse. J’ai dû prendre des avocats… Heureusement que j’ai eu le soutien de mon syndicat, mais j’ai quand même payé une partie des démarches de ma poche. Lui, en revanche, en tant que directeur, a pu bénéficier du soutien du service juridique du département.

Encore des attentes

Dès le départ, pour toutes les personnes qui se sont engagées dans mon affaire, le syndicat, les avocats, il n’y a jamais eu le moindre doute quant à ce que j’affirmais. Ma famille, mes amis proches et quelques collègues m’ont aussi énormément soutenue. Le fait d’avoir conservé des preuves m’a sauvée. Sinon, ça aurait été sa parole contre la mienne, et là, sincèrement, entre un homme et une femme, un directeur et une enseignante, il est certain que je n’aurais pas fait le poids. J’ai obtenu gain de cause mais je n’ai reçu aucune réparation, pas un centime, et pas un mot non plus du Conseil d’Etat m’indiquant avoir pris acte du jugement et me reconnaissant en tant que victime. Rien. Quant au directeur, il est toujours en place. Le comble, c’est qu’il a déposé une requête d’investigation contre moi pour harcèlement psychologique. A ce jour, je ne sais pas comment l’affaire va être instruite. La Chancellerie d’Etat examine la recevabilité de cette requête depuis mars 2013. Cela fait bientôt onze ans que ce monsieur me pollue la vie. J’ai 40 ans. Il m’a empoisonné un quart de mon existence, et ce n’est pas fini. Avant de pouvoir définitivement tourner la page, j’ai encore des attentes. J’aimerais notamment que le Conseil d’Etat se positionne. Ce que je déplore, c’est qu’à ce jour, et même si mon cas a fait jurisprudence, rien n’ait encore été entrepris pour lutter contre le harcèlement sexuel. Si mon affaire a une utilité, je souhaiterais que ce soit au moins celle-là.

Mon rêve: partir enseigner dans un village. J’ai beaucoup d’amitié pour mes collègues et de respect pour ma direction, mais j’ai besoin de retrouver de la sérénité. De me réparer, loin de la ville.

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