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Je suis arrivée sur la page Facebook de Jeanne par hasard

Je trouvais son profil attirant. Elle y postait de beaux clichés en noir et blanc, dotés d’une douce sensualité et accompagnés de jolies phrases spirituelles. Son profil était public, elle avait plus de mille amis que j’ai appris à connaître en échangeant des commentaires sous les photos. Jeanne et moi avons peu à peu développé une forte amitié virtuelle, en correspondant d’abord via de simples commentaires puis en MP (message privé). Elle me racontait ses voyages, et très vite nos échanges sont devenus de plus en plus intimes, au point de se raconter nos aventures amoureuses. Au bout de quelques mois, le ton employé par certains de ses amis, que je n’avais pas en commun avec elle, est devenu plus graveleux. J’ai décidé de prendre de la distance. J’ai quitté sa page et envoyé un dernier message pour lui souhaiter une bonne continuation. Jeanne a voulu me voir à Genève, où je travaillais, mais je lui ai répondu que je ne pouvais pas, que mes enfants allaient reprendre leurs études, que cette année 2010 était trop chargée pour moi. Elle m’a juste répondu: «D’accord, à bientôt!»

En juillet 2010, alors que je passais des vacances heureuses en Turquie, j’ai appris le décès brutal de mon fils de 18 ans. J’ai fait un malaise et j’ai dû être rapatriée d’urgence. Comme si elle l’avait senti, Jeanne m’a recontactée pour savoir comment j’allais. Je lui ai tout raconté. Elle semblait effondrée et sa page Facebook n’a pas tardé à se remplir de photos de femmes en position de recueillement, toutes de noir vêtues, et de phrases très fortes sur le malheur. Je savais que ça m’était destiné, j’étais touchée, nous avons recommencé à correspondre.

Une partie de moi

Environ un mois plus tard, j’ai reçu une demande d’amitié sur le réseau social d’un homme habitant dans le canton de Vaud. Je ne savais pas d’où il sortait. Nous avions un seul ami en commun, en qui j’avais entière confiance, aussi j’ai accepté. Paul et moi avons très vite commencé à communiquer en MP. Je ne comprenais pas trop pourquoi, mais il avait besoin d’être en lien avec moi. Nous avons beaucoup échangé, toujours en nous vouvoyant. On se soutenait mutuellement, car lui était en train de vivre une séparation après dix ans de relation.

Puis un jour, j’ai reçu un message de Jeanne qui me vouvoyait et un autre de Paul qui me tutoyait. Un doute m’a saisie. En fait, plus qu’un doute. J’ai compris que mes deux correspondants étaient en fait la même personne. Mais j’ai laissé couler. Cela peut sembler naïf. Mais pour moi, c’était une question d’instinct et de confiance. Et puis, avec la mort de mon fils, je n’ai plus peur de rien. J’accepte ce que la vie peut m’offrir.

Echapper à la réalité

Si j’ai accepté qu’il se soit fait passer pour quelqu’un d’autre, c’est aussi parce que j’ai tout de suite compris que Paul était un être à part. Je pense qu’il a créé ce alter ego féminin parce qu’il s’épuisait dans une dépression dont il ne voyait pas la fin. Il a voulu échapper à sa réalité en se créant une autre identité qui serait adulée et choyée. C’est ce qui est arrivé, d’ailleurs, avec tous ces fans (femmes comme hommes) qui faisaient d’aimables commentaires sous les photos de Jeanne! Pour moi, il n’y avait rien de schizophrénique ou de malsain dans sa démarche.

La première fois qu’il m’a téléphoné, quelques jours avant notre rencontre face à face, Paul m’a dit: «Je vous aime.» J’ai été bouleversée dès le départ par sa voix. Comme si son âme pénétrait la mienne. J’étais sur un nuage, et surtout je ne luttais pas contre cette situation improbable. Il y avait de la magie entre nous. Je l’ai ressenti ainsi. Lui aussi. Il a ensuite demandé à me voir. J’ai accepté, lui proposant de passer chez moi. Le jour en question, il est arrivé plus tôt que prévu. Je rentrais avec ma fille, des courses plein les bras, en jean et veste polaire. Rien de bien glamour pour une première rencontre! Nous sommes allés nous promener au bord du lac, nous sommes assis sur un banc et nous sommes embrassés.

Ames sœurs

Au restaurant, un soir que nous étions sortis dîner ensemble, Paul m’a demandé s’il n’y avait pas une femme qui me manquait dans ma vie. «Non, qui?», ai-je répondu. «Jeanne, elle ne vous manque pas, Jeanne?» Je l’ai regardé en lui répliquant: «Elle est devant moi.» Ma réponse l’a estomaqué. Il m’a alors avoué qu’il était amoureux de moi depuis longtemps. J’ai réalisé que ça n’avait pas dû être simple pour lui de jongler entre ses deux profils.

Un an après le décès de mon fils, j’ai décompensé: ulcère, hémorragie interne, perte de mon travail… Paul a pris peur. Je l’ai senti. Comme j’essayais de le joindre, il m’a envoyé un MP: «Je suis à bout, je te quitte.» Il s’est ravisé deux mois plus tard, réalisant qu’il avait «fait la plus grosse erreur» de sa vie. Mais c’était trop tard: moi, on ne me quitte qu’une fois! Après notre séparation, Paul m’a confié le profil de Jeanne, que j’ai modifié en une page joyeuse, pleine de photos en couleurs. Mais que j’ai fini par fermer. Jeanne n’existe pas, n’a jamais existé, mais l’amour oui, et je l’accepte, qu’il dure trois jours, trois ans ou toujours.

Même si nous sommes désormais séparés, nous avons gardé le contact. Paul est toujours là pour moi. Il n’est plus mon amant mais reste mon âme sœur. Ensemble, nous avons vécu des moments magiques et sommes toujours très liés par la pensée, les mails, de temps en temps, et parfois des appels téléphoniques.

Fin novembre, Paul est venu me rendre visite

Il avait envie de me voir, m’a-t-il dit. Nous ne nous étions pas rencontrés depuis dix-huit mois! Il m’a avoué avoir besoin de savoir que je lui donnerai toujours de mes nouvelles. Il n’envisage pas de ne plus jamais me revoir. Il me dit encore: «Je t’aime.» Je le regarde, je lui souris. Et il m’embrasse sur les lèvres, délicatement. Je me laisse faire. C’est très tendre et intemporel. Je suis son «imperdable.»

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