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Quel acte manqué! J’ai oublié de donner ses pilules à ma sœur

Si je dois les lui administrer, c’est parce qu’elle a des problèmes de mémoire. Elle n’arrive pas à se rappeler de les prendre. Pourtant ce ne sont pas des petits médicaments de rien du tout. Il s’agit de différentes prescriptions de la part de plusieurs médecins. Il y a un antidépresseur, un inhalateur de cortisone pour le souffle, des comprimés pour le cœur, d’autres pour la capacité pulmonaire. Au total, ce sont sept médicaments, répartis entre le matin et le soir.

Donc, début septembre, nous sommes parties toutes les deux en vacances en Provence. Avant de prendre la route, ma sœur a avalé ses doses du matin et j’ai mis moi-même son semainier dûment rempli dans sa valise. Lorsque nous sommes arrivées dans la maison d’hôtes que nous connaissons bien, nous avons pris le temps de défaire nos bagages. Et très vite nous avons été happées par les amis qui nous accueillaient et les projets pour le lendemain.

Ce soir-là, nous nous sommes couchées heureuses et épuisées

Ni l’une ni l’autre n’avons pensé à ce fichu semainier qui trônait pourtant bien en évidence sur la table près du sofa. Le lendemain, nous nous sommes levées aux aurores et après le petit-déjeuner, nous avons sauté dans la voiture pour ne pas manquer les premières heures du marché dans la ville voisine.

Les médicaments de ma sœur? J’y ai pensé sur la route. Trop tard pour revenir en arrière. «Tant pis, m’a-t-elle dit, je les prendrai en rentrant. Je ne vais pas mourir si je ne les prends pas un jour, tout de même.»

De fil en aiguille, dix jours ont passé

Des médicaments, on en parlait de temps à autre, mais nous étions à chaque fois sur la route… Alors un jour, nous avons décidé toutes les deux, d’un commun accord, de les oublier pour de bon durant toute la durée des vacances. Oh, je dois avouer que je me sentais un peu préoccupée.

Une ou deux fois je me suis surprise à regarder ma sœur à la dérobée. Qu’allait-il se passer? Quels effets pouvaient surgir du fait qu’elle n’avalait plus ses doses? Je n’en avais aucune idée. Je lui demandais si elle se sentait bien, et comme d’habitude, elle répondait que oui. C’est normal, comme sa mémoire flanche, elle vit dans l’instant présent. Et le fait même de devoir répondre à ma question l’empêche de se souvenir de comment elle se sentait l’instant d’avant!

Donc, rien, il ne se passait rien

Nous sommes tout de même allées vérifier sa pression à la pharmacie du village: 140 par 70. «Parfaite», a dit la pharmacienne. Tout allait à merveille. En effet, ma sœur se montrait plus pétillante, plus présente aussi dans les conversations. Ses problèmes d’incontinence intestinale avaient disparu, l’appétit lui était revenu.

Même la nuit elle dormait mieux, d’une traite. Du coup, le matin, elle était la première levée, ce qui n’est jamais le cas à la maison. Elle se douchait, s’habillait, se maquillait sans que j’aie besoin de le lui rappeler. Franchement, c’était formidable. J’en venais même à oublier l’état de sa mémoire.

A 85 ans, ma sœur est restée svelte et particulièrement souple

Elle n’a jamais souffert de problèmes de digestion, ne présente pas de faiblesses cardio-vasculaires et sa pression sanguine est tout à fait normale. Seul un peu d’essoufflement apparaît depuis quelques années, sans doute lié aux cigarettes qu’elle a longtemps aimé fumer. Vu son grand âge, on peut donc dire que ma sœur se porte comme un charme, n’était ce petit problème de mémoire qui l’a obligée – à son grand dam – à renoncer à conduire sa voiture.

Je vis avec elle depuis le début de l’année car nos époux sont décédés quasi en même temps l’an dernier. C’est pour ça que je connais si bien son état de santé et que je lui donne ses médicaments. Mais j’avoue que jamais je n’ai trouvé qu’ils lui faisaient du bien. D’ailleurs ma sœur avait beaucoup de réticences à les ingurgiter. Elle n’aimait pas les prendre, ils ne passaient pas, elle faisait la grimace et demandait à chaque fois s’il fallait vraiment qu’elle les avale. Ça la contrariait considérablement et c’était pour moi aussi assez pénible de devoir deux fois par jour la forcer à faire passer tant de comprimés. D’autant que, pas plus qu’elle, je ne savais exactement à quoi chacun d’entre eux servait. Il aurait fallu aller avec son semainier chez son médecin traitant et revoir avec lui la nécessité de tous ces médicaments…

En plus, nous n’avons pas du tout été éduquées dans le culte de la pilule qui résout tout!

A la maison, nos parents étaient à l’avant-garde de la médecine naturelle. Au petit-déjeuner, nous mangions des céréales et mon frère était même allé jusqu’à acheter un moulin pour moudre le blé en vrac. A l’âge de 3 ans, j’ai moi-même été guérie d’un eczéma particulièrement grave par un naturopathe qui pratiquait dans le canton d’Appenzell. Il m’a soignée avec des plantes qu’il allait cueillir lui-même dans la montagne, a supprimé le sucre et m’a fait manger durant un temps uniquement du pain noir et des légumes crus.

Dans les jours qui ont suivi notre retour de vacances, je me suis rendue chez son médecin. Je voulais avoir son avis. Ma sœur n’a pas voulu m’accompagner. Elle n’en voyait pas la raison. A mon grand étonnement, il s’est montré très compréhensif. Il a suggéré de continuer sans médicament et d’observer l’évolution de la situation.

Il a trouvé notre décision très bonne

Il faut dire que ce médecin connaît ma sœur depuis des années et qu’il est ce qu’on appelle un «vrai» médecin, dévoué, plein d’humanité et de bon sens. J’ai été soulagée par sa réaction. En rentrant chez nous, j’ai rangé tous les médicaments de ma sœur, y compris le semainier, au fond d’un tiroir à la cuisine et je me suis souvenue d’un homme qui avait souffert de l’Alzheimer. Après son décès, lorsque sa petite-fille a emménagé dans sa maison, elle a dû refaire toutes les canalisations. Il s’est avéré qu’elles étaient bouchées par l’accumulation de tous les médicaments que le vieil homme avait résolument jetés durant des années dans ses toilettes. Comme quoi!

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