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Manon et Sofia vont bientôt avoir 16 mois

Nées prématurées, elles se portent aujourd’hui à merveille. Après leur naissance, j’ai pris plusieurs semaines de congé sans solde afin de pouvoir rester à leurs côtés. Entre les tétées, les bains et les moments câlins, nous n’étions pas trop de deux pour assurer leur quotidien! Si les premiers temps n’ont pas été évidents, je pense qu’aujourd’hui nous avons trouvé un équilibre. Au moment d’aller nous coucher, Magalie et moi sommes épuisées mais comblées.

A terme, et pour autant que cela soit possible, nous souhaitons leur donner un frère ou une sœur. J’aimerais tomber enceinte à mon tour, afin d’être la mère biologique d’un de nos enfants. Pour le moment, je suis la seule à travailler. J’enseigne à 80%, ce qui me permet de passer du temps en famille. Magalie a décidé de mettre sa carrière entre parenthèses après son accouchement afin de rester à la maison pour veiller sur nos filles.

Les petites ont droit à un suivi de premier ordre

Nous espérons pouvoir continuer à vivre ainsi jusqu’à leur entrée en crèche. Etant donné que nous vivons sur un seul salaire, nous ne faisons pas d’extras. Les fins de mois sont quelquefois épiques, mais nous nous en sortons. Accompagner nos filles durant leurs premières années n’a pas de prix pour nous!

Nous nous sommes rencontrées il y a 12 ans par l’intermédiaire d’une collègue de travail. A cette époque, Magalie et moi étions encore en formation. Très vite, nos origines communes (ndlr: l’Argentine) nous ont rapprochées. Passé un certain temps, nous avons dû nous rendre à l’évidence: notre relation n’était pas qu’une simple histoire d’amitié… Découvrir que nous étions lesbiennes a été un sacré choc. Comme toutes les jeunes femmes de notre âge, nous avions déjà eu des histoires avec des hommes.

Dans nos esprits, nous étions hétéros

Les premiers mois de notre relation ont été intenses. Nous n’avions vécu aucune expérience d’amour au féminin jusqu’alors. Peu à peu, nos sentiments se sont renforcés. Nous nous sommes installées ensemble en 2005 et sommes parmi les premiers couples inscrits sous le régime des partenariats enregistrés.

A l’époque, la case correspondant à notre état civil n’existait pas encore sur les documents officiels. Nous avons choisi de célébrer religieusement notre union avec la bénédiction d’une amie diacre. Nos filles ont été conçues avec le sperme d’un donneur que nous connaissons, par insémination artificielle. Durant près de deux ans, nous avons subi tour à tour des stimulations ovariennes (ndlr: injection massive d’hormones) afin de maximiser les chances de fécondation.

Magalie est tombée enceinte la première

L’insémination artificielle n’étant pas encore autorisée dans le cadre d’un partenariat enregistré, nous avons dû contourner la loi. Notre gynécologue a accepté de nous soutenir dans notre démarche. Le père de nos filles les a légalement reconnues et vient régulièrement nous rendre visite. Manon et Sofia ont pour ainsi dire trois parents: deux mères et un père. Evidemment, nous sommes vigilantes quant au rôle de chacun. Le moment venu, nous leur expliquerons l’histoire de notre amour et de leur conception.

Comme nous habitons un petit village, nous faisons attention à ne pas froisser les susceptibilités. Lorsque quelqu’un nous pose des questions, nous répondons, tout simplement.

Dire la vérité suffit la plupart du temps à satisfaire les esprits curieux

Depuis que nous avons pris conscience de notre homosexualité, chacune d’entre nous a fait son coming out des dizaines de fois. Dans le cadre professionnel, nous n’hésitons pas à parler de notre «épouse» lorsqu’on nous interroge sur notre statut matrimonial. Les réactions sont positives la plupart du temps, même s’il arrive encore que certaines personnes voient notre amour comme un caprice.

Quelques amis hétéros ont réagi de manière assez comique lorsque nous leur avons annoncé que nous formions un couple. Brusquement, les questions autour de la sexualité ont fusé. Magalie a dû répondre aux sollicitations de ses collègues masculins s’interrogeant sur les mystères de la femme et de sa sexualité. Bonne joueuse, elle a tenté de répondre… Mais autant être honnêtes: être lesbiennes ne fait pas de nous des sexologues!

Comme tous les couples, nous avons notre jardin secret

Nous partageons la même couche et tout ce qui fait le sel du quotidien: les courses, les factures, les tâches domestiques et l’éducation de Manon et Sofia. La répartition des rôles au sein de notre couple est un modèle qui évolue au jour le jour. On tâtonne, on expérimente, tout en restant humbles et confiantes.

Notre intime conviction est qu’il n’est pas nécessaire d’être un couple constitué d’un homme et d’une femme pour être de bons parents. Aujourd’hui, les principales craintes que nous avons sont liées à l’intégration sociale de nos filles. Nous espérons que le fait qu’elles aient deux mères ne leur vaudra aucune discrimination. Nous pensons les scolariser dans une autre ville, afin qu’elles puissent s’épanouir librement, sans avoir à expliquer aux autres le pourquoi de leur modèle familial.

D’autres couples homosexuels ont des enfants, nous en fréquentons d’ailleurs quelques-uns

Bien souvent, une lesbienne qui veut avoir des enfants se fera passer pour une femme hétéro et célibataire. De cette manière, elle pourra bénéficier d’une insémination autorisée par la loi. Cette solution n’est pas idéale, puisqu’elle prive l’autre parent – celui qui n’a pas de lien biologique avec l’enfant – de ses droits légaux.

Accorder la coparentalité aux partenaires homosexuels qui souhaitent fonder une famille devient plus qu’urgent. Cela permettra aux familles d’avoir une base légale qui assure l’intégrité et la sécurité de chacun de ses membres. Aux dernières nouvelles, un projet d’étude à propos de l’adoption d’enfants par des couples du même sexe est en cours. Nous espérons que la loi passera. Dès le début de notre relation, avoir des enfants faisait partie de nos projets. Etre lesbienne ne signifie pas pour autant renoncer à la maternité.

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