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Mon existence n’est plus la même depuis qu’«Ibis», mon chien, est entré dans mon quotidien. C’était il y a trois ans et demi. Avant cela, j’en étais réduite à rester enfermée chez moi et je n’avais plus de vie sociale.

Je souffre de troubles narcoleptiques

Je suis donc continuellement fatiguée et j’ai beaucoup de mal à me réveiller le matin. Quand j’étais jeune, mon petit frère se chargeait de me tirer du sommeil. Il s’en donnait à cœur joie en me sautant dessus et en criant. Les médecins que mes parents m’ont fait consulter n’ont pas réussi à poser un diagnostic sur ces troubles, qui ne m’ont pas empêchée, d’ailleurs, de suivre avec succès une formation de physiothérapeute. Les vrais problèmes ont commencé lorsque je suis arrivée en Suisse pour mon premier emploi, alors que j’avais une vingtaine d’années. Ma famille et mon entourage n’étaient plus là, ils ne pouvaient pas m’aider à rester éveillée et à gérer les horaires. N’étant pas stimulée, il m’est arrivé de m’endormir dans mon cabinet entre deux patients.

Au fil du temps, c’est allé de mal en pis, et aucun spécialiste n’était capable de m’indiquer de quel mal je souffrais. En 2002 seulement, j’ai appris qu’il s’agissait d’hypersomnie, une maladie du sommeil qui pousse à dormir. Après cinq ans de traitement médical, je me suis mise à avoir des crises musculaires violentes et très douloureuses. J’ai cessé toute médication et arrêté de travailler. Malgré le soutien d’amis proches qui veillaient sur moi, j’en étais arrivée à ne plus mettre les pieds dehors… Je vivais des situations trop gênantes. Je me suis par exemple endormie dans la file d’attente à la caisse d’un magasin. Comme je ne réagissais pas, les gens ont cru que j’avais fait un malaise et ils ont appelé une ambulance.

Un «speed-dating» canin

J’ai entendu parler de l’association Le Copain, basée dans ma région, qui forme des chiens d’assistance pour les personnes handicapées au plan moteur ou souffrant d’épilepsie. Je n’avais jamais eu de compagnon canin et je ne voyais pas très bien ce qu’il pourrait m’apporter, mais je me suis renseignée auprès de cet organisme. Les responsables ont été honnêtes, en me disant n’avoir aucune expérience avec une personne souffrant d’un handicap tel que le mien. Est-ce que je me sentais prête à tenter le coup? J’étais très sceptique, mais j’ai accepté d’expérimenter un «speed-dating» avec trois jeunes chiens sortant de familles d’accueil et sur le point d’entrer au Centre suisse d’éducation de chiens d’assistance. Durant six mois, ils y suivent une formation intensive afin d’apprendre les ordres nécessaires à une aide efficace auprès de leur futur maître. A tour de rôle, les trois retriever m’ont été présentés dans une pièce. Le premier, un labrador, m’a foncé dessus et j’ai été très impressionnée par son côté fougueux. Les deux autres, des golden, étaient plus calmes. Le choix d’un animal pour un bénéficiaire s’opère en fonction des affinités. L’association fait confiance à l’animal, à lui de désigner la personne qu’il pourra aider. Quelques jours après, j’ai appris qu’un des chiens m’avait clairement «choisie». Ibis, le premier qui s’était dirigé droit sur moi, et que j’avais d’ailleurs mis en dernier dans la liste de mes préférences. Son côté vif-argent ne semblait effectivement pas idéal pour une personne non valide… Peut-être qu’il saurait me «booster» et me tenir éveillée?

Durant les six mois qu’«Ibis» a passés en Haute Ecole afin de se perfectionner, je l’ai vu régulièrement afin de nouer des liens. Lors de nos premières balades, j’étais désorientée car je n’avais aucune expérience en la matière. Progressivement, nous nous sommes apprivoisés et les choses sérieuses ont commencé lors du stage de deux semaines qui réunit l’animal et son futur maître. Durant cette immersion 24 h sur 24, nous devions trouver quels gestes mettre en place afin que mon nouveau compagnon puisse être opérationnel et m’aide à gérer mon problème de réveil le matin. Après quelques tâtonnements, nous avons mis au point un système sur mesure: un radio- réveil diffuse une musique, puis la voix de mon amie Isabelle, qui est la marraine de mon chien, dit: «Ibis, Ingrid, debout!» S’engage alors une véritable partie de catch dans le lit: Ibis enlève le duvet, me lèche vigoureusement le visage, aboie et me saute dessus. C’est si efficace que je suis sur pied en 5 minutes – seule, je mettrais des heures à me lever. Cela a été un grand soulagement pour mon entourage, qui devait me téléphoner, s’assurer que j’étais bien debout, et mener une surveillance à distance afin d’éviter les incidents.

Un précieux lien avec le monde

«Ibis» se révèle très malin: il repère quand je suis sur le point de m’endormir à l’extérieur. En cas de coup de pompe, il se met en appui avec ses pattes contre ma poitrine et me lèche tout le visage. Il a également un sixième sens pour sentir arriver mes crises d’hyperspasticité – des contractions violentes et très douloureuses des muscles. Quelques minutes avant qu’elles se produisent, il n’a plus son comportement habituel. Il est agité, tourne en rond. Il ne se trompe jamais. Je ressens une douleur dans la nuque et je me prépare à vivre une heure de cauchemar. Mon chien vient alors se coller contre moi, sa présence m’apportant un précieux réconfort.

Aujourd’hui, je ne pourrais plus me passer de lui, il m’est devenu indispensable. Je le considère comme mon ange-gardien et nous sommes inséparables. Il me réveille, me surveille, veille sur moi. «Ibis» a littéralement transformé ma vie. Grâce à lui, j’ai retrouvé ma confiance en moi, mais aussi et surtout mon autonomie. Je peux de nouveau aller où bon me semble… Il m’accompagne partout, s’adapte à toutes les situations. Quand nous nous baladons tous les deux, on ne passe jamais inaperçu avec la chabraque jaune qu’il porte sur le dos. Les gens sont intrigués et pensent parfois que je suis malvoyante. Cela permet d’entamer la conversation et de parler de ma maladie. Ou plutôt de mon handicap, car «Ibis» m’a amené à faire un travail d’acceptation. Grâce à lui, le monde s’est ouvert à moi et je lui en serai éternellement reconnaissante.

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