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Quand j’étais petite, je rêvais de l’Afrique. Je voulais améliorer le monde, devenir infirmière. J’étais une petite fille très agitée, qui était tout le temps en mouvement. J’ai marché à 9 mois. J’aimais découvrir ce qui m’entourait, je parlais aux arbres, aux animaux et me créais mon monde imaginaire pour rendre mon quotidien plus aventurier.

Pourtant, à l’adolescence, mes parents m’ont poussée à faire un apprentissage bancaire. Et je me suis laissé convaincre. J’avais tellement besoin d’être reconnue! Et je croyais encore que, pour cela, il me fallait faire plaisir aux autres… C’est que je ne connaissais rien à la vraie vie, alors. Nous vivions à la campagne, ne partions jamais en vacances. Moi j’étais assez timide. Bref: ma vie sociale n’était pas très épanouie.

Vers les 18 ans, j’ai commencé à faire des crises d’épilepsie

Vingt à trente crises d'épilepsie par mois! J’étais clairement en conflit avec ma réalité. Et j’ai baissé les bras, abandonné mon rêve. Par chance, deux opérations au cerveau plus tard, l’épilepsie était guérie. C’est alors que j’ai commencé à ressentir un vide intérieur. Mon ventre se serrait douloureusement lorsque je devais retourner à mon mode de vie traditionnel et reproduire les gestes, toujours les mêmes, du quotidien. La guérison m’avait rendu mon envie viscérale de découvrir le monde! Mon mariage n’a pas tenu le choc, bien sûr: je n’étais plus la femme que mon compagnon avait épousée. A la même époque, je quittais le milieu bancaire pour travailler en intérim dans différentes sociétés. Et pouvoir ainsi voyager.

C’est ainsi que je suis partie comme bénévole au Togo, dans un dispensaire. De retour en Suisse, j’éprouvais toujours ce besoin de «faire quelque chose, quelque part». En 2005, je me suis présentée chez Médecins sans frontières Suisse, et je suis partie six mois au Niger dans le cadre d’un programme de malnutrition... La pauvreté que j’ai vue là-bas, la condition des enfants orphelins, des filles-mères rejetées par leur famille ou des petites mariées de 15 ans: tout ça m’a bouleversée. Et m’a donné la force de créer mon association, Au Cœur du Niger. C’était en 2009.

J’ai appris la persévérance

Il faut dire que je suis plutôt du genre têtue. Cette force, qui sommeillait en moi, ne demandait qu’une poignée d’événements un peu douloureux pour se révéler et me faire sortir de la zone de confort vers laquelle j’avais été orientée. Dès lors, tout est devenu possible. Et mon projet a pu voir le jour. Grâce à des clubs de soutien, des personnes privées qui ont cru en moi depuis le début. Et grâce à ma rencontre, magnifique, avec celui qui allait devenir le président de l’association. Nous étions animés par un même besoin de réaliser quelque chose de concret pour ces enfants. Moi sur le terrain, en assurant le suivi et vivant cette belle aventure humaine. Lui depuis la Suisse, en m’aidant financièrement et par ses contacts. C’est ainsi que, dans un pays où moins de 30% des enfants sont scolarisés, Au Cœur du Nigerfournit désormais une formation scolaire, ainsi que des formations de couture, de culture et d’élevage – ce qui permettra à ces enfants de vivre dignement par la suite.

Si mon parcours en Afrique m’a appris l’humilité et la persévérance, il n’a pas toujours été simple. Au début, j’étais assez naïve. J’avais tendance à trop faire confiance aux gens. Deux ou trois mésaventures, dont ces menaces de magie noire lancées par un éducateur envahissant que j’avais été forcée de remettre à sa place, m’ont appris à être un peu plus méfiante. Il y a aussi le fait que la femme blanche suscite bien des fantasmes – moi, par exemple, j’aurais pu me marier 15 fois! Sans compter qu’en tant que Blanche, justement, mieux vaut que je me montre discrète car, même si j’ai le soutien des autorités et que la population nigérienne est pacifique, il y a Boko Haram, qui a enlevé des Blancs ces dernières années. Alors, le soir venu, je ne sors plus de chez moi. De toute façon, il n’y a pas beaucoup de distractions à Zinder, la ville où je vis. Sans compter qu’après une journée passée avec les 153 enfants et les 27 employés que compte notre centre je suis très heureuse de me reposer dans ma petite maison. Par sécurité, je n’y invite personne. Je n’ai aucune vie sociale. Et je suis bien loin de l’opulence et du confort suisses. Mais je ne m’en plains pas. Je dispose d’un bidon d’eau par jour pour faire ma toilette; les coupures d’électricité sont fréquentes, les liaisons téléphoniques et l’internet, très aléatoires... La population locale a appris à vivre avec ce qu’elle a, moi j’essaie d’en faire autant, en m’adaptant à ses coutumes.

Pour revenir à mon centre: les élèves y sont pris en charge, gratuitement, du lundi au vendredi. Ils repartent en famille les week-ends – car il est important qu’ils ne coupent pas ce lien. Ces enfants n’ont rien demandé, je ne dois donc pas avoir d’attente particulière. Pourtant, j’ai régulièrement de belles surprises. Ainsi de cette jeune fille de 15 ans scolarisée chez nous, il y a quelques mois... Je lui avais fait mes adieux, sa tante l’envoyant dans la capitale, à 900 km de Zinder, épouser un homme de 50 ans. Or voilà que, quatre semaines plus tard, elle était de retour au centre. Elle était revenue d’elle-même et demandait qu’on la reprenne. Son mari n’avait pas tenu sa promesse de la laisser continuer le collège dans la capitale.

Bien sûr, je m’investis beaucoup dans cette aventure

Mais j’avoue le faire d’abord pour moi: elle me rend heureuse et donne un sens à ma vie. Les risques que j’ai pris – oser quitter mon emploi, divorcer, tout recommencer... – en valaient la chandelle, puisqu’ils me permettent, aujourd’hui, de vivre pleinement. Et de découvrir enfin qui je suis au fond de moi, avec mes forces et mes faiblesses.

Je vis les trois quarts de l’année à Zinder, mais rentre en Suisse régulièrement. Ces jours-ci, j’ai une excellente raison d’y être: la soirée de soutien avec Anne Carrard, marraine de l’association, a eu lieu au Théâtre de Beausobre, le 7 mars 2015. Sept personnalités y liront les récits d’enfants scolarisés chez nous. Puis il y aura un concert de Billie Bird. N’oubliez pas de le leur dire, aux lectrices de Femina...

Site de l’association: www.aucoeurduniger.ch

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