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C’est à la suite du décès de ma sœur que je me suis dit qu’il fallait que je chamboule ma vie. Il fallait que je quitte Lausanne, change cet air devenu irrespirable. J’ai choisi une ville qui en brasse beaucoup: New York. Je ne suis pas partie tout de suite, le deuil m’ayant immobilisée. Ma sœur avait 38 ans et une vie très dure, à laquelle elle a mis fin. J’en avais 36 et je me suis retrouvée comme sur un manège d’autos-tamponneuses. Remise en question, culpabilité et vingt kilos en trop. Grâce à des amis à qui je garde une reconnaissance éternelle j’ai pu habiter, vivre à New York. C’est là que j’ai débuté, à 40 ans, la pratique du yoga, dont je ne connaissais rien.

Ce n’était pas la première fois que je quittais la Suisse. A 18 ans, j’avais arrêté mes études pour être mannequin. J’avais la chance d’avoir des parents merveilleusement compréhensifs, qui m’ont soutenue – des parents venus de France à la recherche de travail, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et jamais repartis. Mon père m’a accompagnée à Paris: il tenait à savoir où j’allais loger, dans quelle agence j’allais travailler. Et j’ai commencé – les photos, les défilés… Les défilés, c’est ce que je préférais. J’ai toujours aimé marcher, présenter de belles robes. A la fin des années 60, ce n’était pas la compétition féroce d’aujourd’hui. Il n’y avait pas encore les enjeux d’argent actuels, en fait on n’en parlait pas. On gagnait suffisamment notre vie et on s’amusait follement. Enfin, ça m’a amusé pendant plus de dix ans et, vers les 32 ans, j’ai dit au revoir à ce monde. La mode changeait vite, les top modèles aussi, je ne voulais pas m’accrocher. J’ai toujours préféré quitter avec élégance les lieux, les gens. Mes parents étaient élégants dans leur façon d’être, j’ai sans doute hérité cela d’eux.

L’esprit américain

A New York, moi et mes vingt kilos en trop, on s’est d’abord mis à fréquenter des cours de danse. Le tango, le cha cha cha, le classique, j’ai tout essayé. Quand il pleuvait, je pouvais passer des journées entières dans une de ces immenses écoles de danse aux parquets qui grinçaient, aux hauts plafonds, à suivre des cours ou juste à m’asseoir à l’entrée pour voir défiler tous ces danseurs. J’ai surtout découvert qu’on pouvait payer par cours – alors qu’en Europe, il y avait toujours l’abonnement au mois ou à l’année – j’ai trouvé ça génial! Entre nous, certains profs n’ont toujours pas compris que l’on gagne mieux sa vie en faisant payer au cours. Donnez la liberté aux gens et ils reviennent plus facilement.

C’est ainsi que je me suis mise au yoga. Je n’ai pas croché tout de suite: mes kilos en trop m’encombraient et me donnaient de terribles sciatiques. Mais j’ai essayé plusieurs cours, plusieurs professeurs, sans m’attacher à une école, car je ne voulais avoir ni maître ni mentor… J’ai persévéré, j’ai commencé à me reconstruire, grâce aux cours, mais aussi au nombre incroyable de livres, de sources audio, de DVD que je consommais. C’est ce dont j’avais besoin pour commencer à prendre de la distance avec le choix qu’avait fait ma sœur. Et entamer une nouvelle vie. La boucle était bouclée, j’avais trouvé ce que j’étais venue chercher.

Au bout de deux ans entrecoupés d’allers-retours – parce que je n’avais pas de permis et que ma mère me manquait – je suis rentrée définitivement en Suisse. Des kilos en moins et cet esprit américain en plus, cette façon de dire «ose!».

C’est ainsi qu’un jour, dans un fitness lausannois, alors que je pratiquais dans un coin mes mouvements de yoga appris aux Etats-Unis, une des profs, qui me connaissait, m’a demandé si je voulais bien donner des cours. J’ai dit oui sans réfléchir, et sans diplôme! Travailler ainsi mon corps m’avait rapproché de mon âme. Ça avait marché pour moi, alors ça devrait bien marcher pour les autres...

Retour à la source

Voilà vingt ans maintenant que j’enseigne le yoga et le pratique tous les jours, ne serait-ce qu’un quart d’heure. Et je médite, même trois minutes. Cela permet de s’arrêter, de ne pas être dans cette course continuelle qui installe l’organisme dans une frénésie contre nature et altère la mémoire cellulaire. Cela redonne aussi l’accès à des sensations/sentiments oubliés et, par là même, change l’alchimie du corps. Le plus beau des voyages, c’est en soi qu’on le fait. En soignant son corps – notamment son intestin, qui est notre premier cerveau – on s’ouvre à des opportunités incroyables.

Pour moi, l’opportunité a été de revenir à la source: la couture, mon enfance… Je me souviens de notre appartement à Lausanne, d’un jardin où ma mère nous installait, ma sœur et moi, sur une nappe brodée en lin, de nos jeux sur la balançoire. Je me souviens des bouts de tissus, des rubans, des boutons mélangés dans des boîtes, des fils et de la vieille machine à coudre: un univers féerique! Ma mère confectionnait nos vêtements et je faisais de même pour mes poupées. Puis pour moi. Je me suis toujours dessiné mes habits, j’ai toujours adoré toucher les tissus… Pourquoi je ne me suis pas lancée plus tôt? La question m’a poursuivie. La réponse est dans le manque de confiance en moi. Si j’osais donner un conseil aux parents, c’est d’aider leurs enfants à avoir confiance en eux...

Avec le temps et le yoga, j’ai fait abstraction du regard, du jugement de l’autre. Pour la confiance, j’ai entrepris un travail de développement personnel, notamment à travers les livres et les vidéos de Louise Hay, une grande dame. J’apprécie cette approche américaine – encore! – qui donne la possibilité de tout recommencer, à tout moment. Je ne l’aurais pas fait si j’étais restée dans l’énergie européenne. J’ai interrogé plusieurs femmes pour savoir ce qui, dans la mode, leur manquait. L’exclusivité, la qualité du tissu et des finitions, l’élégance, m’ont-elles dit. En ajoutant le rose, ma couleur, j’œuvre aujourd’hui à des prototypes. Je vais à Paris rencontrer des couturières. Je veille à ce que les gens soient bien traités. C’est aussi ce que le yoga m’a enseigné: si on vend quelque chose dont la racine n’est pas bonne, on perpétue quelque chose de mauvais. Et puis j’ai appris à écouter ma voix intérieure, celle qui me dit que tout est possible. Il ne faut jamais douter de ses rêves.

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