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Aînée d’une grande fratrie, j’ai grandi dans un environnement aimant

Mes parents avaient fait de leur famille une priorité et l’ambiance était plutôt gaie. Pourtant, à l’adolescence, les choses se sont gâtées. J’avais de la peine à gérer ce statut de premier enfant et ma tendance au perfectionnisme n’arrangeait rien. Je me sentais très seule, avec l’impression que mes efforts n’étaient pas reconnus, ni par ma famille ni à l’extérieur de celle-ci. Hypersensible, je vivais les choses de manière intense et peinais à prendre du recul. Sans parler de mon physique, que je n’aimais pas du tout.

C’est l’arrivée en dernière année de gymnase qui a vu mes angoisses prendre clairement le dessus. Malgré des résultats très satisfaisants, j’étais convaincue que je ne pourrais jamais obtenir la maturité. J’étais incapable de me projeter ou d’envisager mon ave nir. Et mon attitude contrastait avec celle de mes camarades, qui eux avaient déjà décidé de ce qu’ils allaient faire. Contre toute attente, j’ai réussi l’année.

Comme le domaine de la petite enfance m’intéressait, j’ai postulé pour une place de stage au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), à Lausanne, où j’ai été immédiatement acceptée. Dès les premiers jours, je me suis donnée sans limites. J’avais enfin un objectif. Quelque chose qui faisait sens pour moi. Je ne comptais pas mes heures et dépensais toute mon énergie dans l’accompagnement des jeunes patients. Petit à petit, je me suis mise à moins manger. Et les conditions n’aidaient pas: habitant seule depuis le début du stage et ne soupant plus tous les soirs en famille, j’avais commencé à sauter certains repas. Ma perte de poids bientôt visible m’a rendue euphorique. J’étais entièrement – dans un premier temps du moins – portée par l’énergie au travail.

Juste des pommes et des yaourts

L’emménagement avec mon compagnon, Romain, a eu lieu durant ma période de stage. Comme nous étions tous les deux passablement occupés, il n’a pas tout de suite compris la gravité de la situation. Quand je revoyais mes parents, mes frères et mes sœurs, les remarques sur ma maigreur fusaient. J’ai poursuivi mon stage jusqu’à ce que les malaises et les chutes de tension me forcent à lever le pied. Finalement, je suis allée chez le médecin. Il n’a pas prononcé de diagnostic devant moi, m’invitant à passer une IRM (imagerie par résonance magnétique), mais sur le bon que je devais transmettre à l’infirmière en radiologie figurait ce mot: «Anorexie.» Les résultats des tests physiologiques étaient tous négatifs. Le problème ne semblait donc pas lié à une maladie corporelle. Quelques mois plus tard, en janvier 2004, mon médecin de famille m’a proposé une hospitalisation pour troubles du comportement alimentaire.

Mon admission en clinique a eu lieu en février

Mes parents et mon compagnon m’ont accompagnée ce jour-là. La maison où je logeais était située dans un parc splendide. Je partageais ma chambre avec une jeune femme boulimique. Les débuts? Ils ont été très difficiles. Lorsqu’on a mangé des pommes et des yaourts durant des mois, recommencer à s’alimenter normalement semble impossible. Et je n’étais pas la seule à ressentir cela. A table, certaines filles passaient leur temps à faire le tri dans leur assiette, tandis que d’autres refusaient tout simplement de manger.

Entre les thérapies de groupe, la psychomotricité, les entretiens individuels et ceux avec ma famille, j’ai rapidement progressé. Le fait que mes proches me soutiennent dans ma démarche était évidemment essentiel. Au cours de cette parenthèse, j’ai alors obtenu la reconnaissance que je cherchais auprès de mes parents: la boucle était bouclée. Il faut préciser que mon hospitalisation n’était pas remboursée par mon assurance-maladie, puisqu’il s’agissait d’une clinique privée. Mes parents ont dû rallonger leur hypothèque pour s’acquitter des frais. Cet aspect financier avait ainsi renforcé ma motivation. Je ne voulais ni faire perdre de l’argent à ma famille ni gaspiller mon temps…

Le don de soi en retour

En sortant de la clinique, où je me suis beaucoup attachée au personnel soignant, les choses étaient plus claires dans ma tête. Je suis retournée vivre chez mon compagnon. J’ai trouvé un petit job avant d’entreprendre un complément de formation spécifique en sciences pour entrer dans une école de soins infirmiers. Naturellement, tout n’était pas rose. Il y a eu des moments plus agréables que d’autres. En mai 2005, j’ai finalement été admise à l’école, et j’ai débuté ma formation en septembre de la même année. J’ai eu cette impression de prendre un nouveau départ. Pour la première fois de ma vie je me sentais enfin à ma place.

Après avoir décroché mon bachelor en 2009, mes troubles alimentaires ont disparu. Gérer mes émotions ou mes frustrations en cessant de m’alimenter ne me passe aujourd’hui même plus par la tête! Le métier d’infirmière demande un grand sang-froid que j’ai appris à trouver au fond de moi. Je suis capable d’évaluer mes besoins physiques, de me reposer ou de me détendre quand j’en ressens la nécessité. Cerise sur le gâteau, Romain et moi sommes mariés depuis 2010. Nous avons accueilli notre premier enfant, Leo, il y a deux ans.

Traverser une maladie psychique m’a profondément marquée. Pour m’en sortir, j’ai dû me confronter à mes faiblesses, accepter la souffrance et mes responsabilités face à ces troubles. Ce travail d’introspection s’est révélé payant, puisque à l’heure actuelle je me suis trouvée. Pour moi, être authentique est fondamental dans mon quotidien. Avec mes proches, naturellement, mais aussi avec les patients que je côtoie. Je suis attentive aux moindres signes, aux expressions de détresse chez les autres. Et c’est un atout très précieux dans mon métier.

La gratitude que les patients me témoignent est quelque chose qui me nourrit. Dernièrement, une femme m’a remerciée de lui apporter calme et apaisement. Quand je reçois de tels compliments, je ne peux être que reconnaissante à mon tour.

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