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Je n’ai pas choisi d’être homosexuelle

Je vivais en couple depuis trois ans avec un homme adorable et tout se passait au mieux. Et puis il y a eu cette fille. J’allais sur mes 25 ans. Je l’ai croisée dans une soirée. Je peux dire que je suis tombée amoureuse instantanément. Je n’avais jamais connu un tel coup de foudre. L’attirance que je ressentais était si intense qu’elle en devenait douloureuse. Je souffrais dans mon corps. J’ai résisté le plus longtemps possible. Les semaines suivantes, j’ai tout fait pour éviter de croiser cette personne. La simple idée de la toucher, de l’effleurer, de respirer son odeur me mettait dans un état de transe que je n’aurais jamais osé imaginer. J’en étais malade. J’étais bouleversée, écartelée entre mon désir de rester en couple et mon attirance pour cette femme qui m’était entrée dans la peau. Quel soulagement le jour où j’ai pris mon courage à deux mains, où j’ai pu crever l’abcès du non-dit et de mon propre déni!

En choisissant de m’engager dans cette relation féminine, je me suis révélée à moi-même, reconnue enfin! Je me suis libérée d’un poids énorme que je portais à mon insu depuis longtemps. A l’adolescence, j’avais bien remarqué que certaines filles me mettaient dans un drôle d’état, mais je n’avais pas souhaité m’y attarder.

Etre homosexuelle n’est pas une finalité

Je suis tombée amoureuse d’une femme, mais ç’aurait très bien pu être un homme… s’il m’avait fait autant d’effet! Au début j’ai cherché à comprendre. Mes parents aussi. Je n’ai pu éviter qu’ils se posent des questions du genre «qu’est-ce que nous avons fait? Qu’est-ce que nous n’avons pas su faire? L’avons-nous trop laissée jouer avec les garçons?» Je suis même allée consulter un psy, lequel m’a affirmé que je ne saurais jamais vraiment, qu’il y avait mille explications contradictoires. Je ne peux qu’être d’accord avec lui. Il est difficile de généraliser, comme pour un couple hétérosexuel d’ailleurs. Pourquoi suis-je tombée amoureuse de celle-ci et pas de celle-là? Mystère. Quelle que soit la préférence sexuelle, l’amour est soumis aux mêmes diktats. Je n’aime pas toutes les femmes! Etre homosexuelle n’est ni une énigme ni une tare. C’est une simple réalité, la mienne. Faire l’amour avec une femme est pour moi un feu d’artifice. Je m’éclate, c’est de la folie. Entre nous, l’alchimie est fulgurante.

Comme l’affirme Nadia, ma copine, «l’énergie sexuelle d’une femme n’a rien à voir avec celle d’un homme». L’essentiel passe par le corps, la tendresse, les caresses, la sensualité. Sexuellement, nous savons nous faire plaisir avec une précision incroyable.

Dans la rue, surtout tard le soir, nous évitons de nous tenir par la main

Il y a toujours la crainte de tomber sur quelqu’un qui aurait des réactions homophobes. Avec Nadia, nous assumons à fond d’être ensemble, mais elle n’a pas trop l’âme militante, ce n’est pas elle qui se battrait pour faire respecter sa tendance sexuelle. Le contraire de moi: je me sens facilement bouillir face aux commentaires désagréables ou misogynes. Quoi qu’il en soit, nous ne vivons pas dans le secret, mais dans une certaine discrétion. Par exemple à la piscine, nous nous faisons des becs, mais au ras de la pelouse. Nous ne cherchons pas à nous faire remarquer. Parfois cela arrive quand même. Je me souviens d’un jeune couple qui ne nous lâchait pas, nous suivait et nous épiait comme si nous étions des bêtes de foire. Ou un autre, dans un restaurant, qui riait fort, nous assurant avoir l’esprit large mais semblant plutôt mal à l’aise. En public, nous nous adaptons. Nous attendons le premier regard pour nous lâcher ou rester discrète. La semaine dernière, une serveuse s’est refermée comme une huître, elle a dû avoir peur de se faire draguer.

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