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«Je suis avocate et chasseresse»

Temoignage je suis avocate et chasseresse

«Je reçois régulièrement des remarques sexistes de la part d’individus n’appartenant pas au milieu de la chasse. On m’a déjà lancé qu’une femme était faite pour donner la vie et non pour la prendre. Les premières critiques de ce genre ont été difficiles à encaisser, mais j’ai appris à lâcher prise.»

© Corinne Sporrer

De manière assez surprenante, la chasse et le droit sont arrivés dans ma vie presque au même moment. Mais commençons par le début: très jeune, je rêvais déjà de devenir avocate. Ce métier me semblait passionnant, sûrement parce que j’y associais toutes les scènes de films et de séries que j’avais pu voir, dont Ally McBeal. Les femmes mises en scène dans ces productions étaient si indépendantes, si éloquentes que j’y voyais des modèles, le genre de personne que j’avais envie de devenir, plus tard. Mes parents acquiesçaient calmement lorsque je leur répétais ce projet de vie, imaginant que je finirais par changer d’avis en grandissant. Mais je n’en ai jamais démordu! Au moment de commencer mes études, je me suis immédiatement dirigée vers le droit.

Comme j’étais animée d’un besoin de justice et d’une envie de défendre les innocents, j’étais persuadée que le droit pénal me plairait énormément. Une fois plongée dans mes cours, toutefois, j’ai réalisé que les aspects plus techniques m’intéressaient bien davantage. Je me suis alors tournée vers le droit de la propriété et de la construction, des domaines exigeant beaucoup de raisonnement, ainsi qu’une faculté de dégoter rapidement des solutions. D’ailleurs, je pense que l’aspect émotionnel, très important dans le droit pénal, me pèserait au quotidien. En apparence, je n’ai pas l’air particulièrement sensible, car je dissimule souvent ce que je ressens. Mais au fond de moi, c’est très différent, je suis émotive! Alors je pense avoir trouvé la voie qui me correspond le mieux.

Le domaine du droit de la construction est encore très masculin, les femmes y sont rares. Les gens se montrent parfois surpris, ils s’attendent davantage à ce qu’une fille se spécialise dans le droit de la famille, par exemple. Mais ça ne m’a jamais posé problème, je n’ai pas été contrainte de me battre davantage pour forger ma place. Il faut dire que je possède un sacré caractère, je suis une forte tête! Je pense qu’il s’agit aussi d’un état d’esprit.

Au niveau professionnel et privé, lorsque j’entends des propos sexistes ou non-égalitaires, je choisis de ne pas les accepter, de ne pas me laisser faire. Aujourd’hui, depuis cinq ans, je dirige ma propre étude d’avocats, composée de trois femmes.

Double examen

J’ai décroché mon brevet d’avocate en 2014, mais c’est également à ce moment-là qu’une autre passion s’est concrétisée, puisqu’il s’agit aussi de l’année où j’ai obtenu mon permis de chasse. C’était une période très intense, je passais de mes livres de droit à mes fiches de révision pour la formation de chasse! Pendant mes études, j’avais rencontré un groupe d’amis, tous chasseurs, qui me racontaient les journées qu’ils passaient ensemble. Ils ont fini par me proposer de les accompagner et j’ai accepté, curieuse. J’ai été tout de suite impressionnée par l’activité et surtout par les personnes que j’ai pu rencontrer dans ce milieu. Je viens d’une famille agricole, originaire de la campagne broyarde, et j’ai toujours senti que nous étions un peu stigmatisés. A l’école, on se moquait parfois de moi en me traitant de paysanne, lorsque mes chaussures étaient recouvertes de boue. Ce phénomène s’est dissipé à mon entrée à l’université, car on me voyait alors uniquement comme une étudiante en droit.

Ce clivage m’a toutefois toujours dérangée, je n’apprécie pas d’être immédiatement catégorisée en fonction de mon activité. Pour cette raison, le milieu de la chasse m’a plu très rapidement. Tout le monde y est égal, l’esprit de groupe et l’ambiance y sont uniques.

J’ai débuté mon parcours de chasseresse lorsque j’ai découvert les conducteurs de chiens de rouge, des bêtes formées à chasser au sang pour retrouver la trace d’un animal blessé ou renversé par une voiture, gisant à l’agonie au bord d’une route. Le but est de le repérer pour abréger sa souffrance dans des conditions dignes. J’ai commencé par là, formant mon chien à la recherche de gibier blessé. J’ai d’ailleurs rencontré mon compagnon durant cette formation. Aujourd’hui encore, nous avons chacun notre chien, un braque allemand et un épagneul, deux très grands animaux avec lesquels nous entretenons un lien très fort.

Après quelques années auprès des conducteurs de chiens de rouge, j’ai décidé de passer mon permis de chasse. La formation dure deux ans et consiste en une combinaison d’apprentissages théoriques et pratiques. Je me suis donc lancée, alors que je préparais aussi mes examens de droit, en me rendant aux cours du soir. Il s’agit d’un examen complet et difficile, les conditions pour décrocher ce permis sont très sévères.

Un autre milieu d’hommes

Je me souviens de mon premier tir comme d’un moment extrêmement stressant. Je me demandais si j’allais y arriver. Je trouvais toujours une excuse pour ne pas me lancer. En trois jours, je n’ai rien tiré! Ce sentiment s’est légèrement dissipé aujourd’hui, mais il est toujours présent, à chaque fois.

On pense souvent que nous n’apprécions que l’instant du tir, aussi fugace soit-il, mais ce n’est pas le cas.

Ce qui me plaît par-dessus tout est de passer la journée dans la forêt avec les chiens, à écouter les sons de la nature, à guetter chaque bruissement de feuilles. Durant ces instants, on a l’impression d’être seul au monde et – même si cette idée peut choquer – d’être en vraie communion avec la nature. On me demande souvent pourquoi j’ai besoin de porter un fusil pour profiter de cet environnement, mais lorsque je me retrouve face à ce genre de réserves, j’explique simplement mon activité en détail. Je suis parfaitement au clair avec ce que je fais, nous nous montrons très stricts à chaque étape du processus. Quand on tire un animal, on ne gaspille absolument rien, on utilise tout. La chasse, ça n’est pas du tire-pipe, elle comporte beaucoup de règles et on passe un nombre faramineux d’heures à marcher sans jamais croiser de gibier. La viande que nous consommons est donc le fruit d’un grand investissement.

Il est vrai que cette activité requiert une certaine force physique et les chasseurs sont surpris lorsqu’ils rencontrent une femme s’y intéressant, mais j’ai toujours été extrêmement bien accueillie. Par ailleurs, je me démène pour parvenir à faire la même chose qu’eux. Par exemple, j’ai à cœur de porter moi-même mon gibier, de faire les choses jusqu’au bout. Il m’est arrivé de dévaler une montagne avec 26 kilos sur les bras, mais j’ai tenu bon, coûte que coûte.

En revanche, je reçois régulièrement des remarques sexistes de la part d’individus n’appartenant pas au milieu. On m’a déjà lancé qu’une femme était faite pour donner la vie et non pour la prendre. Les premières critiques de ce genre ont été difficiles à encaisser, mais j’ai appris à lâcher prise.

Mes deux activités sont très différentes, mais pour moi, elles sont complémentaires. Mon métier est plutôt lourd et prenant, je suis confrontée à une grande charge de stress. Alors, quand je me retrouve dehors avec mes chiens, je ne pense à rien d’autre. Ça me permet de déconnecter complètement de ma vie professionnelle et cet équilibre me convient parfaitement!

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