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J’ai vite compris pourquoi on ne m’avait pas tout de suite mis de miroir à disposition

Le visage boursouflé, il ne me restait que quatre petites dents taillées en cônes, vestiges aiguisés dans une bouche dénudée. Je suis tombée dans les pommes. De douleur physique mais aussi morale, car en une fraction de seconde, j’ai pris conscience de l’amputation effroyable subie et de son aspect irréversible.

Pourtant, c’est moi qui l’avais désirée, pour reprendre ma vie en mains. Il y a huit ans, après un choc émotionnel, la plupart de mes dents du haut se sont déchaussées. J’avais 45 ans et j’ai perdu d’un coup mon travail, mon appartement, mes repères. Je me suis retrouvée du jour au lendemain à la soupe populaire, SDF de ma propre vie. En 48 heures, j’ai alors perdu six dents.

C’était un cas particulier d’ostéoporose sur lequel personne n’a pu me donner d’explications

On m’a juste dit qu’il était impossible de pratiquer une greffe osseuse. J’ai interprété ce qui m’arrivait comme la manifestation physique de ma situation personnelle du moment: une petite mort. Ne dit-on pas d’ailleurs que les dents sont le symbole de la vie?

J’ai appris par la suite que chaque type de lésion dentaire (carie, déchaussement, etc.) exprime précisément la tonalité de la souffrance ressentie. Ainsi, le déchaussement traduit un sentiment d’impuissance et de peur face à des événements qui nous dépassent. La solution proposée à ce moment-là était un dentier. J’allais me retrouver vieille dame, le verre à dents posé à côté du lit. Impossible! J’ai refusé. Mais comme je n’arrivais plus à mâcher, mes dents du bas ont aussi fini par se déchausser.

Personne ne m’a prévenue des effets pervers d’une mauvaise dentition

Comme je ne mastiquais plus, j’ai eu des douleurs à la nuque, au dos, à l’estomac, des problèmes psychologiques. Ce sont un ostéopathe, un naturopathe et une masseuse de shiatsu qui ont littéralement mis le doigt sur ma mâchoire pour me faire prendre conscience des dangers que je courais. Je me cachais, je ne souriais plus, je mettais la main devant la bouche pour parler et je ne supportais pas les réflexions des hommes que j’intéressais, s’étonnant d’une bouche très édentée qui ne cadrait pas avec ma personnalité.

Ils avaient raison, mais je ne voulais pas l’entendre. Jusqu’à ce que se produise le déclic: je devais reprendre ma vie mains, alors aussi molle que ma mâchoire, et cela passait par la reconstruction dentaire. J’ai vu plusieurs dentistes ici en Suisse dont les propositions étaient terriblement onéreuses et s’étalaient sur une très longue durée. Or, je voulais que ça aille vite. J’ai fait de nombreuses recherches pour tomber sur une clinique dentaire basée en France et à Budapest, où les prestations étaient bien moins chères.

J’ai enchaîné les boulots et j’ai finalement pu me rendre à Budapest en juin dernier

Je trouve rageant que la médecine dentaire en Suisse ne soit accessible qu’aux riches. J’ai dû bosser beaucoup pour retrouver ma dignité. C’est aussi important du point de vue de la santé. Les assurances devraient réfléchir à ces coûts-là.

Avant de prendre une décision définitive, j’ai passé un week-end à Budapest pour voir les lieux, établir le contact. Quand il s’agit de se faire opérer à l’étranger, on se fait des idées, sur l’hygiène, les médicaments, les problèmes de compréhension.

L’accueil a été d’emblée rassurant et professionnel

Ils ont fait un check-up gratuit avec un panoramique de ma mâchoire, m’ont confirmé qu’une greffe osseuse n’était pas possible, car ils ne pouvaient pas garantir un résultat satisfaisant. Je suis revenue chez moi avec un dossier complet et un devis détaillé. J’ai donc réservé mes quatre séjours en Hongrie. Je devais y rester deux semaines au total, logée dans un appartement mis à disposition par la clinique, rester la bouche ouverte à raison de trois à cinq heures par jour pour les opérations dentaires et les traitements de racine. Dans l’intervalle, je porterais une prothèse intermédiaire.

C’est au deuxième séjour qu’ils m’ont ôté ce qui me restait de dents, hormis les quatre qu’ils ont limées en cônes. Et que j’ai cru mourir en me voyant! J’ai d’ailleurs parlé de mon épouvante avec la directrice de la clinique. Je pense que pour ces professionnels, la technique, l’hygiène et le résultat sont tellement importants qu’ils en oublient l’aspect psychologique. J’aurais aimé qu’on m’explique le processus, qu’on me prépare au choc qu’a représenté pour moi une telle amputation. Et surtout qu’on me dise qu’il ne s’agissait que d’une étape avant la pose de la prothèse définitive… Avant ce moment, il y a eu encore des soins intermédiaires qui consistaient en des bains de bouche.

Je craignais tellement une infection que j’en ai abusé

A force, j’ai même enlevé un caillot de sang qui protégeait ma gencive, créant un trou où des aliments se sont logés. J’ai foncé à une clinique dentaire de Genève où l’on a salué l’excellence du travail accompli. Ça m’a réconfortée sur le choix de ma démarche, et sur le fait d’avoir accompli ce voyage. Et puis enfin, j’ai reçu ma prothèse que je peux ôter (pour la nettoyer) et remettre immédiatement. J’ai pu choisir la couleur de mes dents! J’ai dû réapprendre à sourire, à enlever la main de devant ma bouche. J’ai retrouvé des aliments que je n’avais plus goûtés depuis des années. Croqué dans une pomme! J’ai remis du rouge à lèvres, appris à repositionner ma langue pour une nouvelle diction.

Je vis une renaissance. je me sens à nouveau femme, une belle sensation pour moi mais aussi pour l’ami rencontré lors de ma remise en question et qui m’a soutenue tout au long des interventions. A la fin de l’année, quand la reconstruction a été entièrement terminée, j’ai pratiqué un rituel. J’ai écrit à la personne qui avait déclenché mon état, je lui ai pardonné et, comme il était décédé depuis, j’ai brûlé cette lettre sur sa tombe. Après en avoir pris littéralement plein les dents, je peux maintenant sourire à la vie sans aucune réserve.

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