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A 25 ans, je me sens dans la peau d’une survivante

Me retrouver, pouvoir à nouveau compter surmoi, c’est le plus beau cadeau que ma mère pouvait m’offrir. Je n’avais plus aucun souvenir de mon enfance, de mon adolescence, eh bien, ils sont tous revenus. Je ne dirais pas que c’est la vie en rose, mais presque. Mes parents seraient fiers de moi. Et je les remercie chaque jour de tout ce qu’ils m’ont donné et me donnent encore, même en étant absents physiquement.

Après deux ans de grande souffrance, je suis à nouveau capable de diriger ma vie, de prendre des décisions. C’est le «happy end» de mon histoire. J’ai réussi à terminer mon mémoire et j’ai passé mon travail de master en psychologie avec 5,5 sur 6 en décembre dernier. Si tout se passe bien, j’obtiendrai mon diplôme de psychologue en juin prochain.

Ce qui s’est passé reste un mystère

En février 2010, j’ai en quelque sorte «pété un câble». J’étais en train d’achever mon master à l’Uni de Genève. J’avais réussi mes examens, il ne me restait qu’une dernière session et mon mémoire. J’étais en vacances. J’aurais dû me reposer, mais je n’y arrivais pas. J’étais une boule de nerfs. Impossible de décompresser… La nuit, je ne pouvais pas fermer l’œil. Je me sentais mal. C’était très étrange. Ma mère s’inquiétait. Ni elle, ni moi ne savions que faire.

Depuis le décès brutal de mon père l’année précédente, notre vie familiale avait été passablement bouleversée. Mais portée par le rythme des études, je ne m’en étais pas rendu compte. Les vacances terminées, j’ai rejoint ma chambre d’étudiante à Genève. J’ai dû tenir quelques semaines, et puis il y a eu ce vendredi soir. Arrivée chez ma mère pour le week-end, je n’ai plus pu parler. Les mots ne sortaient plus de ma bouche. Une sorte de claquage dans les neurones.

Du jour au lendemain je suis devenue amorphe

Je me traînais et je m’effondrais en pleurs. C’était effarant. J’étais passée d’un état de surexcitation à de l’apathie. Je n’en revenais pas. Un trou noir… J’en garde un souvenir atroce. Plus aucune pensée ne se formait dans ma tête. Je n’avais plus aucun désir, aucune envie, aucun espoir. Le plus dur, c’était de ne plus pouvoir étudier. Perdue à l’intérieur de moi-même, je ne comprenais plus rien. Il m’arrivait d’appeler ma mère au secours. Quand elle m’a entendu balbutier que je ne voulais plus vivre, elle m’a fait hospitaliser dans une clinique spécialisée.

J’y suis restée trois mois et demi. Les médecins ont essayé toutes sortes de traitements, des médicaments, des stimulations, rien n’y a fait. Je ne parlais pas. J’étais devenue un cas! Je ne sais combien de spécialistes ont été sollicités… On me faisait passer des tests… Si on me demandait de faire quelque chose, je pouvais le faire, mais je n’avais aucun élan et la moindre activité me coûtait des efforts surhumains. J’arrivais parfois à sortir un «oui», un «non», un «merci»,mais il m’était impossible de soutenir une conversation. La plupart du temps, je ne ressentais rien, j’étais vide. Je n’avais plus d’âme, plus de sensations. Je n’avais même pas honte d’être dans cet état, j’en étais incapable. J’étais consciente du problème mais impuissante, enfermée à l’intérieur de moi.

Les médecins ont dû se rendre à l’évidence: ils ne pouvaient rien faire pour moi

Ils m’ont laissée partir dans cet état de catatonie aiguë dont rien ne semblait pouvoir me sortir. Je passais la semaine à Genève mais je n’avais pas la force de me rendre à l’université. Je ne faisais rien. A la fin de la semaine, je rentrais chez ma mère. J’étais un zombie Pas facile à vivre, c’est sûr. J’avais durant cette période un comportement plutôt violent, des gestes brusques de rejet envers ma mère. Je voyais bien qu’elle était triste de me voir ainsi. Elle pleurait de plus en plus. Elle ne savait plus quoi faire pour que ma vie reprenne son cours normal.

Un dimanche, elle a insisté pour que je sorte prendre l’air. Elle a même téléphoné à ma sœur. J’ai alors senti une terrible colère monter en moi, j’ai crié et je me suis enfuie de la maison en claquant la porte. Une voisine qui nous connaît bien a vu la scène et m’a suivie. Quand je me suis effondrée en pleurs au milieu de la rue, elle a appelé l’ambulance et je me suis retrouvée à l’hôpital près de chez nous. Etonnamment, cela m’a fait du bien, j’ai ressenti un léger mieux-être. Peut-être parce que soudain je ne «pesais» plus sur ma mère. Peut-être aussi parce que j’avais réussi à sortir la colère et la frustration qui couvaient en moi. Le mercredi, ma mère est venue me voir. Et on a pu discuter! C’était la première fois depuis plus d’une année. Ça a été une grande satisfaction pour moi. J’ai enfin pu parler et j’ai eu l’impression d’avoir retrouvé mes esprits. Par la suite, ma voisine m’a dit que ma mère était rentrée heureuse et apaisée. Elle avait dû voir que j’allais m’en sortir.

Elle s’est donné la mort cette nuit-là

Quand j’ai appris la nouvelle, ça m’a fait l’effet d’un électrochoc. J’ai senti un immense chagrin, je l’aimais beaucoup, on se ressemblait tellement. Au bout de quelques jours, j’ai cependant réalisé que je n’avais vraiment plus le choix. J’avais pu discuter avec elle, c’était un signe que tout recommençait à fonctionner dans ma tête. Je n’avais plus de père, ni de mère, j’étais encore aux études… Il fallait que je m’en sorte.

Je ne sais pas si j’en suis sortie aujourd’hui, mais j’ai pu admettre que ma mère avait décidé d’aller rejoindre mon père parce qu’elle ne pouvait plus vivre sans lui. Il était l’amour de sa vie. Ça m’a pris encore des mois pour remonter la pente. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’en s’ôtant la vie, ma mère m’a remise en vie. Par ce geste ultime, elle m’a en quelque sorte sauvée… Je commence aussi à pouvoir faire le deuil de mon père. Mes parents sont dans mon cœur pour toujours, ils ont été des parents formidables, et je les sens très proches de moi dans toutes mes actions. Je n’ai pas tout compris de ce qui s’est passé dans ma tête au niveau chimique, au niveau de l’âme et tout ça, mais j’ai eu l’impression qu’une ouverture s’est faite en moi, une sorte de renaissance. C’est sûr!

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