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Je vis depuis trois ans au nord-est du Kenya sur l’île de Manda

J’ai posé à ce jour 143 citernes d’eau de pluie pour venir en aide aux habitants qui n’ont pas accès à l’eau potable. Je mène à bien ce projet d’Eau pour Tous dans le cadre de Wings of Grace International (Les Ailes de la Grâce International, ndlr), une association qui fonctionne depuis novembre 2006 grâce au soutien généreux de donateurs suisses et de paroissiens de la commune de Bagnes, en Valais. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, mon engagement humanitaire au Kenya s’apparente à un combat quotidien… contre la corruption.

Il est d’ailleurs heureux que notre association ait pris le parti de conserver la propriété des citernes que nous installons. Je conserve de la sorte le droit de les retirer si elles ne sont pas entretenues ou si l’eau gratuite fait soudain l’objet d’un trafic organisé. Ce n’est jamais facile pour moi, qui ne suis ni très grande ni très costaude et surtout étrangère, chrétienne et célibataire, de tenir tête aux hommes dans ces circonstances, mais je le fais. Les citernes sont trop précieuses pour ceux qui ont soif.

Avec les femmes, mes relations sont plus cordiales

Je m’étais pourtant, dans un premier temps, frottée aux regards noirs des musulmanes. Dissimulées sous leurs voiles, elles ne cachaient pas leur réprobation face à ma manière d’être et de vivre, trop libre sans doute. Je n’ai pas changé pour autant mes habitudes. C’est une vraie fournaise ici. Je m’habille donc avec des shorts et des débardeurs. Trois fois par semaine, je fais du footing sur la plage avec Punki, mon border collie. Et nous nageons tous les jours dans la grande bleue histoire de se rafraîchir et de garder la forme. Les femmes se sont peu à peu habituées à ma présence. Elles me saluent aujourd’hui quand je les croise. Et il me semble qu’elles prennent désormais plaisir à sortir davantage de chez elles. Grâce aux citernes, elles ne doivent plus effectuer des kilomètres à pied pour se ravitailler en eau…

L’eau vaut de l’or ici!

Je l’avais déjà compris lors de mon premier séjour au Kenya, il y a six ans. J’ai cru mourir de soif. Dans le cadre d’un voyage missionnaire, je distribuais de la nourriture dans les églises tout en enseignant les principes bibliques de la dîme et de l’offrande. Dans l’église sous tente sur l’île de Manda, la chaleur était particulièrement intolérable, mais je n’avais pas osé demander à boire car je savais l’île dépourvue de source potable. Je suis rentrée en Suisse avec cette expérience douloureuse en mémoire, et c’est lors d’une balade avec mon chien que j’ai réalisé que je pouvais aider ces gens. L’idée? Installer des citernes d’environ 1000 litres, munies d’un robinet, équipées de tôles ondulées et d’une gouttière pour recueillir l’eau de pluie. Tout était soudain très clair dans ma tête. Je suis profondément chrétienne et il m’est apparu évident que Dieu m’envoyait en mission. Le curé de Bagnes, Cyrille Rieder, a partagé mon enthousiasme, et les paroissiens, à son appel, se sont montrés plus que généreux.

Les habitants de Manda redoutaient au début que je ne cherche à les convertir

Chaque réservoir installé sur l’île porte en effet l’inscription «Yesu anakupenda», ce qui signifie «Jésus t’aime» en swahili. Ce n’est pas de la provocation mais un message d’amour aussi important que de donner de l’eau, puisque ce don de l’eau m’a directement été inspiré par Dieu. Avec le temps, les habitants ont compris que je vis ma foi près d’eux. Restent une poignée d’irréductibles qui m’ont toujours reproché ouvertement d’avoir abandonné l’islam. Il faut dire que tous les prétextes sont bons pour tenter de m’intimider et de s’approprier les citernes. Je n’ai pas le droit d’avoir peur. Mais c’est aussi ma nature, ma force et ma faiblesse, de ne pas savoir baisser les yeux devant le regard menaçant d’un homme, ou d’être incapable de fermer ma bouche quand on me traite comme un enfant, ou pire.

Je suis une femme chrétienne de 45 ans

Et bien que je sois née au Kenya, j’ai grandi dès l’âge de 9 ans à Toronto, au Canada. Suite à un cursus universitaire consacré au sport et à l’éducation à Vancouver Island, l’envie de voyager a pris le dessus et j’ai réservé un billet sens unique pour l’Europe. Le hasard d’une rencontre a voulu que je me retrouve à Verbier en 1991, une station où je pouvais mettre à profit mes compétences de monitrice de ski tout en parlant anglais. C’est aussi à cette époque que j’étais en pleine recherche de ce que j’appelle la «plénitude d’un Dieu tout-puissant». Une quête menée sans succès dans ma propre confession musulmane ismaélite, mais aussi à travers diverses expériences dans le New Age, la méditation, l’occultisme. C’est finalement en Nouvelle-Zélande que j’ai croisé la route d’un évangéliste chrétien. Je suis ainsi devenue chrétienne le 25 avril 1993 à Auckland.

Mon travail au Kenya arrive bientôt à terme

Notre objectif initial d’une citerne par famille est pratiquement atteint. Je garderai un magnifique souvenir de cet engagement, même si ma vie ici n’aura pas été aussi paradisiaque que l’île. J’ai appris à me débrouiller avec le minimum et à me réjouir de l’essentiel: un toit, de quoi manger et partager. Ma foi est cependant restée intacte, même quand j’ai dû serrer la ceinture. Le plus dur finalement aura été cet état d’alerte permanent, pour garder une ligne exemplaire, pour ne pas céder à la facilité et ne jamais tolérer la moindre discrimination. J’ai dû rester vigilante dans mes relations aux autres, me méfier des intéressés et des manipulateurs. Mais je reste motivée par la perspective de nombreux projets Eau pour Tous, sur les îles de Bet Dwarka en Inde et de Sigulu sur le lac Victoria en Ouganda, sur les presqu’îles du lac Victoria au Kenya, ainsi que dans la région de Tulear à Madagascar. A ce jour, 353 stations d’eau de Dieu ont été installées par nos soins pour les plus démunis. Et ce n’est pas fini!»

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