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Dans la cohue des jours qui défilent, j’aime savoir qu’il est possible, parfois, d’appuyer sur la touche «pause» pour se rendre compte de l’importance des passages de vie et de leur symbolique. Dans mon quotidien, j’ai toujours essayé de développer l’écoute, l’intuition, et je suis très sensible aux moments de transition, ces instants essentiels – qu’ils soient concrets ou plus abstraits – qui jalonnent une existence. Le passage de la vie à la mort, notamment. Pour ma part, j’y ai été confrontée tôt puisque mon ami est décédé alors que j’avais seulement 20 ans. Nous avons été plusieurs à l’accompagner dans ses derniers jours, à lui parler, à être à ses côtés jusqu’à son ultime souffle. Ce sont des expériences intenses, bien sûr, mais être présente durant ces moments et essayer de faire en sorte que la personne parte plus légère se révèle également un privilège.

Le chemin du deuil

Le métier de célébrante, je l’ai découvert il y a quatre ans, par le biais du décès successif de mes deux grand-mères. Lors des funérailles, je me suis beaucoup investie dans les préparatifs, j’avais envie que la cérémonie soit belle, qu’elle leur ressemble, que chaque personne présente puisse vivre son deuil au mieux et repartir avec quelque chose de symbolique.

C’est à l’occasion de l’enterrement de ma deuxième grand-maman que j’ai entendu le pasteur mentionner l’existence de célébrants laïques en France. J’ai tout de suite pensé: «Tiens, mais c’est exactement ça que j’aimerais faire!» Quelque temps plus tard, j’ai lu un article sur cette profession qui se pratiquait aussi en Suisse et j’ai appris que des formations étaient proposées. Je me suis alors renseignée. Le module consacré aux funérailles était sur le point de se terminer, mais je me suis inscrite pour le cycle dédié au mariage qui commençait peu de temps après, à la rentrée de septembre.

Une recherche de sens

Mon idée première était vraiment de me spécialiser dans les obsèques, mais dès que j’ai commencé à me pencher sur le cycle «mariages», j’ai réalisé que cela me correspondait totalement. Ça a été une révélation. Tout faisait sens. A travers cette nouvelle voie, je pouvais mettre à profit et en pratique les différentes compétences que j’avais accumulées au fil des années. J’ai été éducatrice de l’enfance, mais également maîtresse d’école et animatrice d’atelier d’expression créatrice.

Par choix, j’ai toujours travaillé à temps partiel afin de me donner l’occasion de vivre différentes choses. J’aime suivre mes idéaux, aller vers ce que je sens être juste pour moi. Ce nouveau pas, je l’ai franchi sans inquiétude puisque le métier se présentait de manière totalement évidente. J’ai donc quitté mon travail petit à petit, jusqu’à me consacrer pleinement à cette activité.

La formation que j’ai suivie s’étend sur une année

On y apprend le déroulement et le contenu d’une cérémonie de mariage, les enjeux et le rôle de chacun pour éviter toute parodie du rite religieux. C’est un accompagnement, et le rôle du célébrant est d’aider les futurs époux à personnaliser l’un des événements-clés de leur existence. Sur la base de recherches de textes, j’ai ainsi appris à cibler les valeurs d’un couple et à les mettre en évidence, car il faut que chaque élément du rituel ait du sens. Pendant la préparation, il s’agit d’être à l’écoute, de ne pas imposer ses propres valeurs, mais bel et bien de souligner celles des fiancés.

Pour moi, c’est magnifique de pouvoir être aux côtés de deux personnes quand je sens une forte vibration d’amour entre elles. J’aime les entendre se raconter, relater leur histoire… C’est mon côté fleur bleue. Ces rencontres ont une dimension incroyable, on a l’impression que ça ne pouvait pas être autrement, que c’était écrit. Toutes ces lignes de vie que l’on me confie, c’est ma matière première afin d’isoler les accroches avec lesquelles je vais créer des textes personnalisés pour la cérémonie. Je rencontre d’abord le couple pour faire connaissance, ensuite, on se laisse un temps de réflexion – l’important étant de sentir que l’on peut avancer ensemble. Puis j’essaie de planifier une rencontre une fois par mois jusqu’au mariage. Le métier de célébrant est encore récent, peu connu. Les futurs mariés qui viennent me voir se sont déjà renseignés sur le sujet et, au fil de nos entrevues, ils poussent plus loin la réflexion en revisitant les racines de leur couple. Je pense que, d’une certaine manière, cela contribue à renforcer leur relation.

Une écoute et un dialogue

Peu à peu, le projet se concrétise, ils découvrent que cela va être possible de vivre cet instant comme ils le souhaitent. Ensemble, nous réfléchissons à leurs vœux, aux textes et musiques qu’ils ont envie d’entendre. De mon côté, je prépare une intervention centrale métaphorique et poétique, conçue sur mesure, inspirée par ce qu’ils m’ont raconté. Un travail de créativité et d’intuition. Pendant trois jours et trois nuits, je m’immerge, j’écris ce qui me vient à l’esprit, puis je tisse et je peaufine. Les jours précédant le mariage, je me prépare intérieurement, je répète, je passe par plusieurs filages. C’est ma façon de faire le tri et d’évacuer ce qui m’appartient et qui n’a pas lieu d’être le jour J. Ainsi, le moment venu, je suis en phase, comme un chef d’orchestre, et je peux transmettre toute l’intensité de l’instant aux participants.

Après les mariages, il m’arrive de réécouter les musiques choisies durant quelques jours histoire de boucler la boucle. Le retour des familles et des amis est très positif, ils disent souvent qu’ils ont reconnu les mariés dans cette cérémonie personnalisée. S’il y a beaucoup d’émotion, c’est que c’était juste et authentique. Je suis touchée par la confiance que m’accordent tous ces amoureux. Je me sens privilégiée. Qu’ils célèbrent la vie, la mort, l’amour, la naissance, les passages qui marquent l’existence humaine sont essentiels à mes yeux. Depuis trois ans maintenant, je suis comblée d’avoir la chance d’en faire mon métier (ndlr: www.rythmelavie.ch). Même si la chanson dit que «la vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas», de mon côté, je suis persuadée que l’on peut créer des ponts pour les relier.

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