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«J’ai voyagé trois mois en choisissant des noms de ville au hasard. Savannah, Hot Springs… ça sonne bien, non? Je ne restais jamais très longtemps. C’est ça la magie de la voiture: dès qu’on se lasse, on taille la route.» ©DR

C’était deux semaines après mes 21 ans, l’année passée: je me suis envolé pour Fort Lauderdale, en Floride. Une destination choisie au hasard pour avoir un point de départ à l’est et pouvoir traverser les Etats-Unis vers l’ouest. J’étais cheminot, je travaillais sur des chantiers depuis plusieurs années, ça ne me pesait pas spécialement, mais j’avais des projets plein la tête et, surtout, envie de liberté. Je m’étais décidé quelques mois plus tôt, me contentant de réserver une place dans une auberge de jeunesse pour les premiers jours. J’avais aussi regardé un peu sur internet comment acheter une voiture. Je me disais: «C’est le pays des gens qui ont la classe, ça va rouler.» Evidemment rien ne s’est passé comme je l’avais imaginé.

L’impression d’être en cavale

Le choc de l’arrivée, déjà, dans un aéroport moche à souhait, avec de la moquette. Il était tard, j’ai pris un taxi, mais le chauffeur a eu l’air étonné de l’adresse que je lui donnais en me disant qu’il n’y avait pas d’hôtel à sa connaissance là-bas. Effectivement, j’ai atterri dans un motel en ruine dont les chambres, habitées par des marginaux, entouraient une piscine vide remplie d’objets cassés. Je devais partager un dortoir avec 5 autres personnes bizarres, je n’ai pas osé y dormir. J’avais faim, je me suis dit que j’allais faire comme en Suisse, m’acheter un kebab et le manger sur un banc. Sauf que là-bas, il n’y a pas de banc, pas même de trottoir!

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Après cette première nuit, j’ai trouvé un logement sur Airbnb… qui s’est avéré être une sorte de colocation avec des clandestins. Finalement, ce sont eux qui m’ont le plus aidé. Il me fallait un véhicule pour me lancer dans mon roadtrip, mon budget était ultraserré et j’avais déjà perdu beaucoup d’argent, car j’avais payé d’avance mon fameux motel. Mais les gens me riaient au nez quand je disais mon prix: 1000 à 1500 $ maxi. J’ai galéré pendant deux semaines avant de trouver un van, vendu par un Québécois. Un avantage car, pour couronner le tout, je ne maîtrisais pas très bien l’anglais! Cette Plymouth Voyager de 98 était une épave, mais je m’y connais un peu en bagnole et j’ai estimé qu’elle pouvait rouler. Le vendeur m’a même offert un matelas, car il savait que je comptais y dormir.

Quand j’ai pu enfin m’en aller, je me suis arrêté sur un parking et j’ai pleuré pendant 30 minutes!

J’ai pris la direction de Key West. La route était superbe mais l’atoll assez nul, un truc pour les vieux, un peu comme la Floride en général. J’étais sur l’autoroute quand ma voiture a commencé à pécloter. J’ai compris que je ne pouvais pas tenter le diable tout le temps: je n’avais pas 1 fr. et j’étais limite question moral. Arrive ce moment où tu te demandes qu’est-ce que tu fais là, pourquoi tu t’infliges ça, et le coucher de soleil devant tes yeux ne répond à aucune de tes questions. J’avais l’impression d’être en cavale.


© DR

J’ai passé la nuit dans la voiture à jouer de la guitare. Le lendemain, j’ai réparé ce qui n’était qu’un souci de pneu et je suis reparti. Par la suite, à chaque fois que je flanchais, je me posais comme ça, au calme, à jouer de la musique, et les choses paraissaient plus claires le lendemain matin.

Chapeau à La Nouvelle-Orléans

J’ai voyagé trois mois en choisissant des noms de ville au hasard. Savannah, Hot Springs… ça sonne bien, non? Je ne restais jamais très longtemps. C’est ça la magie de la voiture: dès qu’on se lasse, on taille la route. J’ai parfois roulé 10 ou 12 h, caféiné à mort! Mon objectif quotidien, trouver une douche. Je me suis frotté à la population locale dans des contrées reculées où je ne captais que deux stations de radio: une de country et une de prédication religieuse! Mon seul impératif était d’atteindre Los Angeles pour mon vol retour, prévu fin mai. Musicien amateur, je voulais quand même traverser les lieux mythiques des origines du rock.

Je suis entré à La Nouvelle-Orléans quelques jours après la mort de Chuck Berry. Les radios ne diffusaient que ça, ce fut un grand moment.

J’y ai rencontré un musicien de rue brésilien avec qui j’ai sympathisé. Il avait le même van que moi! Nous avons joué ensemble dans la rue et récolté quelques dollars au chapeau, c’était easy. On a fait un bout de route ensemble. Il est même venu me trouver en Suisse l’été dernier.

Difficile reprise

J’ai été très déçu par Memphis. La ville d’Elvis n’a rien pour elle et payer 100 $ pour visiter Graceland, la belle arnaque! C’est dans le Mississippi que j’ai trouvé les vraies racines du blues: des lieux vides, tristesse, souffrance et désert culturel; et puis Clarksdale, berceau mythique de cette musique, le lieu qui abrite le carrefour où le guitariste Robert Johnson aurait fait un pacte avec le diable pour devenir célèbre.

Ensuite, il y a eu Vegas, la quintessence des Etats-Unis dans ce qu’ils ont de pire et de meilleur.

J’ai été chassé de parkings où je dormais par des vigiles qui me prenaient pour un gambler fauché. Faisant le tour des prêteurs sur gage pour voir ce qu’ils proposaient, j’ai vu des types vendre les jouets de leurs enfants pour avoir du cash à flamber. J’ai bien vite repris la route pour Los Angeles. A une semaine de mon retour, je devais y revendre ma voiture pour récupérer mon argent. Hélas, je n’avais pas de carte grise (envoyée à ma première adresse, en Floride). Je me suis démené comme un diable, faisant le tour des garages, demandant de l’aide à tout le monde. A trois heures de mon vol, j’ai obtenu 100 $ d’un garagiste plus le prix du taxi jusqu’à l’aéroport. Une paille!

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De retour en Suisse, j’ai repris mon boulot aux CFF, mais c’était difficile. Souvent, le matin au réveil, j’avais l’impression que j’allais ouvrir la porte de ma voiture pour aller aux toilettes! Je ne peux pas mettre des mots sur ce que ce voyage m’a apporté, je le vis tous les jours, en moi. J’ai fini par quitter mon job pour commencer une école de théâtre. Je voyage dans mes aspirations professionnelles. Je me permets d’explorer ce qui me plaît. Je n’ai pas peur de me planter, car j’ai compris que ce n’était pas grave. Je marche, je découvre, il n’y a pas de mauvaises routes. Je ne sais pas où je vais, mais je sais comment j’ai envie d’y aller. 

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