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Pour mon dernier anniversaire, mon mari m’a offert un cadeau pour le moins original: un stage de deux semaines dans la Maison des singes du Zoo de Bâle. Il avait tout organisé en douce, y compris la location d’un joli studio au centre-ville où j’allais pouvoir loger pendant mon séjour. Une fois l’effet de surprise passé, je me suis dit que mon homme me connaissait vraiment bien.

Enfant, les singes me fascinait

Enfant déjà, lorsqu’on m’emmenait au zoo, je restais scotchée devant l’enclos des singes. L’effet miroir que ces animaux renvoient aux humains me fascinait: plus on les regarde, plus on est saisi par les similitudes qu’il y a entre eux et nous. Ils se font des farces, rigolent ou utilisent des outils, comme nous. Il ne s’agit pas d’une affection aveugle. Je n’en voudrais pas à la maison! Ce qui compte pour moi, c’est qu’ils vivent bien.

Depuis quelques années, je soutiens financièrement des projets menés en faveur des Orang-outans en Indonésie. Il s’agit de programmes destinés à préserver leur habitat et qui prennent en charge les orphelins. En maints endroits, les singes sont en péril parce que leur lieu de vie se raréfie; si on ne fait rien, ils disparaîtront peut-être. Je suis aussi marraine d’un saïmiri — un singe écureuil, comme celui de Fifi Brindacier — qui vit au zoo de Bâle. Evidemment, ma bibliothèque réunit plein de bouquins sur le sujet et dès qu’il y a une conférence, je m’arrange pour y aller. La dernière en date était donnée par Claudine André, une expatriée belge qui a créé un sanctuaire pour les bonobos à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. C’est un refuge pour jeunes orphelins victimes de braconnage socialement réadaptés puis réintroduits dans leur milieu naturel. Ce qui est assez incroyable avec cette organisation, outre ses combats, c’est qu’elle fait vivre tout un village.

Serai-je à la hauteur?

Durant les semaines qui ont précédé mon stage au zoo de Bâle, je m’interrogeais beaucoup: serai-je à la hauteur de la tâche? Etant professionnellement active dans un domaine diamétralement opposé – je travaille comme juriste dans un service de la Confédération – je n’en avais aucune idée. Ce n’était pas gagné d’avance, j’aurais pu avoir des peurs. Mais sitôt la première heure passée dans la Maison des singes, j’ai su que c’était bon: j’ai commencé par empoigner le balai pour faire le ménage chez les saïmiris et j’étais parfaitement à l’aise. Pendant les quinze jours, j’ai effectué des tâches de gardiennage chez les petits singes: nettoyer leur enclos, leur donner à manger, jouer avec les moins peureux d’entre eux. Je passais autant de temps en nettoyage qu’en préparation des repas. Les gardiens m’ont bien épaulée, il faut dire qu’ils adorent «leurs» animaux – on le voit à leurs yeux qui brillent quand ils s’en occupent – et qu’ils font leur travail par passion.

Parmi les choses que j’ai trouvées les plus curieuses, il y a eu le fait de me retrouver à travailler en vitrine. J’ai dû apprendre à accepter que le public soit là, à regarder tout ce que je faisais. En clair, j’ai dû m’habituer à être examinée… comme un singe! En étant de l’autre côté, je voyais défiler les visiteurs, dont beaucoup d’écoliers, et je pouvais observer leur visage quand ils contemplaient les animaux. C’était attendrissant mais ce qui m’a surtout frappée c’est que tous, sans exception, souriaient. Les singes ne laissent personne indifférent.

Passer dans un autre monde

Entrer dans cette Maison chaque matin, c’était comme basculer dans un autre monde. Les bruits, les odeurs, les cris… c’est tout un univers. Une partie de mon travail se passait dans les coulisses, séparées des enclos par un grillage. Je passais des heures à faire la vaisselle sous l’œil de Goma, un gorille femelle, qui m’observait attentivement. Ce n’est pas un job de tout repos et j’ai eu droit à mon baptême du feu. J’ai reçu quelques pipis et cacas sur la tête ainsi qu’une gifle de la part d’un singe araignée. Durant cette quinzaine, j’ai fait des choses dont je ne me croyais pas capable, comme manipuler des vers et des grillons vivants, me faire sauter dessus par certains de mes nouveaux amis. Mais rien de tout cela ne m’a vraiment posé de problème. Je suis contente de ne pas avoir été déçue. Et puis, du point de vue familial, cette expérience a aussi été une première: depuis la naissance de mes enfants, je n’étais encore jamais partie seule autant de temps. Pour moi comme pour eux, l’aventure s’est avérée intéressante.

Travailler comme bénévole dans un zoo m’a permis de voir que des biologistes et des éthologues veillent vraiment à ce que l’environnement des singes soit bien reconstitué, que des vétérinaires passent régulièrement dans les enclos. J’ai rapidement été convaincue que les parcs zoologiques comme celui de Bâle jouent un rôle important pour sensibiliser la population, sauver des espèces menacées à l’état sauvage ou encore constituer un réservoir génétique qui permet aux scientifiques de poursuivre leur recherches.

Ma retraite en Indonésie?

Lorsque le stage a touché à sa fin, j’étais triste: il me fallait tout quitter alors que j’avais l’impression d’avoir réussi à établir un contact avec les animaux, d’être devenue utile. J’ai alors pris la décision de me réinscrire pour l’année prochaine (le zoo de Bâle accepte des bénévoles à condition qu’ils parlent allemand), histoire d’atténuer mon départ. Et pour être sûre de revenir, j’ai d’emblée reloué mon petit studio pour deux semaines en 2015.

Aujourd’hui j’ai retrouvé ma vie d’avant, entre mari, enfants et dossiers juridiques, mais je contemple souvent les nombreuses photos que j’ai faites à la Maison des singes. Il m’arrive très souvent de repenser à tout ce que j’ai vécu parmi mes petits «amis» de Bâle. Nul doute que je passe pour une véritable zinzin aux yeux de certains, mais ça m’est égal. Lorsque je serai à la retraite, je m’imagine tout à fait partir en Indonésie, ou ailleurs dans le monde, pour m’occuper de bébés Orang-outans par exemple. Agir sur le terrain, c’est ce qui me fait rêver, mais ce sera pour plus tard, lorsque mon fils et ma fille, qui sont encore étudiants tous les deux, seront sur les rails.

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