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A 40 ans, lassé de son métier dans l’univers des livres, Stéphane a choisi d’intégrer le domaine médical. Autant pour donner un sens à sa vie que pour aider les autres. Trois ans après, le bilan est à l’enthousiasme.

Ce n’est pas facile de choisir un métier

J’ai longtemps tâtonné, optant d’abord pour une voie musicale à Lausanne. Au fond, j’aurais aimé devenir prof de musique ou de guitare mais j’ai vite déchanté. Si on n’a pas un talent exceptionnel, vivre de la musique est impossible en Suisse.

En août 1989, je suis donc rentré à mi-temps chez Payot: j’étais coursier, je distribuais le courrier et, l’après-midi, je suivais les cours de l’Ecole de jazz. Comme mon job me plaisait, j’ai décidé, après deux ans en tant qu’employé non qualifié, d’entamer un apprentissage de libraire. En gardant, bien sûr, la guitare comme hobby. Trois ans plus tard, j’étais devenu libraire-employé d’édition. J’avais bien évolué dans mon boulot. J’avoue avoir adoré, notamment, mon poste au service anglophone de l’ex-centrale d’achats du groupe des librairies Payot. Toutes les rencontres que cela m’a permis de faire, c’était passionnant. Il y a eu le professeur Piccard, David Bowie et les fidèles anonymes.

C’est un beau métier, mais les mentalités ont pas mal changé suite à l’installation de la FNAC. Et depuis Internet qui a entraîné un énorme travail de référencement des titres. Plus de pression surtout, même si celle-ci restait positive. Mais le temps passant, j’avais perdu le feu sacré.

Une rencontre allait changer ma vie

Parmi notre clientèle, nous avions beaucoup d’écoles, dont un institut médical dispensant une formation d’instrumentistes. Sa représentante avec laquelle je discutais souvent, a perçu mon intérêt pour ce domaine et m’a suggéré de participer à une séance d’information organisée à l’Ecole Chantepierre, à Lausanne. J’ai ainsi appris qu’il existait un métier très proche d’instrumentiste, celui d’assistant technique en salle d’opération, plus accessible à quelqu’un qui, comme moi, n’appartenait pas au sérail. Hiérarchiquement, cette fonction se situe juste en dessous des instrumentistes. J’ai été séduit. En 2006, j’ai profité de mes congés pour effectuer une semaine de stage au CHUV. J’étais là en observateur. On m’a juste demandé de prendre quelques photos destinées à usage interne.

Cette première expérience a confirmé mon choix. L’année suivante, j’ai pu faire un stage à Morges, dans l’Ensemble hospitalier de La Côte. C’était comme un retour aux sources puisque je suis Morgien d’origine. S’y est ajouté un autre stage en 2008. De fil en aiguille, j’ai fini par postuler. J’ai eu la chance de tomber sur quelqu’un de très ouvert, le responsable de tout le secteur «blocs opératoires» à Morges. Il m’a encouragé et beaucoup soutenu car après avoir posé plusieurs fois vainement ma candidature, j’avoue avoir été un peu refroidi. Et le 8 mai 2009, le jour même de mes 41 ans, j’apprenais que j’avais été choisi. Vous n’imaginez pas ma joie…J’ai donc intégré les rangs de l’hôpital de Morges.

Ce métier est méconnu

Nous participons aux opérations, mais ne sommes pas dans le champ opératoire.Nous nous tenons à plus de 50 centimètres des champs stériles. Nous sommes là pour aider chirurgiens et instrumentistes. Il faut donc être très réactif. Partir chercher, très rapidement, ce qui viendrait à manquer, changer une pièce défectueuse, donner du désinfectant, régler les lampes, installer le patient. Morges, spécialisé dans l’antalgie, dispose d’une grande palette de traitements. Je suis susceptible de participer à des interventions extrêmement différentes: chirurgie cardiaque, vasculaire, gynéco logie, orthopédie, reconstruction mammaire, etc. Les trois premiers mois, j’ai ét é formé par deux personnes qui m’ont fait découvrir les ficelles du métier; ensuite j’ai dû devenir autonome. Il faut connaître des millions de petites choses. Le vocabulaire est précis et ce métier est assez complexe.

Devenir infirmier m’aurait beaucoup moins intéressé

J’aime l’aspect technique et stressant – dans le bon sens du terme – de la salle d’opération. Je ne renie rien de ce que j’ai fait avant, mais tout reprendre à zéro m’enchante. Mes collègues sont formidables, même si je les énerve parfois à force de poser des questions, tellement je crains de décevoir. Il règne dans ce milieu une incroyable solidarité, un véritable esprit d’équipe.

Je vais commencer prochainement les cours pour l’obtention du certificat. Cela va durer six mois environ à raison de deux jours par mois à l’hôpital de Lavaux. Ce papier n’est pas officiellement reconnu mais il vient confirmer une fonction. Cela va faire deux ans que je travaille en salle d’opération. Un médecin m’avait prévenu, c’est le temps nécessaire pour être tout à fait au courant. Ma vie a gagné en concret. Je n’ai plus à me battre contre des moulins à vent pour des raisons futiles. Et je suis beaucoup plus épanoui. Comme nous avons un petit garçon de 7 ans, ma femme se faisait un peu de souci pour les horaires, mais elle a été vite rassurée car les gardes sont bien réparties, à peu près une de nuit en semaine et par mois, un samedi ou un dimanche, selon des plannings connus deux mois à l’avance. Surtout Vladimir est très fier de son papa. Il dit que je suis «hospitaliste». Ma femme aussi est enchantée. Elle me sent heureux, épanoui.

Ce qui me fait aussi plaisir, c’est d’avoir convaincu les sceptiques

Venir de l’édition pour s’improviser assistant technique en salle d’opération en a surpris plusieurs. La majorité des gens qui choisissent ce métier sont de professions paramédicales, beaucoup ont exercé dans un EMS. Récemment, un médecin m’a félicité. «Tu fais beaucoup de bien au bloc», m’a-t-il dit. Sans doute parce que je fais preuve d’une grande fraîcheur, d’une certaine naïveté. Mais cela m’a touché. Il y a une vraie générosité dans ce milieu. Il y a quelques mois, mon fils m’a demandé un atlas d’anatomie. Je crois à la transmission même si je ne vais pas suggérer à mon Vladimir de faire médecine. Pour l’instant, je lui apprends juste à bien travailler.»

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