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J’ai fini par accepter l’alcoolisme de mon père

J’ai fini par accepter l’alcoolisme de mon père

A cause de sa dépendance à l'alcool, le père de Sophie a énormément changé au fil des ans.

© Getty

Mon père, d’aussi loin que je me souvienne, a toujours bu. Un verre par ci, une bière par là. De temps en temps un peu plus, jamais moins. C’était normal, on n’en parlait pas à la maison. Sauf les fois où il dérapait vraiment, lorsque ma maman devait le ramener chez nous ou qu’il lui hurlait qu’il voulait divorcer. Mon père était quelqu’un de très drôle, on lui pardonnait tout, on riait toujours de ses blagues. Et puis un jour, il a eu 50 ans. Il nous a quittées, ma mère, mes sœurs et moi, pour pouvoir boire en paix et aller au bistrot autant qu’il le souhaitait.

Un an sans lui parler

J’avais alors 20 ans et je le haïssais de toutes mes forces. Il avait tout gâché. J’ai coupé les ponts avec lui durant plus d’un an. L’apercevoir au coin de la rue, la démarche chancelante et le regard vitreux, me donnait de l’urticaire. Puis, un jour, mes sœurs et moi avons appris qu’il s’était fait interner dans un asile psychiatrique. C’était son souhait, il voulait guérir. J’ai repris espoir, je lui ai offert des bouquins comme «Le dernier pour la route» d’Hervé Chabalier. Et des CD. Et des BD. Et des friandises.

Mais très vite, il a repris ses mauvaises habitudes.

Quelque temps plus tard, mon grand-père, lui aussi alcoolique, est décédé. Mon père a alors eu un électrochoc: il s’est fait hospitaliser durant une semaine pour être sevré. Pendant une année, il a pris chaque jour un médicament qui l’empêchait de boire et suivait une thérapie. Pour mes sœurs et moi, c’était une renaissance: mon père se souvenait de ce que nous lui racontions, il n’avait plus de mains tremblantes ni de marques d’impatience, faisait des randonnées en forêt et partait en voyage. Pendant un an, j’ai eu l’impression d’avoir retrouvé mon papa.

Et ses mains se sont remises à trembler

Un jour, il a décidé qu’il était guéri et qu’il pouvait donc boire un verre de temps en temps. Puis plusieurs verres. Puis tous les jours. Ses blagues sont devenues moins marrantes, ses mains se sont remises à trembler. Pourtant, cette fois-ci, je ne suis pas partie. Mes sœurs et moi lui avons clairement dit que son comportement nous dérangeait, que nous n’aimions pas le voir comme cela, qu’il fallait qu’il cesse de boire s’il voulait garder un lien avec nous. Il n’a pas arrêté, il a simplement appris à se faire plus discret.

Aujourd’hui, je sais qu’il boit toujours, chaque jour. Parfois peu, parfois plus. J’essaie de faire abstraction, de ne pas y penser. A chaque fois qu’il trempe ses lèvres dans un verre, je dois me retenir de ne pas lui sauter à la gorge, lui hurler dessus. Car au fond de moi, je n’ai pas encore tout à fait le deuil du père que j’avais eu la chance de connaître durant un an. Mais pour être honnête, je doute qu’il revienne un jour. Je suis devenue très forte pour faire semblant que tout va bien et pour sourire malgré tout.

Je ne pense pas qu’il puisse guérir, mais je pense qu’il a besoin de mes sœurs et moi pour continuer de vivre.

Accepter d’avoir un père qui souffre d’alcoolisme, ce n’est pas évident. Bien sûr, je suis souvent triste en pensant à celui qu’il aurait pu être, à ce qu’il aurait pu vivre si l’alcool n’était pas si présent. Pourtant, tant qu’il n’acceptera pas sa maladie ou souhaitera en guérir, je ne pourrai rien faire pour lui. Sauf, peut-être, être là, répondre à ses appels, le voir une fois par mois. Et veiller à ne pas couper ce dernier lien, si fragile, qui nous unit encore.

* Nom connu de la rédaction.


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