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Mes journées sont trop courtes!

Et c’est au retour de la belle saison qu’elles sont les plus rudes. Je suis debout tous les matins à 4 h 30, pour traire à la main mes trois vaches et ma trentaine de chèvres à Charrat, à une poignée de kilomètres de chez moi. Une fois le fumier dégagé, les bêtes, affouragées, les cabris, nourris au biberon, un rapide tour des parcs s’impose pour contrôler les ânes et les juments. Puis je rentre dare-dare à la maison, expédie le petit-déjeuner avec les enfants… Et ma journée à la vigne peut débuter. Un travail en continu, heureusement entrecoupé par le dîner familial. En fin d’après-midi, je retrouve mes biquettes. Pendant la traite, les coquines me font les poches et me chahutent affectueusement. C’est notre moment à nous.

Après ça, à 19 heures, dans la petite fromagerie qu’abrite notre maison familiale de Fully, je filtre le lait, j’encaille, je démoule la production de la veille et je nettoie mes installations. Avec le secret espoir de pouvoir me poser avant 21 heures dans la cuisine. Ma vie est ultracadencée. D’autant que mes chiens, chats, poules et lapins ont aussi besoin de soins. Mon compagnon n’est jamais avare d’un coup de main, ni nos enfants âgés de 12 et 9 ans, débrouillards et serviables. Surtout quand il s’agit de donner le biberon à «Hermine», ce minuscule cabri, trop faible pour s’en sortir tout seul, qui dort sur une couverture dans le salon…

J’ai toujours rêvé de vivre entourée d’animaux

A 15 ans, je n’avais plus envie d’école. Je me suis laissé diriger par mes parents vers un apprentissage d’aide dentaire. Un métier par obligation. Sans joie. Six ans plus tard, je faisais la belle rencontre de ma vie: Christian. Il m’a encouragée à choisir une activité qui me donnerait chaque matin l’envie de me lever avec entrain. J’ai alors répondu à l’appel des bêtes en effectuant un CFC de gardienne d’animaux. J’avais 23 ans. Je suis allée chercher mon diplôme avec notre fille Emeline dans les bras. Puis j’ai jonglé entre deux boulots, un cabinet vétérinaire à Sion et une pension chatterie à Martigny, notre petiote étant gardée par l’une ou l’autre de ses grand-mères.

J’étais enceinte d’Ethan lorsque j’ai mis un terme à ce cumul d’emplois, le temps de me remettre en question. Deux ans plus tard, j’étais prête! Je me suis lancée dans un CFC à l’Ecole d’agriculture de Châteauneuf-Conthey, suivant le cursus et faisant des stages pratiques avec, heureusement, la compréhension des patrons. Deux étés de suite, j’ai travaillé trois fois par semaine, du lever au coucher du jour, dans une exploitation de vaches d’Hérens, à Vollèges. Une expérience passionnante qui m’a vite fait comprendre que le travail de manutention serait bien trop conséquent pour une femme seule avec enfants.

J’ai finalement trouvé ma voie…

… avec les chèvres, des «vaches miniatures» au caractère belliqueux, comme les Hérensardes. Ça me plaisait. D’où l’idée d’un troisième stage. Dans une exploitation de chèvres laitières, à Grimisuat. Dans la foulée, j’ai négocié une formation complémentaire de fromager d’alpage. C’était rude. Je venais d’acheter mes premiers animaux et devais me lever encore plus tôt chaque matin pour m’en occuper. Mais tout a bien fonctionné. A 31 ans, j’étais la première maman agricultrice diplômée. Une victoire pour toute ma famille!

Mais fabriquer du fromage ne coulait pas de source. J’ai commencé très modestement. Il me fallait prendre mes marques, tester et chercher sans me décourager. Pour augmenter mon revenu, je travaillais quelques heures par semaine dans une épicerie du village. En mars 2011, je me suis fixé un nouvel objectif: les marchés de Fully et Vevey. Je suis aussitôt partie à la rencontre d’artisans valaisans fabriquant des fromages et des jus de fruits, pour étoffer ma gamme de produits.

Obtenir une place fixe à Vevey n’était pas gagné d’avance. Nous devions nous annoncer chaque samedi à 5 h 30 et patienter deux heures pour l’attribution d’un espace. Là aussi, pas question de renoncer. Au bout d’une quinzaine de samedis, nous étions intégrés dans l’organisation du marché. J’ai tout de suite adoré cette ambiance de souk, avec les marchands qui s’interpellent d’une échoppe à l’autre, les badauds de tous horizons, les locaux, ceux qui traversent le Léman en bateau, ceux qui viennent de Chine et d’ailleurs… Leur raconter l’histoire de chaque produit, les intéresser à une production biologique de proximité se révélait tellement excitant!

Une passion, ça se partage

J’ai spontanément accepté d’accueillir des groupes d’enfants de 7 et 9 ans, dans le cadre des passeports vacances. Au programme de ces journées estivales: les multiples facettes d’un élevage de chèvres; traite, reproduction, rôle des cornes, hiérarchie des bêtes… avec dégustation de lait et de fromage de chèvre pour clore ces échanges.

L’an dernier, dans le cadre du Cycle d’orientation de Leytron et à l’invitation du prof de cuisine, j’ai expliqué aux ados l’intérêt d’une production de proximité pour les sensibiliser à la provenance et la qualité de ce qu’ils mangent au quotidien. La semaine suivante, ils sont venus à la ferme vivre l’expérience agricole sur le terrain. Il faut savoir donner de son temps, c’est important…

Ce printemps, tout a failli basculer

Mes installations ne concordaient pas avec les nouvelles cartes de danger des crues du Rhône! J’ai donc été mise en demeure de construire, dans de brefs délais, un rural en béton pour mes chèvres. Le malheur, c’est que si je n’ai aucun souci pour faire tourner ma ferme, les fonds nécessaires pour ces travaux, eux, me faisaient cruellement défaut…

Fin février, j’ai lancé un appel au secours sur Facebook. Il a suscité un immense élan de solidarité: j’ai reçu des dons de toute la Suisse romande, ainsi que des propositions d’aide concrète pour les travaux. Me voilà engagée dans une nouvelle bataille… Car j’ai mis trop de cœur dans cette exploitation pour que tout s’arrête. Vivre sans mes animaux, moi? Impossible! Je multiplie donc les démarches, je suis sur tous les fronts à la fois. Et, si tout va bien, la nouvelle chèvrerie sera sous toit l’année prochaine...

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