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De par mon métier, j’ai toujours pris soin de ma santé

Je ne buvais pas, ne fumais pas et accordais beaucoup d’importance à la diététique. Je faisais de l’équitation, du judo, du vélo, de la course à pied. Et pourtant, à l’âge de 45 ans, sans le moindre signe avant-coureur, j’ai été terrassée par un accident vasculaire cérébral. Autant dire que j’ai failli mourir en bonne santé! Je me suis réveillée une nuit de 2005 en souffrant de vertiges, de nausées et d’un violent mal de tête. J’ai senti que quelque chose n’allait pas et j’ai demandé qu’on m’emmène à l’hôpital. Les médecins ont d’abord cru à une gastro ou à un empoisonnement, à cause des champignons que j’avais mangés la veille. Mais après trois jours ils m’ont envoyée au CHUV à Lausanne. Les deux artères qui irriguent le cervelet s’étaient rompues. C’était un AVC. La situation était si grave que les médecins n’ont pas voulu prendre le risque de m’opérer. J’ai passé un mois dans un semi-coma. Le côté gauche de mon corps était paralysé. La moitié de mon visage ne bougeait plus.

J’étais dans mon lit, impuissante, comme une tortue couchée sur le dos

Quand j’ai repris mes esprits, je n’avais aucune idée du temps qui venait de s’écouler. Je ne trouvais plus mes mots. Quand je croyais parler, les autres ne me comprenaient pas. J’étais incapable de marcher et même de manger, car je n’arrivais plus à déglutir. Le jour où j’ai réussi à avaler un Tam-Tam, ça a été une victoire, il m’a fallu deux heures! Pendant trois mois je me suis déplacée en chaise roulante. Puis j’ai réappris à marcher. J’ai passé des années en rééducation, avec des séances d’ergothérapie et de physiothérapie de plusieurs heures chaque jour, en vomissant souvent après coup, tellement les efforts étaient intenses.

C’était très dur, du sport de haut niveau

D’ailleurs ce n’est pas fini, six ans plus tard. Honnêtement, si j’avais su auparavant à quel point c’était pénible, je n’aurais pas eu le courage d’aller de l’avant et je me serais probablement laissé couler. Après un AVC, on doit complètement reformater sa disquette! Il faut se réapproprier les gestes les plus élémentaires: à quoi servent une balayette et une ramassoire? Comment les utiliser? L’aide et la patience des proches sont déterminantes. Ma mémoire ne fonctionne plus très bien. Avant, je n’avais pas besoin d’agenda. Aujourd’hui, je suis obligée de tout noter, même les choses les plus banales. Quand je lis un journal, j’oublie ensuite ce que j’ai lu. Mon élocution est bonne la plupart du temps, mais je peine parfois à trouver les mots justes. Quand il fait trop froid ou que je suis sous le coup d’une grosse émotion, je ne peux plus parler. Je n’ai pas non plus la force de crier, par exemple pour encourager mon fils pendant un match de rugby, car les muscles de ma gorge ne m’obéissent pas.

J’ai appris à revivre autrement

Cela peut paraître surprenant, mais je pense que cet AVC s’est produit au bon moment. Sinon j’aurais continué à travailler comme une dingue. Avant, en tant que naturopathe, je m’occupais de mes patients, de ma famille, ainsi que d’une association que j’ai contribué à créer en faveur d’un orphelinat au Laos, où je participais à deux missions par an. J’ai sans doute été influencée par l’esprit bouddhiste de ce pays, sinon j’aurais été plus révoltée par ma situation. J’ai appris à donner du temps au temps. Mon regard a changé sur certaines choses. Je mange plus librement et bois un verre de temps en temps. J’ai compris que le risque zéro n’existe pas. Je veux vivre intensément. Je suis à l’AI à 100%. Les problèmes d’équilibre et de déglutition subsisteront à vie. Je fatigue vite. Je ne sens pas le chaud et le froid, raison pour laquelle il y a plusieurs thermomètres à la maison; ce sont souvent les amis qui me disent de me couvrir ou d’enlever une couche de vêtements. Mais je ne m’en tire pas trop mal. Grâce à ma condition physique et à mon bagage de thérapeute, j’ai redéployé ma vie. Je ne peux plus de faire de vélo, alors je fais du tricycle électrique. Chaque jour, je fais au moins une heure de sport. Je vais souvent marcher dans la forêt. Je pratique le tir à l’arc et la natation. Je donne aussi des cours bénévoles de français. J’ai fait des stages d’improvisation et me suis même initiée à la pratique du saxophone. Certaines de mes amies me disent qu’elles sont un peu jalouses de la vie que je mène. Je les comprends…

Je voyage beaucoup... J’adore voyager

Comme je n’ai pas les contraintes des gens qui travaillent, je peux acheter mes billets d’avion à bas prix. On dit que les voyages forment la jeunesse, mais ils forment aussi les handicapés! Cet hiver, j’irai au Laos avec une amie. Ensuite, je me rendrai chez des amis en Thaïlande, où je passerai un mois. Cette année, j’ai été invitée en Argentine par les familles de deux étudiants, des joueurs de rugby dont j’ai fait la connaissance par le biais de mon fils. Récemment, j’ai fait un truc de fou. J’ai participé dans le Jura français à un raid organisé pour des personnes valides accompagnées de personnes handicapées. Un raid effectué à pied, à vélo, en tyrolienne et en canoë.

Pendant ce week-end, on s’est dépassés!

Et sur le plan sportif, il n’était pas toujours facile de distinguer les gens handicapés de ceux en bonne santé. D’ailleurs, d’une manière générale, un des problèmes des personnes ayant subi un AVC est que leur handicap ne se voit pas. J’ai l’air d’être en bonne santé. Comme j’ai des problèmes d’équilibre, je me munis toujours d’une canne quand je me déplace en bus, en train, ou que je me promène en ville. Cela m’évite probablement de me faire bousculer, mais apparemment cela ne suffit pas: comme je donne l’impression d’être solidement campée sur mes jambes, aucun passager ne me cède sa place dans les transports publics. Je fatigue vite. Je rêverais de retravailler, mais c’est impossible: au bout d’une heure d’activité, j’ai besoin de me reposer pendant une heure. Le soir, je suis tout juste bonne à regarder la télévision… ou plutôt c’est la télévision qui me regarde! Mais il est important que je continue à me dépenser physiquement. Si je ne bougeais pas pendant un certain temps, mes capacités baisseraient et il faudrait que je fasse à nouveau de la rééducation. Pour rester en forme, il est indispensable que je continue à stimuler mon organisme.

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