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La première fois que j’ai pris l’avion, j’avais 8 ans

Fascinée, j’ai découvert le tarmac, décollé, volé, tout ça sans peur. L’insouciance de l’enfance… Vers mes 12 ans, avec ma famille, nous sommes partis en Italie, en avion. Avant de monter dans l’appareil, j’étais déjà inquiète. De nature, il faut dire que je suis anxieuse, voire angoissée, et je me sens vite désécurisée face aux soucis du quotidien. Les changements, et notamment les départs, me posent problème.

Ce jour-là, le décollage, tellement bruyant, m’a terrifiée. Dans ma tête, j’essayais de rester collée au sol et je m’en suis sentie comme arrachée. Mille questions me traversaient la tête: quels sont tous ces bruits? Comment peut voler un truc si gros? Ensuite il y a eu des turbulences, et j’ai eu l’impression qu’on allait se crasher à tout moment…

Depuis ce vol, ma peur n’a fait qu’augmenter

Mais je me suis forcée à continuer à voyager en avion car j’avais envie de voir le monde. Je m’inventais des superstitions, style «il y a trop d’enfants dans la salle d’attente, ça ne serait pas juste qu’on tombe» ou «un crash sur un vol Genève-Londres ne fait pas un titre de journal», etc.

Et puis à l’automne 2012, j’avais 18 ans à l’époque, il y a eu ce vol de retour des USA. Nous survolions New York, pris dans une grosse tempête. L’avion bougeait si fort que j’ai vraiment cru qu’il tombait et que j’allais mourir. J’ai pleuré non-stop jusqu’à Londres, me recroquevillant au fond de mon siège pour ne pas déranger le personnel de bord. C’est suite à ce trajet que ma mère m’a inscrite au stage «Voler sans peur», à Genève. Sauf que, dans un premier temps, je ne l’ai pas fait. Je n’étais pas prête à me confronter à ce problème… ni à mes problèmes en général. Une année plus tard, j’ai commencé des études à l’Université de Genève, cela ne m’a pas convenu et j’ai arrêté. Ça a été le déclic: il fallait que je m’occupe de moi, que je règle mes angoisses, que je m’attaque aux causes de mon anxiété afin de trouver ma voie.

Des explications apaisantes

Le stage a fait partie de mes résolutions. A l’inscription, on m’a expliqué que 98% des personnes repartaient libérées, mais bien sûr, je me suis vue parmi les 2% restants! Le programme se déroule sur trois jours, à l’aéroport même, et regroupe environ quinze participants. La première journée, chacun de nous a exprimé ses craintes et raconté ses scénarios catastrophe. J’ai réalisé que d’autres personnes avaient les mêmes terreurs que moi, voire des angoisses plus grandes, alors que j’avais toujours eu l’impression d’être seule à avoir peur… Le formateur a classé ces récits par genre: technique, météorologique, etc. Un pilote a ensuite repris chaque scénario et démontré leur absence de réalisme. Il a dessiné un réacteur pour nous détailler son fonctionnement, expliqué le phénomène de portance et donné la signification des divers bruits produits par l’appareil.

Nous avons aussi visité un Airbus A330 au sol. Dans le cockpit, j’ai appris qu’un avion ne traverse jamais un orage puisque l’écran du radar météo indique comment le contourner, et que tous les systèmes sont sécurisés en double et parfois en triple. Un crash ne se produit que suite à une combinaison très rare d’erreurs techniques et humaines, d’où la très faible probabilité d’accident comparée à tous les autres moyens de transport. En cabine, le formateur nous a invités à nous asseoir dans les sièges et nous a montré comment nous y sentir à l’aise. Le deuxième jour, on nous a enseigné différentes techniques pour bien rester dans le moment présent, et ne pas laisser son cerveau cogiter. Respirer, bien sûr, et aussi faire claquer des élastiques sur les poignets ou confectionner des scoubidous… Pour un vol long-courrier, on nous a conseillé de préparer ses occupations heure par heure afin de brider son imagination. Nous avons également travaillé sur les superstitions afin de prendre de la distance avec ce que l’on avait pu lire et entendre en matière de problèmes ou de catastrophes. Enfin, un contrôleur aérien nous a donné des chiffres sur les vols quotidiens. C’était très rassurant.

Le grand saut

A la fin de la deuxième journée, d’anciens phobiques sont venus témoigner de leur nouveau rapport à l’avion. Parmi eux, chacun de nous a choisi un ou une coach. La mienne était une jeune fille qui avait, depuis lors, travaillé un été comme hôtesse de l’air sur des vols long- courriers d’une grande compagnie aérienne!

Le dernier jour, nous avons fait le «grand saut»: Genève-Zurich et retour. A mes côtés, ma coach anticipait toutes mes inquiétudes et m’encourageait à regarder le sol par le hublot: il restait stable… Ce trajet a été un sacré moment pour moi, j’acceptais enfin d’être en l’air. Je me suis levée pour marcher entre les rangées et j’ai même distribué des chocolats aux passagers! Je n’en revenais pas.

Les personnes qui n’ont pas osé prendre l’avion pendant des années vivent une vraie révélation avec ce genre de stages. Pour ma part, j’ai dû continuer à travailler sur mes peurs, la meilleure méthode étant de voler le plus souvent possible, en commençant par des petit-courriers, et je voyage désormais avec plaisir. Une fois qu’on a suivi ce cours, qui coûte environ 1000 francs, on reste inscrit à vie et on peut y retourner aussi souvent que l’on veut. Une véritable communauté d’entraide s’est ainsi créée. Avant un voyage, on peut par exemple poser des questions via notre forum privé: un pilote répond tout de suite. Sinon, par SMS, d’anciens participants prodiguent leurs encouragements. Moi-même, je suis devenue coach, ce qui est un très bon exercice car accompagner un phobique vous oblige à assurer. Et puis un jour, j’ai eu la chance de me trouver dans le cockpit au moment de l’atterrissage et ma peur s’est définitivement muée en fascination.

En mai dernier, un ami m’a installé une appli sur mon portable

Le profil d’un garçon, aux commandes d’un avion, m’a intriguée. C’était Fabien, pilote de ligne, qui, par ce drôle de hasard et peut-être aussi par ironie du sort, est devenu mon compagnon. Il m’emmène de temps en temps dans un petit monomoteur. J’ai une confiance totale en lui, j’ai fait des check-lists de décollage, tenu les manettes et, surtout, l’ai accompagné pour son renouvellement de licence: l’instructeur a testé ses compétences en matière de procédure d’urgence par la simulation d’une panne de moteur!

J’oscille toujours entre le stress de céder à la crise de panique et l’excitation de voler, la lisière entre les deux étant très ténue. Mais ce que j’ai compris, avec ce stage, c’est que ma peur de l’avion était liée à des blocages dans mon mode de fonctionnement global. Décoller, c’est lâcher prise, accepter de partir. J’ai l’impression maintenant d’être devenue une experte. Et de m’être trouvée. D’ailleurs j’ai repris des études et j’en suis ravie.

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