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J’ai longtemps cru que je n’aurais pas d’enfant

Etant homosexuel, j’en avais fait le deuil. Mais à l’approche de la trentaine, le désir d’en avoir un s’est fait sentir. Envie de stabilité? De laisser une trace de moi sur terre? Je ne sais pas. Je voyais mes amis se caser, fonder des familles, alors que je vivais dans un autre monde, où l’éphémère est érigé au rang de culture, où les échecs affectifs sont légion.

C’était une période difficile. Je n’avais pas trop le moral. Un jour, sur internet, je suis tombé sur l’annonce d’une femme recherchant un donneur de sperme. Je l’ai contactée, sans trop réfléchir. Durant deux ans, je lui ai apporté chaque mois mon petit pot dans un parking. Je ne connaissais que son prénom et son numéro de portable.

Et puis, je n’ai plus eu de nouvelles

J’ai voulu la joindre, mais elle avait pris soin de tout verrouiller. Une année plus tard, elle me rappelait pour m’informer que cela avait fonctionné. J’ai réalisé que j’étais le papa d’une petite fille… que je ne verrai et connaîtrai jamais. Cela a été une véritable claque. J’ai beaucoup souffert durant les mois qui ont suivi. Ai-je voulu panser mes plaies?

En tout cas, quelque temps plus tard, j’ai découvert l’annonce d’un couple de lesbiennes cherchant un donneur. Je les ai aussitôt contactées. Cela peut paraître irraisonné et rapide, mais je voulais absolument être papa et, pour moi, c’était la seule possibilité. D’entrée, je leur ai parlé de ma précédente expérience, leur expliquant que je tenais à avoir une place dans la vie de mon enfant.

La compagne de la future mère a refusé, craignant d’être exclue

Après plusieurs échanges, elles ont fini par accepter à condition que je me fasse passer pour le parrain, et non pour le père. Cela impliquait que je ne le reconnaisse pas. Obnubilé par mon désir d’enfant, j’ai accepté, pensant que ce serait gérable. Après tout, rien ne m’empêchait un jour de dévoiler à mon enfant la vérité.

Cette fois, tout est allé très vite. A la quatrième tentative, elle est tombée enceinte. Il s’agissait même de jumeaux. J’étais transporté de joie. Elle a accouché d’un petit garçon et d’une petite fille en septembre 2011. C’est là que les problèmes ont commencé. Après la naissance, j’ai eu droit à mon quart d’heure de visite à l’hôpital, bien après le reste de la famille. Cela m’a profondément blessé de passer en second, alors que j’étais le papa. Quand j’ai enfin pu prendre mes enfants dans les bras, la magie a opéré: j’ai su que je pourrais donner ma vie pour eux. J’ai aussi compris, face à l’attitude exclusive des deux femmes, que ça allait être compliqué.

Les semaines qui ont suivi, je n’ai plus pu voir mes enfants

J’ai parlé plusieurs fois avec la maman au téléphone qui m’a dit que je n’étais pour eux qu’une «paire de couilles». Je n’arrivais pas à y croire: je revivais la première histoire, en pire. Finalement, elle a accepté de fixer des dates pour que je les voie une fois par mois mais chez elle. A chaque fois, je me suis senti épié, renié dans mon rôle de père. C’était très dur à vivre. Il fallait que je réagisse, sinon j’allais définitivement les perdre.

Contrairement à ce que nous avions convenu avant la naissance, j’ai décidé de les reconnaître. J’étais conscient que cela n’allait pas améliorer mes relations. Mais vu l’amour que j’éprouvais pour mes enfants, je sentais que je n’allais pas être capable de m’en tenir au rôle de parrain. Je craignais aussi que la compagne de la maman puisse, un jour, si la loi change, les adopter et que je sois ainsi rayé de leur vie.

Je les ai reconnus le 5 janvier 2012

Elles ont fait bloc contre ma démarche en m’empêchant d’approcher les enfants durant trois mois. Finalement, par l’intermédiaire d’un curateur, nous avons conclu une convention: la première année, j’ai pu voir les petits une heure toutes les deux semaines dans un endroit neutre et protégé; puis jusqu’à l’âge de trois ans, un petit peu plus… Quand j’ai fait remarquer que c’était peu, on m’a rétorqué que je pouvais m’estimer heureux. D’autres n’avaient pas obtenu autant.

J’ai réalisé à quel point les pères n’avaient aucun droit sur leurs enfants dans notre société. A quel point nous ne sommes pas considérés. Alors que je me bats pour avoir une place dans la vie de mes enfants, je n’ai aucun soutien. Que ce soit du côté de la mère, des services sociaux ou de la justice. On m’a même dit: «Vous êtes conscient d’être un intrus: vous n’avez pas de place dans ce couple de femmes?» En repensant à ces paroles, j’ai encore de la peine à contenir ma colère et ma révolte.

Je suis le père. Je les aime. Je les ai reconnus

Je paie aussi chaque mois une pension. Mon désir est légitime. Exclure un des parents, c’est nier la moitié de l’enfant. Les histoires d’enfants de père ou de mère inconnus partant à la quête, à l’âge adulte, de leurs origines sont là pour le prouver. Or on me traite comme si je commettais un crime de lèse-majesté. Comme s’il aurait été préférable que je m’en désintéresse.

Les sentiments d’injustice et d’impuissance sont tels qu’il m’arrive parfois de vouloir baisser les bras. Je pense que si certains pères le font, c’est pour ne pas péter les plombs. Aujourd’hui, j’essaie de profiter de mes enfants au maximum. Mes semaines sont conditionnées par nos retrouvailles. Malgré le peu de temps à disposition, j’ai réussi à créer un lien avec eux. Ils m’appellent «baba» en souriant, ça me fait chaud au cœur.

J’oublie alors tout et me dis que j’ai raison de persévérer

Chez moi, j’ai une chambre pour les accueillir. Je ne l’ai pas encore meublée, par superstition. Mais il me tarde de les avoir les week-ends, durant les vacances pour passer du temps avec eux. Est-ce que j’ai des regrets? Si c’était à refaire, je n’accepterais plus d’être le parrain. Je serais le papa ou rien. Etre clair dès le départ, ça évite de se déchirer par la suite. Il n’y a rien de pire que la confusion des rôles. C’est d’ailleurs pour cela que, bien qu’homosexuel, je suis opposé à l’adoption des enfants par des couples du même sexe.

Par contre, je connais deux couples, deux hommes et deux femmes, qui ont réussi à faire un enfant ensemble. Il n’y a qu’une seule maman et qu’un seul papa. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de place pour les conjoints, qu’ils ont moins d’importance. Chacun a sa place. L’enfant peut ainsi trouver son équilibre. Et c’est finalement ce qui importe le plus.

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