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Un éloge qu’on nous fait, un regard amoureux qu’on nous adresse, un reproche qu’on nous exprime ou une simple question qu’on nous pose en public suffit. Brutalement, notre cœur s’emballe, une chaleur nous envahit, des gouttes de sueur perlent et – inutile de se regarder dans un miroir pour en avoir la certitude – notre teint est écarlate. «Ce rougissement est dû à une dilatation des vaisseaux capillaires du visage et à une augmentation du flux sanguin», explique le Dr Olivier Gaide, responsable de l’unité d’onco-dermatologie du CHUV. Le but de l’organisme: évacuer l’excès de chaleur et réguler la température corporelle. C’est pour cela que le même rougissement est constaté en cas d’effort physique ou d’exposition à une chaleur importante.

Un mécanisme inné de protection

Mais pourquoi ce phénomène lors d’émotions fortes? Parce que la vasodilatation est l’une des réactions du système nerveux sympathique: «En cas de danger, détaille le Dr Olivier Gaide, ce système nerveux a pour fonction de préparer le corps à l’action, c’est-à-dire à la fuite ou à l’attaque, via, notamment, la sécrétion d’adrénaline. D’où une augmentation du rythme cardiaque, de la tension artérielle, mais aussi de la taille des vaisseaux sanguins pour une meilleure irrigation du sang: tout cela nous permet en fait de courir plus vite!»

Une hypersensibilité «physiologique»

Reste une question: pourquoi des situations aussi diverses que l’embarras, la honte ou le plaisir peuvent être vécus comme des menaces? Dès 1872, dans son ouvrage «L’expression des émotions chez l’homme et chez les animaux», Charles Darwin avançait une hypothèse en accusant «la crainte du jugement, bon ou mauvais, d’autrui». Or, selon notre personnalité et notre histoire individuelle, nous ne sommes pas sensible de la même façon au regard des autres. Cela expliquerait que, si nous pouvons évidemment tous rougir, certains d’entre nous sont bien plus concernés par le «piquage de fard», comme on dit. Pour autant, le Dr Gaide refuse de classer ces individus dans la catégorie des grands émotifs: «Les personnes ayant une forte tendance au rougissement n’ont pas plus de difficulté que les autres à gérer leurs émotions, c’est simplement que, pour des raisons génétiques et d’autres – tout aussi physiologiques mais qui nous échappent encore actuellement – elles ont une réaction de vasodilatation plus importante en cas de stress.»

De l’embarras à la phobie sociale

En revanche, cette tendance naturelle peut devenir une source de tension qui entretient le phénomène. Car si beaucoup sont attendris par le rougissement, bien d’autres le vivent comme un handicap qui nuit à leur crédibilité et met à mal leur confiance en soi. La seule idée de rougir peut alors générer une véritable phobie, l’éreutophobie, capable de réduire à néant la vie sociale de ceux qui en souffrent.

Apaisement et camouflage

Afin d’enrayer le problème, le dermatologue Olivier Gaide explique qu’il est «d’abord essentiel que le patient comprenne le mécanisme à l’œuvre», pour cesser de culpabiliser, et donc de stresser et rougir… Des conditions relevant du mode et de l’hygiène de vie sont aussi à connaître: éviter les endroits surchauffés, boire beaucoup d’eau, ou encore pratiquer régulièrement un sport – afin de faire baisser la pression artérielle. Ensuite, apprendre à gérer son stress grâce à l’hypnose, la sophrologie, la relaxation, la méditation ou encore les thérapies cognitives et comportementales… «Cela ne réglera pas le problème de base du rougissement, mais cela aidera à enrayer le cercle vicieux qui fait que «plus je rougis, plus j’ai honte, et plus j’ai honte, plus je rougis.»

Autre «truc» à connaître: un maquillage à base de vert permet de camoufler les rougeurs. Au CHUV, une maquilleuse fournit des conseils pour l’appliquer.

Des interventions plus conséquentes

Un traitement au laser est aussi envisageable, cela dans le but de faire disparaître les vaisseaux visibles à l’œil nu, notamment en cas de rosacée (ou couperose). Cette maladie de la peau s’accompagne en effet toujours d’une tendance au rougissement.

Si ces diverses approches s’avèrent inefficaces, le médecin peut conseiller un traitement à base de brimonidine. Cette substance bloque les effets de l’adrénaline mais en se limitant à une application locale, donc sans effets secondaires. Son efficacité est de 12 heures en continu. Disponible en France, elle le sera très prochainement en Suisse.

Enfin, une opération existe, la sympathectomie, également proposée en cas de transpiration excessive: elle consiste à pincer, ou couper, une partie du nerf sympathique. «C’est une lourde intervention chirurgicale, chère, non remboursée et qui comporte des risques d’effets secondaires», prévient le Dr Gaide, qui la déconseille. Avant d’en arriver là, sachons que la meilleure façon d’éliminer ces rougissements est de ne pas leur prêter attention. Ou, à l’inverse, d’en parler et d’en rire avant que les autres ne le fassent!

Pratique: 3 exercices à tester avant d’affronter une situation stressante

1. Debout, pieds écartés à largeur du bassin, mains le long du corps, épaules et visage relâchés, yeux clos, sentez le corps s’enraciner, solide mais détendu. Observez votre respiration: où la ressentez-vous le plus? Est-elle lente, rapide, saccadée? Vous sentez-vous balancer? Cet exercice, à faire 3 à 5 minutes, permet de revenir à soi, se calmer et prendre confiance. 2. Dans la même posture debout, mais yeux ouverts, inspirez longuement par le nez. Bloquez le souffle en contractant les bras et en fermant les poings quelques secondes. Expirez par la bouche, fort, en décontractant les bras et en secouant les mains. Faites 3 à 5 fois l’exercice. Il aide à libérer colère et stress. 3. Assis ou debout, tapotez le haut du thorax énergiquement avec le bout des doigts des deux mains, comme si vous faisiez du piano. En même temps, expirez par la bouche profondément. A faire 1 à 3 minutes, pour se débarrasser des tensions. Terminez en revenant à l’exercice No 1.

Illustrations: Sylvie Pinsonneaux/Comillus

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