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Dans un bistrot, mon interlocuteur porte une matraque à sa ceinture. Lorsque, bouche bée, je repère l’arme, il me dit que c’est pour rétablir la justice. Quand des jeunes frappent une vieille dame, il intervient pour apporter, me confie-t-il, un peu de paix sociale. Mais qui décide si notre cause est fondée et équitable? Comment être un loyal et prudent redresseur de torts? J’en connais des légions et, moi le premier, qui glosent sur les abus qui déchirent le monde sans jamais se mouiller. Le Zorro qui me fait face m’interroge: serais-je un lâche? Qu’est-ce que je fais pour que dans la société sévissent moins d’inégalités? En me quittant, il me dit qu’il assistera à la messe du Pape. Se rend-il compte, ce croyant pas comme les autres, qu’il me touche? J’aime son espérance et sa charité. Dieu vomit les tièdes. François vient en Corée du Sud et c’est le branle-bas de combat et une liesse de joie qui fait plaisir à voir. J’avoue que je l’admire. Pas un jour ne passe sans que je ne prie pour l’homme en blanc et il me plaît que la Terre porte une si puissante lumière. Chacun a besoin de ses héros. Les miens: Jean XXIII, le Pape François, Maître Eckhart, le Bouddha, Jésus… Rien de moins. Pour nous tirer vers le ciel sans que l’on se casse la gueule, il est bon, plus que de modèles, d’avoir des références, sortes d’échelles qui nous aident à gravir plus haut que nous, à nous dépasser ou plutôt à descendre pleinement vers qui nous sommes vraiment, en vérité.

A propos de Jean XXIII, j’ai remué ciel et terre pour dénicher son «Journal de l’âme». Ces pages magnifiques, en effet, n’ont pas fini d’apaiser mes esprits. La bonté y est contagieuse, la paix aussi. Dix téléphones avec les amis en Suisse, autant d’e-mails, comment me procurer ce livre magique? Un ange gardien, très avisé, me conseille alors d’essayer à la bibliothèque de l’Université. «Tu es complètement dingue? Jean XXIII, en français, à Séoul?» Peu importe, je m’y rends et je tombe nez à nez avec un ouvrage défraîchi. Il est bel et bien là. Remarquable enseignement: ce que je cherche dans le lointain se trouve tout près, à portée de main. En irait-il semblablement de la joie, de la paix, du calme?

Avec la venue du Pape, j’ai aussi relu «Frère François» de Julien Green. Un peu exalté, au milieu de la nuit, je réveille ma femme. J’ai envie de tout plaquer, de me donner entièrement aux pauvres, de suivre le Saint. Mon épouse, très pragmatique et connaissant bien la bête, répond: «Retourne vite te coucher et si demain tu as toujours l’envie de sauver la planète, vas-y à fond!» Avec le sommeil, c’est l’enthousiasme qui s’est endormi. Les habitudes sont vite revenues et mon élan altruiste est un peu mort dans l’œuf. Au déjeuner, ma femme me dit: «Alors saint François, tu vas faire quoi aujourd’hui pour les autres?» Et si, emprunter la voie du Poverello, l’imiter, c’était déjà commencer par pratiquer la générosité dans la queue d’un magasin? Etre patient, sourire, rester aimable? Cette bonté qui rayonne ardemment chez les saints et les sages, celle qui illuminait jadis le visage de Bouddha, n’est plus guère spontanée. Elle a besoin d’être retrouvée. D’où mon admiration pour ces grands cœurs qui ont un réel intérêt pour leur prochain et qui se donnent tout entier. Mais attention: soutenir, aimer réclame une immense liberté intérieure. Un maître zen me l’a récemment appris. Quand je lui ai rapporté qu’un homme en proie à des difficultés financières avait menacé un ami de se suicider s’il ne l’aidait pas, il me dit énergiquement: «Mais qu’il le fasse!» Ces mots furent salvateurs. Loin d’endormir la générosité, ils l’excitèrent davantage. En me montrant qu’on peut aller vers l’autre par pur narcissisme, pour se faire du bien. Ah la mauvaise conscience, ah la peur et la culpabilité égoïste! Pas à pas, à la suite de frère François et à l’exemple du nouveau Pape, je peux avec humilité, sans pathos et très concrètement me demander quelle est ma vocation aujourd’hui? Qui puis-je véritablement aider?

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