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Développement personnel

Comment guérir ses blessures d'enfance

Comment guerir son enfant interieur

«En 25 ans d'expérience dans l'accompagnement, les blessures les plus courantes que je rencontre sont la blessure d'abandon, la blessure de rejet et la blessure d'humiliation. Ce sont elles qui donnent à la personne le sentiment de n'être pas à la hauteur et donc d'avoir besoin de tout faire et de tout donner aux autres pour éviter d'être abandonnée.» - Geneviève Krebs

© Bruce Mars / Unsplash

FEMINA D'où est venue l'idée ou l'envie de consacrer un ouvrage à l'enfant intérieur blessé?
Geneviève Krebs
Plus qu'une idée, c'était une nécessité: une sorte de clé de voûte de la série de livres que j'ai écrite à propos de la dépendance affective [dont le best-seller Dépendance Affective, Ed. Eyrolles, 2018, ndlr]. En effet, sans un travail approfondi sur cette partie de soi blessée, il n'y a que trop peu de chance de maîtriser sa dépendance affective.

Comment se fait-il que nous puissions vivre des années, devenir adultes, évoluer dans notre vie, tout en conservant ces blessures d'enfance non ou mal guéries?
Nous sommes fait-e-s de plusieurs parties, telles que l'enfant intérieur, l'adulte ou encore le parent intérieur. Lorsque le travail sur la partie blessée de l'enfant intérieur est amorcé, la partie positive et bienveillante du parent intérieur s'affaire à reprendre en charge sa croissance, en la reconnaissant dans ses blessures, dans ses besoins, ses émotions et ses peurs, et en lui donnant de nouveaux points de repère pour s'autonomiser affectivement. Lorsque ce travail n'est pas abordé, l'enfant intérieur reste en mode «survie», faisant de l'ingérence dans notre vie d'adulte. Comment? En faisant tout pour éviter de se sentir à nouveau blessé, abandonné, rejeté ou humilié. Pour cela, il vous incitera par exemple à agir par la fuite, la dépendance, la victimisation, le comportement infantile, le surinvestissement pour l'autre, le contrôle et même parfois la manipulation.

Ce qui veut dire que vos choix et comportements d'adulte sont inconsciemment maîtrisés par votre partie infantile blessée.

À ce propos, vous écrivez que le problème principal réside dans ces schémas de survie mis en place au cours des années, et non pas dans l'événement blessant en lui-même: pourquoi ces mécanismes sont-ils si difficiles à identifier, à démanteler?
Oui, on ne peut pas changer le passé. Tout au plus, on peut agir sur la façon dont on le perçoit, mais pas sur les événements en eux-mêmes. En revanche, identifier les schémas de survie, ceux qui permettent d'éviter de souffrir à nouveau, ou au contraire ceux qui nous poussent à rejouer encore les mêmes situations, sont transformables. Ce qui est à retenir est qu'inconsciemment, le schéma mis en place va soit vous permettre d'éviter, soit de rejouer une situation. Ces points de repère (cités dans la question précédente) sont assez faciles à identifier dans nos comportements, surtout lorsqu'on constate une récurrence d'histoires qui se répètent, dans notre vie.

© Kate Hliznitsova / Unsplash

Mais l'étape la plus difficile dans ce «travail» à accomplir n'est-elle de retrouver l'accès à l'enfant intérieur? Comment apprendre à percevoir les messages parfois subtils qu'il nous envoie?
J'ai voulu par ce livre donner les pistes principales pour y parvenir par soi-même. En revanche, selon les blessures que vous avez vécues dans votre enfance et les traumas qui ont pu se rajouter au fil du temps, il peut effectivement s'avérer nécessaire de se faire aider. Il est un temps pour analyser et comprendre son fonctionnement. Ensuite, celui d'expérimenter la réparation de soi, les nouveaux comportements et actions plus alignées avec qui nous sommes. Lors de mes accompagnements, je jongle en permanence entre «thérapies brèves et coaching individuel», parce que la personne peut avoir besoin d'aide pour comprendre, prendre conscience et agir. Bien évidemment, tout cela doit se faire dans le but de la rendre, le plus rapidement possible, autonome et consciente de sa valeur.

Dans l'ouvrage, vous listez les différents types de blessures dont peut souffrir l'enfant intérieur. Quelles sont les plus courantes?
En 25 ans d'expérience dans l'accompagnement, les blessures les plus courantes que je rencontre sont la blessure d'abandon, la blessure de rejet et la blessure d'humiliation. Ce sont elles qui donnent à la personne le sentiment de ne pas être à la hauteur et donc d'avoir besoin de tout faire et de tout donner aux autres pour éviter l'abandon.

Certaines des personnes concernées s'imaginent qu'être abandonnées, rejetées ou humiliées est un état normal. D'autres, au contraire, vont éviter l'implication ou l'engagement par peur de le revivre. Mais la dépendance affective est le trouble le plus courant: dépendre de l'autre pour se sentir en sécurité et avoir sans cesse besoin de vérifier auprès de l'autre que tout ira bien, que l'autre me porte et m'estime, que l'autre est là et sera toujours là pour répondre à mes besoins. Autant de situations et de pensées obsessionnelles qui sont très difficiles à vivre pour le dépendant lui-même, comme pour son entourage. Ce n'est pas pour rien que j'ai consacré 4 livres à la dépendance affective et à la peur de l'abandon: elles représentent une souffrance pour de nombreuses personnes, bien évidemment à des degrés différents.

Vous écrivez qu'il peut être très néfaste de le rejeter ou de nier sa douleur. Comment faut-il réagir alors, lorsque nous prenons conscience de ces blessures?
Oui, il est néfaste de rejeter ou de nier cette partie en nous qui souffre. Le faire, c'est être soi-même à l'origine d'une réactivation supplémentaire de rejet, d'abandon ou d'humiliation. L'image à retenir est un peu comme si nous claquions la porte au né à cette partie de nous en lui disant «tais-toi! Je ne veux pas de toi. Tu m'embêtes. Tu ne devrais pas exister!». C'est un traitement très violent que nous nous infligeons alors. Au contraire, accueillir, reconnaître, comprendre, aimer, sécuriser, réparer, accompagner, encourager dans le changement, expliquer, enseigner, etc... sont autant de verbes qui donnent une idée de la meilleure façon de prendre en compte notre enfant intérieur blessé. Faites-le, vous aurez tout à y gagner.

© James Wheeler / Unsplash

Justement, dans la 2e partie du livre, vous décrivez le rôle du «parent réparateur»: qui est-il, et comment peut-on cultiver cette part de nous au quotidien?
Nous avons tous en nous une dimension que Jung appelle «le complexe parental» qui gère notre enfant intérieur blessé. C’est ce que je nomme pour ma part «le parent intérieur». Mais ce complexe parental compte également deux parties: l’une négative et l’autre positive. Lorsque je vous parle de parent intérieur réparateur, je m’intéresse à cette partie du complexe parental positif. Et vous allez vite comprendre pour quelles raisons! Le complexe parental négatif entretient la blessure de l’enfant intérieur en usant d’injonctions telles que «Tu n’as pas le droit», «Tu es nul», «Ça n’arrive qu’à toi», «T’es bon à rien», «C’est pas fait pour toi», etc. Il est la continuité de ce que vous avez entendu de la part de vos parents (ou autres personnes influentes), lorsque vous étiez enfant, ou résulte de vos propres croyances, suite à des blessures de rejet, d’abandon, d’humiliation, d’injustice ou de trahison. Il est en quelque sorte le parent qui punit et blâme, comme pourrait le faire le bourreau missionné pour une longue peine, afin de vous faire payer la culpabilité de ne pas être à la hauteur.

Cette partie négative du complexe parental brise, tranche et empêche, au lieu de laisser l’élan vital à l’enfant de progresser et de s’épanouir.

En revanche, l'intention que nous trouvons dans le complexe parental positif est totalement différente. Elle est orientée vers la reconnaissance, l'accompagnement, l'aide pour guider l’enfant intérieur afin qu’il puisse évoluer de façon saine, apaisante et constructive. Régulièrement et parfois même au quotidien, la partie blessée de l'enfant intérieur donne des signes et des occasions au parent intérieur réparateur d'agir. Souvent au travers de nos émotions parasites, principalement la tristesse ou la colère, mais aussi en cas de peurs et de comportements infantiles. En s'écoutant et en observant, il est relativement simple de s'en rendre compte.

Lorsque nous avons identifié le blocage dans notre développement émotionnel, il devient possible de le poursuivre: comment décririez-vous ce processus?
Il n'y a pas de processus standard. Chaque travail est personnel, de même que chaque accompagnement est individualisé, car chaque personne, de par qui elle est, de par son histoire et de ce qu'elle a pu en faire, est unique. Dans le livre, je pose dix étapes qui sont des incontournables dans le processus de réparation de notre enfant intérieur blessé. Elles sont toutes à adapter à soi. Les voici:

  • Je rencontre mon enfant intérieur blessé
  • Je l’apprivoise
  • J’apprends à le reconnaître au quotidien
  • J’apprends à lui transmettre de l’amour
  • J’apprends à le rassurer, à le sécuriser
  • J’apprends à le rendre autonome
  • Je le guide et lui apporte des enseignements en donnant du sens
  • Je lui fais découvrir sa propre valeur
  • Je transforme mes schémas
  • Je l’invite à penser à lui, parce que c’est essentiel.

Que diriez-vous à toutes les personnes qui craignent d'entreprendre ce processus par peur de se séparer de leurs mécanisme de défense, ou par peur d'entendre les messages de leur enfant intérieur?
En général, les personnes qui viennent à moi n'ont plus besoin que je leur dise quoi que ce soit pour les encourager à avancer dans ce sens de réparation et de reconstruction de soi. Elles sont arrivées à un point trop important de souffrance et sont «mûres», si j'ose utiliser cette expression, pour s'engager dans le changement et la transformation. Elles sont demandeuses, car sont à bout de leur système de fonctionnement et des histoires récurrentes qu'elles vivent.

Pour conclure, qui devient-on, lorsqu'on a «réparé» notre enfant intérieur?
On devient soi.

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