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Sans portable: Le luxe d’être injoignable

Pour beaucoup, c’est le mal du siècle. Car entre l’écran de l’ordinateur, de la télévision, de la tablette numérique et du smartphone, la cyberdépendance nous guette tous. Pratique raisonnée chez certains, enthousiasme chez beaucoup, l’utilisation de cette palette technologique peut tourner à l’addiction, avec son lot de conséquences plus ou moins dramatiques (état dépressif, désinvestissement des autres activités, etc.). Ne sommes-nous d’ailleurs pas tous nomophobes? C’est-à-dire effrayés à la seule idée d’oublier notre téléphone portable (de «nomobile-phone phobia»)...

Le problème L’an dernier, le Département bâlois de la santé a tenté une mini-expérimentation sur une classe d’adolescents: 24 heures sans être branchés, que cela soit à son iPad, son téléphone ou son ordinateur. Bilan: aucun des quinze jeunes n’a tenu le coup, trouvant chacun un prétexte pour aller sur internet! Ce résultat n’étonne guère les spécialistes. Une enquête récente menée par le Groupe de recherche sur la santé des adolescents du CHUV a relevé 5% d’usage problématique d’internet chez les jeunes Romands. «Mais les études portant sur ces phénomènes sont récentes, et nous manquons de recul pour en apprécier l’évolution», tempère Coralie Zumwald, psychologue au Centre du jeu excessif du CHUV.

La démarche d’Alexandre Vaudois de 36 ans installé à Buenos Aires, Alexandre fait partie de ces rares individus à avoir jeté leur téléphone portable. «J’y ai renoncé quand j’ai déménagé en Argentine. J’ai profité de l’occasion pour me défaire de cet appareil aliénant. Je n’arrivais pas à mettre des limites à mon utilisation, je me sentais constamment disponible, en alerte, suspendu au téléphone. Alors bien sûr, les gens disent: tu peux l’éteindre! Mais dans mon expérience, on finit par être possédé par la chose et non l’inverse.» Autour d’Alexandre, beaucoup ont trouvé sa décision bizarre. «Quand je dis que je n’ai pas de portable, il faut que je précise que ce n’est pas que je ne l’ai pas avec moi, mais que je n’en possède pas. En général, la réaction est celle-ci: «Ça doit être super, moi, je ne pourrais pas.» Les bénéfices qu’il en retire? La liberté de ne pas être disponible. «Et puis, éliminer un écran de ma vie, cela permet de regarder d’autres choses: quand je ne suis pas chez moi devant la télé ou l’ordinateur, je ne suis pas face à un écran, mais face à des gens, des voitures, des murs, aussi moches soient-ils. Et je ne compte pas, évidemment, l’avantage économique.»

Le commentaire de la psychologue A problème important, solutions extrêmes: aux USA ou en Asie se développent des offres de «digital detox», genre de jeûnes technologiques. «Je n’ai pas connaissance d’équivalents en Suisse romande, déclare Coralie Zumwald. L’imposture consiste à faire croire qu’il existe une «intoxication à internet» similaire à une addiction aux drogues, ce qui n’est absolument pas prouvé.» Mais au-delà de l’aspect marketing, la spécialiste y voit une initiation intéressante, à la condition que ces programmes soient conçus et animés par des professionnels compétents et capables de nuancer les messages.

Sans viande: la revanche des «mangeurs de graines»

«Dans un futur proche, plus personne sur cette planète ne mangera de viande pour des raisons pratiques, sanitaires, morales et éthiques.» C’est Aymeric Caron, journaliste à la crinière poivre et sel de On n’est pas couché sur France 2, qui le dit. Ce végétarien convaincu évoque carrément une «nouvelle phase de notre évolution» dans son livre No steak (Fayard, 2013). Signe des temps: l’assortiment de produits estampillés végétariens dans les supermarchés (à l’exemple de la gamme Délicorn de la Coop), ou le choix grandissant de plats garantis sans apport animal dans les restaurants. Les bistrots les plus trendy? Regardez bien: à Berlin, Paris ou Zurich, ils ont tous mis la viande à l’index.

Le problème Longtemps considérés comme des parias («Tu es végétarien? Tu manges quoi alors, des petites graines?»), les végétariens revendiquent aujourd’hui leur droit à la différence. A tel point que s’est tenue courant mai la première Veggie Pride internationale, à Genève. Avec le soutien, notamment, de Vera Weber, fille de Franz et végétarienne «outée». Pourquoi renoncer à la viande en 2013? Les raisons avancées par ces végétariens 2.0 sont souvent les mêmes: on met en cause les conditions d’élevage des animaux, les crises sanitaires (farines animales. ex.) ou de simples considérations environnementales. L’élevage animal serait en effet responsable de 70% de la déforestation et de 18% des émissions de gaz à effet de serre.

La démarche de Louise La Lausannoise Louise a arrêté la viande très tôt dans sa vie: «Il y a deux versions, celle de ma mère, et la mienne! Moi, je prétends n’avoir jamais beaucoup aimé la viande. Petite, j’en mangeais un peu, mais je n’en garde pas de bons souvenirs. Tandis que pour ma mère, j’ai arrêté d’en manger dès que j’ai compris qu’il s’agissait d’animaux!» A 37 ans, Louise se considère et se proclame végétarienne, mais avoue consommer du poisson, voire du poulet «uniquement de chez le boucher! Et avec ce qui se passe aujourd’hui, entre les lasagnes au cheval et le retour des farines animales, ça ne donne vraiment pas envie de recommencer.»

Le commentaire de la diététicienne Renoncer aux produits carnés, c’est «tout à fait concevable» pour Hélène Faurie, diététicienne diplômée HES. «Il faut simplement veiller à ce que son apport en protéines et en fer soit suffisant, en mangeant des produits laitiers, du tofu, du poisson, des céréales et des légumineuses.» Par contre, l’experte reste très réservée face au végétarisme, excluant tous les produits d’origine animale (lait, œuf, etc.) et pouvant induire des carences sans compléments alimentaires.

Sans huile de palme: le parcours du combattant

Produits cosmétiques, chips, biscuits, soupes en sachet, plats préparés, pâte à gâteau, chewing-gum, chocolats… difficile de lui échapper. L’huile de palme est partout, même si son nom n’apparaît pas toujours en toutes lettres dans la liste des ingrédients de vos friandises préférées.

Le problème Un succès évident, car l’huile de palme a une grande qualité: son rendement est exceptionnel. Mais elle a surtout deux gros défauts: sa culture entraîne une déforestation massive, et elle ne possède quasi aucun intérêt nutritionnel. A tel point que de nombreuses marques alimentaires ont soit renoncé à l’utiliser, soit fait le choix de filiales durables et certifiées, comme pour la crème à tartiner Nutella.

La démarche d’Adrien Malgré sa quasi omniprésence, le Français Adrien Gontier, étudiant en géochimie, a relevé le défi: ne pas consommer du tout d’huile de palme durant un an (de juillet 2011 à juillet 2012). Douze mois durant, lui et sa compagne tiennent à jour un blog (vivresanshuiledepalme.blogspot.ch), racontant leurs difficultés, actualisant la liste des produits ne contenant pas cette fameuse huile. Adrien Gontier a depuis assoupli son «régime»,mais cette expérience l’a rendu plus attentif à ses choix de consommation que ce soit dans l’alimentation, les cosmétiques ou l’habillement. Il a par exemple décidé de limiter la viande: «J’en mange moins, mais de meilleure qualité. Idem pour le chocolat, j’essaie de privilégier des labels équitables. Ce sont de petites choses en somme, parce que je ne veux pas me limiter à un seul produit. Même l’huile de palme, ce n’est pas le mal absolu. Il faut simplement être conscient de son omniprésence et la consommer de manière modérée.»

Le commentaire de la spécialiste L’utilisation d’huile de palme certifiée permet d’améliorer un tant soit peu les choses au niveau environnemental, même s’il ne représente que 14% de la production. Reste le problème nutritionnel. «Mon conseil de base est qu’il faut essayer le plus possible de consommer des produits bruts, à cuisiner soi-même, d’apprendre à bien lire les étiquettes et de préférer si possible les produits sans huile de palme», résume Aline Clerc, experte de la thématique au sein de la Fédération romande des consommateurs (FRC).

Sans alcool: un défi aux convenances

C’est un secret de Polichinelle: Claude Nobs, le fondateur du Montreux Jazz Festival, avait l’habitude de se verser du jus de pomme gazeux dans sa flûte de champagne. Un subterfuge qui lui permettait de garder ses esprits tout en faisant croire à ses convives qu’il ne crachait pas dans son verre. Cette anecdote montre que dans notre société la consommation de boissons alcoolisées peut être vue comme une obligation.

Le problème Et pourtant, l’alcool constitue, en Europe, la 3e cause de mortalité. En Suisse, environ 2000 personnes meurent chaque année d’en avoir abusé. Avec le tabac, le surpoids et le manque d’activité physique, c’est ainsi le facteur de risque le plus important parmi les maladies non transmissibles.

La démarche de François Journaliste valaisan de 38 ans, François ne boit pas une seule goutte d’alcool. «Quand j’avais 14 ans, j’écoutais de la musique punk hardcore, notamment le groupe US Minor Threat. Leur truc, c’était de se dessiner une grosse croix sur les mains, ce qui signifiait qu’ils ne consommaient ni drogue, ni viande, ni alcool. Cette prise de position m’a plu, et je l’ai simplement transposée dans mon quotidien valaisan. Pour me singulariser, j’ai donc rejeté la picole, une vraie convenance sociale en Valais… Ses amis buveurs ont beau lui dire qu’il «rate quelque chose», lui s’en fiche. «Dernièrement, j’ai interviewé l’acteur Jean-Pierre Marielle, et durant la conversation, il m’a servi un verre d’humagne. J’y ai trempé mes lèvres pour lui faire plaisir, mais j’ai trouvé ça parfaitement désagréable, un peu piquant… Et le reste du verre a fini discrètement dans le pot de fleurs à côté de moi.»

Le commentaire de l’experte Aujourd’hui, 11,5% de la population suisse se dit abstinente. «La consommation globale d’alcool baisse, note Corine Kibora, porte-parole d’Addiction suisse. Reste qu’elle est jugée problématique chez environ 20% de la population. On connaît les dangers de devenir alcoolique, on sait qu’alcool et conduite ne font pas bon ménage, mais on ignore encore souvent que l’alcool est un facteur de risque pour plusieurs cancers.»

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