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Une année sabbatique en famille

Ils convertissent leurs rêves en milliers de kilomètres ou de miles parcourus. Jouent à la marelle avec les méridiens et les tropiques, disparaissant derrière l’horizon pour ne revenir que bien plus tard, grandis par la vie, les joies et les tempêtes. Eux, ce sont les «sabbatiqueurs». Des familles aux semelles de vent qui ont décidé d’aller voir là-bas si elles y étaient.

A l’occasion d’un voyage au long cours, ces couples avec enfants mettent carrière, confort, ascension sociale et autres notions clés de notre époque entre parenthèses. Aperçus de loin, ils passeraient volontiers pour de doux rêveurs cherchant à fuir la routine. On les jalouse secrètement tout en pensant qu’ils auront bien à revenir sur terre un jour. Et que cette fugue n’était qu’une tentative illusoire de s’affranchir de la gravité du réel. Erreur sur toute la ligne! Car au bout du chemin, leur quotidien a gagné en humanité.

Tous ceux qui ont tenté l’expérience remarquent cette complicité formidable cimentant tous les membres du clan. Que l’on soit adulte ou enfant, on gagne en maturité, d’avoir vécu dans la simplicité, découvert des facettes du globe où eau potable, nourriture et biens matériels ne coulent pas à flots. Les rencontres, aussi, marquent, et restent une source inépuisable d’inspiration. D’ailleurs, même les entreprises commencent à cerner les bénéfices de l’année sabbatique. Certaines, visionnaires, ont bien compris l’importance de la «work-life balance»: des collaborateurs épanouis, qui rayonnent dans leur vie privée parce qu’ils ont trouvé un sens à l’existence, feront forcément rejaillir cette énergie et cette créativité au bureau. D’où la tendance avouée, ces dernières années, à considérer les demandes de longs congés avec de plus en plus de bienveillance. En somme, tout quitter pour dévorer la route, mettre les voiles ou expérimenter une nouvelle existence, n’est en rien une fuite utopique de l’univers professionnel. Mais bien un acte responsable fondateur d’avenir.

Le tour du monde en bateau

Le projet Dans un couple, on est toujours trois, selon le dicton… En ce qui concerne Muriel et Hervé Favre, le troisième élément, c’est l’eau. Amoureux des mers, lacs et autres étendues aquatiques, ils pratiquent tous les deux la voile à haut niveau. Fin 2007, leur rêve de longue date prend des contours précis: une aventure d’une année en famille dans l’Atlantique. «Cet intervalle est un classique chez les marins, détaille Muriel, car c’est généralement le temps nécessaire pour réaliser un tour complet de cet océan.» A ce moment, la famille ignore encore que le projet est à géométrie variable. Car emportée par l’exaltation, ce n’est pas une, mais trois années qui s’écouleront entre l’appareillage et le retour sur la terre ferme, avec un détour non prévu par le Pacifique…

Les préparatifs Nos voyageurs ont des idées bien arrêtées sur les caractéristiques du bateau. Pour cela, rien de mieux que de le faire construire. «On voulait un catamaran léger et performant pour prendre plaisir à naviguer, autrement dit pas une caravane…» Le Kangaroo sera présenté lors d’un salon à La Rochelle, juste avant de prendre lamer au mois de septembre 2008. Côté jardin, il y a la location de la maison, dont l’annonce paraît en avril. Craignant de ne pas trouver de candidat dans les temps, le couple parviendra pourtant à donner les clés du domicile dès l’été. L’autre étape importante des préparatifs, la déscolarisation des deux enfants, est solutionnée par un compromis. «Malgré les pourparlers, aucun prof n’a été partant pour organiser des cours et des exercices à distance, regrette Muriel. Heureusement, un copain enseignant s’est arrangé pour nous fournir les livres.» Dans le domaine professionnel, les choses sont plus radicales. Seul membre de la famille à travailler, Hervé démissionne. «C’est un risque, mais le retour est forcément dur, du coup si on se retrouve à la même place, c’est étrange.»

L’aventure Avec un budget mensuel d’environ 2500 francs, provenant de la location de leur logement, nos globe-trotters ne s’en tirent pas si mal niveau financier. En dehors des réparations menées sur le catamaran, les dépenses sont minimes. «Dans les autres pays, la vie est souvent moins chère qu’en Suisse, et on n’a plus tellement de raisons de céder à des achats inutiles.» Entre deux mouillages, le temps est comme suspendu, en particulier lorsque les lectures viennent à manquer. «Lors de la première traversée, nous avons fait l’erreur d’emporter peu de livres. En plein milieu de l’océan, nous n’avions plus rien de neuf à lire. Moi et mon mari avons alors dévoré les bouquins des enfants». A l’escale suivante, ils s’empresseront d’acquérir un e-book afin de télécharger des ouvrages numériques par rayonnages entiers depuis les cafés internet…

Les bienfaits On lit énormément sur un bateau, ce qui n’empêche pas une communion de tous les instants entre les passagers. «L’unité familiale est incroyable. Ici, on ne se voit pas juste à table.» A en croire leurs parents, les enfants ont acquis une grande maturité grâce à toute cette expérience. Hauteur de vue qui rendrait même leur compréhension difficile pour les copains. «En partant, ils avaient un an d’avance, précise le couple, qu’ils ont conservé au retour, en dépit des examens passés.»D’ailleurs, au final, le retour n’a pas été si périlleux que ça. Hervé a trouvé le job de ses rêves depuis l’Australie, en postulant par Skype. «Un congé sabbatique peut être un plus dans un CV, confirme Muriel. Et cela donne beaucoup de force pour la suite, car on a appris à être soi-même.»

Une année en Schwyzertütsch

Le projet Parfois, changer de vie peut se décider en un jour. Ou en bien moins de temps, comme pour la famille Fassbind. «L’idée s’est imposée en un quart d’heure, pendant une discussion», se rappelle Eric, le papa, propriétaire de plusieurs hôtels à Lausanne. «C’était début 2012. A l’époque les enfants avaient en tête de nouveaux challenges scolaires, et puis moi et ma femme avions envie de changer d’air.» A l’inverse de certains désirant rejoindre des contrées forcément exotiques, eux optent pour Zurich et sa qualité de vie si souvent louée. Eric y a acheté un établissement en 2011, et souhaite développer son activité. «Certes, nous n’avons pas le mérite de ceux qui vont en Afrique, mais bien que ce soit le même pays, c’est très différent.»

Les préparatifs A l’annonce du projet et surtout de la destination, l’entourage ne manque pas de réagir. «On nous a parfois pris pour des fous, commente Eric, notamment parce que là-bas on allait devoir parler le suisse allemand… Nous, on leur répondait que c’était une façon de déclencher une sorte de crise de la quarantaine contrôlée!» Et la location de leur logement? Via une annonce postée sur internet, les Fassbind trouvent la perle rare, un couple de Londoniens quittant l’Angleterre pour s’installer à l’essai dans le canton de Vaud.

Le quotidien Depuis août dernier, la vie zurichoise bat son plein pour nos exilés. Ils disent apprécier l’agitation permanente d’une ville dont le cœur palpite aussi le dimanche. Actuellement en prospection d’un nouvel hôtel à acquérir, Eric a troqué le traditionnel bureau contre un support portatif de son invention. «J’ai acheté un grand sac Freitag qui me suit dans tous mes déplacements et dans lequel je fourre mes affaires professionnelles. Finalement la mobilité n’est pas un problème. Je pourrais aller travailler jusqu’à Tokyo avec ce sac.»

Les bienfaits Leurs enfants sont inscrits à l’école, et même si cette année ne pourra être validée, elle leur sera utile sur le plan linguistique. Et ces amoureux de la nature profitent également de la proximité des montagnes pour enchaîner les balades. «Il n’y a pas d’amis à visiter, du coup on passe bien plus de temps ensemble. Nous avons gagné en proximité.»

Sur les routes du monde en camping-car

Le projet Baroudeurs dans l’âme, Véro et Thierry avaient dès le début de leur histoire l’idée d’un périple autour du monde. Et puis avec le temps, les soifs d’antipodes ont tendance à se noyer dans la routine. Il y a pourtant un déclic en 2005. De retour d’un séjour au Maroc, les amoureux et leurs quatre bambins ont le mal du pays à l’envers: en clair, ils n’arrivent plus à se réadapter. Dans la fièvre de l’enthousiasme, les voilà donc qui échafaudent ensemble une longue odyssée à travers les continents. La monture? Ce sera un camping-car.

Les préparatifs «Partir demande de s’y consacrer entièrement, observent-ils. D’ailleurs, on n’imagine pas à quel point les préparatifs sont monstrueux.» Preuve en est: la famille s’était donné dix mois pour tout mettre sur pied… jusqu’à ce qu’elle s’accorde une année supplémentaire face aux nombreux imprévus. Pour acheter le véhicule, le couple doit vendre sa maison. Il faut ensuite régler la question de l’école. «Heureusement c’est assez facile de déscolariser les enfants dans le canton de Vaud. Ce fut une bonne surprise car on s’attendait à beaucoup d’obstacles.» Thierry gérait jusqu’ici une entreprise de formation avec un associé. Il confie les rênes de la boîte à ce dernier durant son absence. Une affaire qui sera, en outre, le principal revenu pour alimenter le budget de cette tribulation.

L’aventure Parti en octobre 2008, ayant sillonné la Méditerranée, l’Afrique, l’Inde, l’Asie et enfin l’Amérique du Sud, l’équipage est revenu en avril 2012. Mais pas question de se réacclimater à la vie sédentaire. La famille n’a pas réaménagé: même en Suisse, elle préfère loger dans son camping-car. D’ailleurs, après avoir écrit un livre sur ses aventures, elle vient de lever l’ancre à nouveau, définitivement conquise par le nomadisme. Cette fois, cap vers le Portugal, puis de nouvelles destinations. Les enfants sont inscrits au CNED français jusqu’au bac. «Vu l’âge de l’aîné, nous avons encore trois ans de mobilité garantie.»

Les bienfaits Dans les 10 m2 du camping-car à se répartir entre six personnes, il n’y a plus de place pour le non-dit. «Un espace aussi restreint fait jaillir une intensité de vie et une vérité de l’instant présent, remarque Thierry. Nous avons une énorme complicité. Et c’est une joie de voir ses enfants grandir.» Une atmosphère idyllique qui n’est cependant pas dénuée d’une véritable organisation. A bord, chacun se voit attribuer ses jours de vaisselle, et le matin, les enfants n’échappent pas à l’école dispensée par leurs parents. «Ces repères sont essentiels, soulignent nos professeurs improvisés. Ce voyage n’est pas conçu comme une promenade oisive, il y a un but éducatif derrière, avec les notions d’échange, de responsabilité. Il permet de trouver ses propres repères.»

Un livre est né de ce périple sur la route: Miss Terre et les six doigts de la main, Editions le Vent Blanc, 2012. (En vente sur le site www.sixenroute.com)

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