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Il est attablé sur la terrasse d’un café du XVe arrondissement, à Paris. Une cigarette à une main et la laisse de son chien Edgar - un beagle sympathique et curieux – à l’autre. Les serveurs du bistrot ne semblent guère émus de voir l’homme de télé dans leur établissement. Jean-Michel Maire est un habitué. Ce Vosgien de 52 ans, devenu Parisien par amour, vit dans le quartier depuis une quinzaine d’années. Et le succès de «Touche pas à mon poste!» émission dans laquelle le journaliste est chroniqueur, n’a rien changé à son quotidien. Ou presque. Car à peine l’interview commencée, un passant le reconnaît et demande s’il peut prendre une photo. Jean-Michel Maire décline en expliquant qu’il est en train de travailler et invite le jeune homme à repasser plus tard, assurant qu’il est «ici régulièrement». Puis il revient à l’entretien: «Qu’est-ce qu’on disait, déjà?»

FEMINA Qu’ignore-t-on à votre sujet qui mériterait d’être connu?
JEAN-MICHEL MAIRE Pas grand-chose, je le crains! Je suis fidèle en amitié. Mon grand-père était paysan, mon père anesthésiste mais il avait grandi dans le Jura, et tous deux m’ont transmis le respect de la parole donnée. J’aurais aussi adoré être musicien. J’ai tâté un peu de tous les instruments – piano, guitare, harmonica, saxophone – en espérant que je finirais par être bon. Et puis un jour, avant d’entamer la harpe et le cor de chasse, j’ai décidé d’arrêter les frais. Dans ma jeunesse, j’ai fait beaucoup de chant. J’aimais l’art lyrique. Durant dix ans, j’ai fait partie des Petits chanteurs à la croix de Lorraine, une chorale avec laquelle je suis parti en tournée au Japon, aux Etats-Unis, au Canada, en Amérique du Sud… Puis j’ai tenté le Conservatoire de chant à Nancy, avant de réaliser qu’il fallait que je choisisse un métier «sérieux» pour pouvoir nourrir ma famille le jour où j’en aurais une. Donc j’ai opté pour une formation de pilote, mais mes illusions se sont vite crashées. Pour finir, le journalisme s’est imposé à moi.

Comment êtes-vous arrivé à ce métier?
Mon rêve, c’était d’être pilote de chasse. J’ai suivi des cours, j’ai passé mon brevet, mais ma vue n’était pas assez bonne pour que je puisse en faire mon métier. Cela a été une vraie frustration. A la vingtaine, je me suis retrouvé, comme beaucoup de jeunes, à ne pas savoir quoi faire de ma vie. Une nouvelle maîtrise en communication et journalisme venait de se créer à Nancy et je m’y suis inscrit, un peu par désœuvrement. Cette formation étant parrainée par «L’Est républicain», j’ai pu faire des stages dans le journal avant d’y être embauché. Durant trois-quatre ans, j’ai touché à toutes les rubriques: faits divers, chronique judiciaire, locale… Cette expérience a été très formatrice. La presse quotidienne correspondait bien à mon caractère: j’aime aller vite et ne pas être enfermé dans un bureau. Au début des années 90, j’ai suivi ma première femme à Paris, où j’ai rapidement trouvé un emploi chez «France-Soir». J’ai commencé comme journaliste politique, puis lorsqu’un poste s’est libéré au service des affaires militaires, je suis devenu grand reporter. J’étais chargé de couvrir les affaires de défense et les conflits dans lesquels la France était engagée, comme la guerre en ex-Yougoslavie.

Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience?
Je me souviens du siège de Srebrenica. J’ai participé à un largage de vivres au-dessus de la ville. Nous avons décollé d’une base américaine à Francfort et avant de partir, les militaires m’ont pris tous mes papiers d’identité, pour ma propre sécurité. Ainsi, si l’appareil devait se poser et que j’étais fait prisonnier, les belligérants ne pourraient pas m’identifier. C’était la première fois que je prenais l’avion sans documents officiels sur moi! Je me souviens aussi qu’un curé est passé avec une sorte de marmite pleine d’eau bénite devant les appareils pour les bénir. Là, j’ai eu la confirmation que ça n’allait pas être un vol tout à fait normal… Mais au cours de cinq ou six ans où j’ai été grand reporter, je n’ai jamais craint pour ma vie. Je n’ai jamais pensé que je ne reverrais jamais ma famille, ni entendu des balles siffler autour de moi. Les risques qu’on prenait en tant que journaliste étaient assez mesurés en comparaison avec ceux qui pesaient sur les personnes vivant sur place. Contrairement à nous, elles ne pouvaient pas bénéficier de vestes pare-balles et d’escorte blindée pour traverser Sarajevo.

Le terrain ne vous manque pas?
Non, j’ai tourné la page. Après avoir travaillé dix ans à «France-Soir», je suis parti au «Figaro» où créé le service multimédia. Deux ans plus tard, on m’a confié le poste de chef du service télé-radio. C’est durant les huit ans que j’ai passés à ce poste que j’ai fait mon apprentissage du milieu de la télé. En 2010, j’ai rencontré Cyril Hanouna au cours d’une émission diffusée sur la chaîne câblée TPS Star à laquelle je participais. Il m’a dit qu’il s’apprêtait à lancer son propre talk-show et m’a proposé de me présenter au casting. J’ai été choisi parmi une cinquantaine de candidats. Après avoir travaillé durant vingt-trois ans dans la presse quotidienne, je suis passé de l’autre côté de la barrière, et le côté léger de la télé me va très bien. Je n’ai plus de carte de presse, mais je me sens toujours journaliste dans l’âme.

Lorsque vous êtes passé d’homme de plume à homme d’image, qu’est-ce qui vous a le plus surpris?
Le fait qu’il suffise de passer à l’écran pour se retrouver doté d’un coup de toutes les qualités. En vous starifiant, en vous popularisant, la télé a la capacité magique de vous rendre beau aux yeux des gens, alors qu’en réalité vous n’avez pas changé. C’est peu injuste car dans d’autres métiers, on ne bénéficie pas de cette reconnaissance. Dans la presse écrite, les seuls retours que je recevais de lecteurs étaient des lettres me signalant que j’avais mal orthographié un nom ou fait une erreur. C’était rare qu’on m’écrive pour me féliciter.

Ce succès populaire a-t-il changé vos habitudes?
Aujourd’hui, les gens m’arrêtent dans la rue pour me prendre en photo. Je ne comprends toujours pas l’intérêt de la chose, mais généralement, j’accepte volontiers. C’est bien la moindre des choses! Parfois, au supermarché, il arrive qu’une caissière me reconnaisse dans la queue et me fasse signe de passer devant tout le monde. Je trouve ça extrêmement gênant, alors je fais semblant de ne pas la voir! En fait, c’est surtout la gestion de mon temps qui est totalement différente. Avant, je me levais tôt pour être au «Figaro» à 9 heures du matin, alors qu’aujourd’hui, en début d’après-midi, je commence par regarder en replay les émissions de la veille dont on parlera le soir dans «Touche pas à mon poste!» Puis vers 16 h 30, je dois être au studio. On enchaîne stylisme, maquillage, coiffure et rapide réunion avec Cyril. A 18 h 30, on est à l’antenne et on termine deux heures plus tard.

Cela vous laisse du temps libre pour vous occuper de votre famille?
Oui. J’ai un garçon de 20 ans qui étudie dans une école de commerce à Angers (Ndlr: ouest de la France) et une fille de 13 ans qui habite juste à côté de chez moi, à Paris. Elle vit avec sa mère, qui en a la garde, et passe avec moi les week-ends et les vacances. Mon ex-femme et moi nous entendons très bien, aussi nous gérons la situation en bonne intelligence pour que ça se passe le mieux possible.

Comment une ado vit-elle la réputation de Casanova que l’émission donne de son père?
Plutôt bien. Ma fille n’a pas la télévision chez elle – sa mère possède un poste qui n’est raccordé qu’à un lecteur DVD - mais quand je me déguise en Lorie, Alizée ou en Chippendale et que ses camarades, ou même le directeur de la cantine, lui en parlent le lendemain à l’école, elle n’aime pas avoir l’impression qu’on se moque de son papa. Mais au fond, elle a bien compris qu’il y a d’un côté l’image que je donne à la télé, et de l’autre, ce que je suis dans la vraie vie. La fiction dépasse la réalité. Heureusement, sinon ça serait grave!

Avec le recul, regrettez-vous de vous êtes prêté à certaines parodies?
A partir du moment où on participe à l’émission, on doit tous contribuer à son succès. On est tous dans le même bateau. Je ne me mets donc pas de frein. J’ai conscience que certaines parodies sont parfois ridicules, voire pathétiques, mais elles font partie du charme de «Touche pas à mon poste!» C’est sûr que lorsque j’étais journaliste au «Figaro», je n’ai jamais rêvé de me déguiser en cafard ou de faire un strip-tease sur un plateau de télé. Mais il n’y a rien que je regrette vraiment.

Avez-vous parfois l’impression de devoir vous justifier par rapport à votre étiquette de séducteur?
J’ai pris le parti de ne pas parler de ma vie privée à l’antenne. Aussi je préfère cent fois passer pour le séducteur loser qui n’arrive jamais à pécho, plutôt que d’être obligé de raconter mes aventures sentimentales. Dans la rue, parfois les gens me plaignent: «Il paraît que ça fait depuis la mort d’Edith Piaf que vous n’avez pas couché avec une fille, ça doit être dur!» Je n’essaie même pas de les contredire. Comme Cyril Hanouna en rajoute à chaque fois qu’on a une invitée sur le plateau, en prétendant que je n’arrive pas à me caser, le public a fini par penser que c’était vrai. Mais la réalité est tout autre. Je ne suis pas marié, mais je profite de la vie, comme tout quinqua parisien.

Vous avez confié dans la presse souhaiter présenter une émission telle que Maison à vendre. Votre appel a-t-il été entendu?
Non, mais j’espère que cela finira par se savoir. J’ai toujours tendance à me dire qu’on va venir me chercher. Dans ce métier, c’est un vrai défaut! Cela dit, je ne me vois pas faire l’animateur d’un talk-show comme «Touche pas à mon poste!» parce qu’il faut avoir un vrai talent pour ça. En revanche, cela m’amuserait de présenter un jeu d’aventure comme «Koh-Lanta», «Pékin Express», ou alors une émission comme «Maison à vendre». Mais en restant sur D8.

Vous ne reviendrez jamais à la presse écrite?
On ne peut pas dire jamais, mais je ne me vois pas du tout refaire du quotidien. C’est trop prenant. Tenir une chronique dans un magazine me plairait plus. J’aimerais aussi goûter au cinéma, mais je ne sais pas si j’en aurais le talent. Sur D8, on est appelés régulièrement à tourner de petits films parodiques. L’exercice m’a amusé à chaque fois. En outre, on a eu la gentillesse de me dire que je n’étais pas le pire acteur que la terre ait porté, donc pourquoi pas? Même à mon âge avancé, cela me plairait de décrocher un petit rôle, ne serait-ce que porter un plateau de fruits de mer à l’arrière d’un restaurant.

D’ici cinq ou dix ans, vous serez où, alors?
Je crois beaucoup au destin. Je ne fais jamais de projets à long terme, je préfère vivre au jour le jour. Je ne sais pas quel sera mon métier dans quelques années – si ça se trouve, je vendrai des photocopieurs à Clermont-Ferrand – mais j’espère que j’aurais autant de plaisir à l’exercer qu’avec ma profession actuelle. Certains quittent leur travail le soir en ayant mal au dos parce qu’ils ont porté des colis ou des meubles. Moi, si j’ai mal quelque part en sortant du plateau de Touche pas à mon poste!, c’est aux maxillaires… d’avoir rigolé pendant deux heures. C’est un vrai privilège.

Où le voir?

Dans «Touche pas à mon poste!» du lundi au vendredi sur D8, à 18 h 30.

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