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Epouser un homme divorcé – ou simplement se mettre en couple avec lui – c'est accepter qu'il s'installe dans notre vie avec des bagages: quelques blessures, une ex et, souvent, un ou plusieurs enfants. Le mélange peut se révéler explosif, comme l'a découvert à ses dépens Claire, 36 ans. Elle a rencontré son actuel compagnon il y a six ans. Dans sa vie à lui: deux enfants, aujourd'hui adolescents. «Tout s'est bien passé… jusqu'à ce que je tombe enceinte de mon aîné, se rappelle-t-elle. Au moment où l'ex-femme de mon compagnon a appris la nouvelle, elle a pris leurs enfants en otage. Aujourd'hui, il ne les voit plus. Nous ne sommes là que pour payer les pensions. Je dis «nous» car, même si nous ne sommes pas mariés, je l'ai beaucoup aidé financièrement.»

L'histoire de Claire est emblématique: épouses ou concubines, la loi suisse considère les femmes qui viennent après un premier mariage comme comptant (presque) pour beurre. C'est de cette injustice qu'est née en 2012 l'association Donna2. Elle réunit des femmes qui vivent aux côtés d'un homme séparé ou divorcé et qui se battent pour ne plus être traitées comme des femmes de seconde zone. Elles viennent ainsi d'envoyer une lettre ouverte aux autorités compétentes en matière de divorce, où elles réclament que la durée maximale de la procédure de divorce soit fixée à deux ans, que le partage définitif du 2e pilier et la perte du droit à l'héritage interviennent à la date officielle de séparation.

Elles revendiquent également la fin de leurs obligations financières et la garde alternée comme postulat de départ. «Nous visons une discussion autour de l'égalité de traitement entre les hommes et les femmes. Les choses ont évolué. N'oublions pas qu'en Suisse un mariage sur deux se termine par un divorce, donc beaucoup de gens sont concernés», rappelle Sarah de Cupis, membre de Donna2 et auteure de cette lettre.

Deux poids deux mesures

Médecin, cette jeune femme de 34 ans vit aux côtés d'un père de deux enfants empêtré dans un divorce difficile. «Pour le moment, ma vie et celle de mon compagnon sont dictées par son ex-épouse. J'aimerais avoir des enfants avec lui, mais rien n'est possible tant qu'il est encore marié. Je ne peux même pas vivre avec lui car mon salaire serait pris en compte lors du calcul des pensions; or son ex-femme en a déjà obtenu une très importante. La société a créé des lois censées protéger les femmes, mais qui finissent par se retourner contre elles», conclut-elle.

Pour Katherin Säuberli, fondatrice de Donna2 et elle aussi mère d'un enfant qu'elle a eu avec un père divorcé, la législation suisse illustre parfaitement le proverbe qui voit l'enfer pavé de bonnes intentions: «On doit cette loi aux féministes des années 1970. Le but était de protéger les femmes et d'éviter que celles qui auraient cessé de travailler pour se consacrer à leur foyer se retrouvent sans ressources si leur mari venait à les quitter. Aujourd'hui, cela tourne au désavantage de celles qui choisissent un homme précédemment marié, car la première épouse est favorisée même si le couple n'a pas eu d'enfants.»

En 2012, Katherin Säuberli avait envoyé une première lettre ouverte à Simonetta Sommaruga demandant à la conseillère fédérale de mettre fin à ce qu'elle estime être une «dérive féministe». «Pourquoi y a-t-il deux poids et deux mesures dans le calcul des pensions alimentaires selon qu'elles sont destinées aux enfants du premier ou du second mariage? Pourquoi certains hommes doivent- ils survivre avec le minimum vital (2500 francs tout compris) > > et que nous, les «secondes femmes», sommes obligées de nous épuiser au travail pour subvenir aux besoins de la première famille?», écrivait-elle alors.

Une situation que Dalila, 39 ans, maman d'une fille de 12 ans et mariée à un père de deux (grands) enfants, connaît bien. «Financièrement, nous avons trois enfants à charge, en dépit du fait que mon mari a la garde du cadet et son ex-femme celle de l'aîné. J'avais pensé que cette répartition annulerait les pensions, mais non: mon mari doit continuer à payer pour son ex», soupire-t-elle. Et de constater, navrée, qu’«à force de vouloir protéger le premier mariage on finit par péjorer le deuxième».

Zapper la case mairie

Ces questions de pension ont amené Claire et son compagnon à zapper la case mairie. «Nous voulions éviter que l'on touche à mon salaire, explique-t-elle. Je travaille à 60%, j'ai envie que cet argent puisse profiter un peu à mes enfants, et non qu'il serve uniquement à payer les pensions. D'autant que les choses se sont envenimées au point que mon compagnon ne voit plus ses aînés: totalement instrumentalisés par leur mère lors de la séparation, ils ont fini par couper les ponts avec lui.» Aujourd'hui, si la priorité de Claire est l'éducation de leurs enfants à tous deux, elle trouverait normal que son mari puisse voir ses aînés et ne soit pas condamné à n’être qu’une banque. «Les deux parents devraient disposer des mêmes droits sur leurs enfants, conclut-elle. Et un père ne devrait pas avoir à se battre pour les voir.»

Bonne nouvelle: à partir du 1er juillet, son vœu devrait être exaucé. Du moins sur le plan légal. Car sur le plan relationnel, si la présence d'enfants complexifie les relations au moment d'une remise en couple, «ce qui compte, c'est surtout la qualité des relations entre les ex-conjoints et ce qu’ils ont su mettre en place pour la suite», précise France Frascarolo-Moutinot, coresponsable de l'Unité de recherche du centre d'étude de la famille du CHUV à Lausanne et auteure d’Option bonheur (Ed. Albin Michel). Plus facile en effet de gérer les choses si les deux anciens partenaires sont capables de se parler sans bris de vaisselle. «Les tensions au sein de la relation précédente ont des répercussions sur l'union actuelle et peuvent la fragiliser», ajoute Jacques-Antoine Gauthier, maître d'enseignement et de recherche au Centre de recherche sur les parcours de vie et les inéga-lités (LINES) à l'Université de Lausanne. Ce qui, effet domino oblige, ne peut que diminuer d’autant les chances qu’ont ces nouvelles relations de perdurer…

Car l'argent et les enfants ne sont pas les seuls bâtons que le destin s’amuse à glisser dans les roues de ces deuxièmes unions. Quand Elodie, 26 ans et mère d'un bébé de deux mois, a rencontré son compagnon il y a sept ans, il était papa et déjà séparé, mais pas encore divorcé. «Je ne pensais pas que ce serait aussi difficile. Pas seulement avec sa fille, mais aussi parce que, quand on aime quelqu'un, on a toujours envie que ce soit «la première fois». Or un homme qui a une ex-femme et des enfants a déjà tout fait avec l'autre. Il y a des jours où cette idée me met de mauvaise humeur», avoue-t-elle. Avant de nuancer: «Heureusement, il me rassure en me rappelant à quel point l'amour qui nous lie est unique. Nous avons aussi fait un vrai mariage, très différent de son premier, qui s'était déroulé un peu à la sauvette. Et puis je sais aussi que le temps jouera en notre faveur…»

Accepter l'histoire de l’autre

«Se trouver confrontée à la question de savoir ce que l'on va bien pouvoir donner à quelqu'un qui a déjà tout vécu demande de l'humilité et de la maturité», analyse Sacha Roulin, psychologue FSP et thérapeute de couple. Il faut accepter son histoire, le fait qu'il aura certainement déjà vu Venise ou Rome avec «l'autre», et que l'on arrive «après». > > On court aussi le risque de passer pour la petite jeune avec qui il va s'amuser maintenant que les choses sérieuses sont derrière lui. «Or, si l'on souhaite construire quelque chose – avec ou sans enfants – la seule issue est de s'affirmer», déclare-t-il. Comment? «On peut favoriser ses relations avec ses enfants, tout faire pour qu'il soit le plus heureux possible. Et ne pas oublier que l'homme que l'on aime s'est aussi construit à travers sa paternité», suggère France Frascarolo-Moutinot. La principale et classique embûche qui guette le projet conjugal, selon Jacques-Antoine Gauthier, reste celle d'une éventuelle progéniture: «La femme veut-elle avoir des enfants? Et l'homme, en souhaite-t-il d'autres? Est-on d'accord sur cette question ou y a-t-il un décalage?» Un sujet à ne pas glisser sous le tapis car, comme le rappelle Sacha Roulin: «Chez les femmes qui me consultent et dont le conjoint a déjà des enfants, la question revient souvent. Si elles tentent de l’amener à en faire d’autres et que lui s’y refuse, l’amour sera-t-il plus fort que ce désir frustré, chez elles? Y renoncer sans avoir clarifié le sujet ensemble, c'est prendre le risque de se confronter à des problèmes dix ans plus tard.»

Le rôle de marâtre

Avec ou sans enfants nés de la nouvelle union, une autre question essentielle se pose: comment gérer ceux de son homme? Car «ne pas s'entendre avec les enfants du premier lit est une cause de séparation», rappelle Jacques-Antoine Gauthier. Le problème, c’est qu’un père qui ne voit ses petits que quelques jours par mois est peu enclin à leur fixer des limites. «Lorsque nous avons eu notre premier enfant, j'ai demandé à mon compagnon de prendre position clairement quand il y avait des problèmes avec ses deux aînés, se souvient Claire. Mais il n'a pas réagi. Il craignait, s’il posait des règles, qu’ils ne viennent plus le voir.» A elle donc le rôle de la marâtre! Même topo pour Dalila avec son mari qui «souffrait de la culpabilité du père absent. J'ai imposé des règles, j’intervenais plus souvent auprès d’eux que leur père. Mais il me semblait fondamental de poser des limites.» Un choix souvent incontournable… même si la deuxième femme n'a aucun statut légal face aux enfants de son conjoint!

Seul rayon de soleil dans cet océan un peu sombre: «Certes, les études montrent que les couples avec enfants durent plus longtemps que ceux qui n'en ont pas. Mais elles montrent aussi une satisfaction plus grande dan s les deuxièmes unions», souligne Nicolas Favez, professeur de psychologie clinique à l’Université de Genève et coresponsable du Centre d'études de la famille à Lausanne. Il semblerait donc que l'on apprenne de ses erreurs…

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