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Stéphanie Pahud: «Nous évoluons dans une société où l’on n’a jamais autant parlé du corps»

La linguiste Stéphanie Pahud et ses nombreux tatouages

«Cet état d’esprit (le body positivisme) invite à s’aimer comme on est, et c’est ce qui me fait un peu tiquer. On laisse entendre qu’il existe un soi-même figé, définitif, à identifier et auquel adhérer. Or, nous nous inventons et nous réinventons sans cesse.»

© Lionel Caloz

A la fois invitation, injonction bienveillante et ode à ce corps, le nôtre, que nous croisons tous les jours devant le miroir, «Chairissons-nous!» (Ed. Favre) fait du bien là où nous sommes parfois mal dans notre peau. Le dernier livre de la linguiste, écrivaine et chroniqueuse Stéphanie Pahud veut nous faire regarder au-delà des normes sociales et des petits conflits personnels qui régissent notre anatomie. Savoir renouer avec sa dimension physique, apprivoiser son langage, devenir nos propres stylistes corporels, c’est en effet le meilleur moyen d’être soi avant d’être un discours.

FEMINA Le néologisme qui sert de titre à votre ouvrage laisse entendre qu’on se serait éloigné de notre corps, du charnel, d’une certaine sensualité. On pense au transhumanisme, aux relations virtuelles… Sommes-nous déconnectés à ce point?
Stéphanie Pahud
Nous évoluons dans une société où l’on n’a jamais autant parlé du corps. On le montre, on l’étudie, on le scrute, on en fait des théories et, pourtant, on a encore rarement le réflexe de l’écouter, de se laisser guider par nos sens. Notre corps est comme un langage, il offre d’innombrables signes à interpréter. Selon moi, et c’est le propos de ce livre, mieux on va connaître ces signes, plus on va gagner en autonomie.

Vous citez l’écrivain David Foenkinos, qui dit que «la sensualité précède l’esprit». Notre corps, premier outil de connaissance?

On garde une vision très utilitariste du corps. Il est moins perçu comme un capital matériel et symbolique, ce qui est dommage, car il est le premier vecteur de prise de connaissance du monde. On le voit bien avec les enfants, c’est par leurs expériences sensuelles qu’ils apprennent, qu’ils se donnent une idée de ce qui les entoure et de ce qu’ils y font. J’ai l’impression que plus l’on progresse en âge et plus on s’éloigne de cette capacité à ressentir les choses à travers son corps.

Chez les adultes, le corps semble en effet devenir un terrain conflictuel. N’est-il pas enfermé dans une certaine binarité le condamnant à être un ennemi à dompter, un boulet à alléger, ou alors un ami, un allié?
C’est vrai qu’on adopte parfois des comportements guerriers contre lui, contre son poids, contre son âge… et les diktats se sont installés à la fois chez les femmes et chez les hommes. Je dirais que le corps est davantage comme un partenaire. Avant d’être aimé ou haï, il faut admettre qu’il nous constitue. On doit dès lors adopter une attitude humble envers lui.

Pourquoi ne pas décider de s’en emparer comme un auteur s’empare de la langue, en forgeant son propre style? Je pense notamment au tatouage: on façonne, on réécrit son corps en adéquation avec ses expériences. Il faut s’autoanalyser, comprendre comment on fonctionne avec lui.

Le trend du body positive n’est-il pas sur la même longueur d’onde que vous, en encourageant à se libérer des diktats et à aimer son corps, quel qu’il soit?
Certes, ce mouvement part avec de bonnes intentions. Il dit au plus grand nombre que les canons de beauté absolus n’existent pas, et que se conformer à de telles constructions socioculturelles est aliénant et vous fait passer à côté de vous-mêmes. Cet état d’esprit invite à s’aimer comme on est, et c’est ce qui me fait un peu tiquer. On laisse entendre qu’il existe un soi-même figé, définitif, à identifier et auquel adhérer. Or, nous nous inventons et nous réinventons sans cesse.

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Se revendiquer d’une prétendue normalité, en opposition à un idéal, c’est en outre s’enfermer dans une autre catégorie qui réduit l’individu. De plus, le body positive me gêne beaucoup lorsqu’il sert à valoriser ce qui est de l’ordre des troubles comportementaux. A mes yeux, faire par exemple l’apologie de l’obésité morbide, comme avec les concours de Miss Ronde, pose certains problèmes sur le plan éthique.

Vouloir se détacher des normes est-il alors un projet illusoire?
On ne peut en effet pas fonctionner en dehors des normes, mais on peut quand même négocier avec elles. Il nous reste une marge de manœuvre, de créativité, pour adapter notre corps à nos expériences de vie et nos vulnérabilités.

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