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Société: elle aime 2 hommes à la fois

Une femme, deux hommes, une possibilité. Eh oui, l’amour a ses raisons que les mathématiques parfois ignorent. Une femme et deux hommes, donc, pour deux grandes histoires qui filent en parallèle sans jamais se croiser. Deux fidélités avec, d’un côté, un mariage heureux et, de l’autre, une relation secrète nouée depuis longtemps. Aimer deux hommes en même temps, c’est sans aucun doute possible, mais pourquoi et pendant combien de temps? Une vie, c’est déjà toute une affaire à gérer. Alors quand elle se multiplie par deux… La double vie: une tentative romanesque d’échapper au quotidien plan-plan du couple; un fantasme, qui peut aussi traduire une certaine détresse.

Psychologue et codirectrice de l’Institut suisse de sexologie clinique à Genève, Marie-Hélène Stauffacher connaît bien cette envie folle de changement. «Il arrive que des femmes nous posent des questions à ce sujet lors de nos cafés sexo. D’expérience, je sais que si cette double vie les intrigue, c’est qu’en fait elles la vivent ou l’ont déjà vécue.» Et combien sont-elles à se poser la question? «Beaucoup plus que vous ne le croyez.»

Jouissance coupable

Des femmes qui cherchent à mener de front deux existences, Flavia Arigoni, psychologue et thérapeute de couple à Yverdon-les-Bains, n’en connaît pas. En revanche, elle en reçoit beaucoup qui sont à la fois mariées et amantes d’hommes libres ou non: «Et je peux vous dire qu’aucune ne vit bien cette situation. Elles culpabilisent de jouir avec quelqu’un autre… Dans double vie, il y a le mot double. Comme dans «agent double» il y a cette idée de trahison. Trahir ou se faire trahir, c’est quelque chose qui suscite toujours la peur.»

Aline a deux ados, un job stable et intéressant. Une vie rangée à Genève avec des sorties, des copines, la famille. Et un mari qu’elle aime depuis dix-huit ans: «Un homme cultivé, drôle, plein d’esprit que je n’ai absolument pas l’intention de quitter.» Alors pourquoi être allée voir ailleurs? «Parce que j’ai senti le désir s’éloigner, de son côté comme du mien. Admettre que vous ne suscitez plus rien chez la personne avec qui vous vivez est très difficile à accepter.»

La double vie comme un moyen de combler un manque. Un effet «membre fantôme» dont l’origine ne vient pas forcément d’où l’on pense. «Celles ou ceux qui subissent l’adultère croient toujours qu’ils en sont la cause, que leur mari ou leur épouse cherche ainsi à pallier une insuffisance. Mais ce n’est pas ça, continue Flavia Arigoni. Une double vie est avant tout liée à l’histoire de la personne qui en fait la démarche et éprouve ainsi la nécessité de respirer, de reprendre de l’air.» D’accord, mais pourquoi se compliquer la vie au point d’en avoir deux? Pour quelles raisons ne pas choisir de laisser tomber une relation qui sonne désormais creux? «Vous, vous pensez à l’argent! rétorque Marie-Hélène Stauffacher. Vous imaginez que les femmes s’accrochent à leur foyer par souci matériel. Ce n’est pas faux, mais pas complètement vrai non plus. En tout cas, c’est un raisonnement extrêmement réducteur. Il y a simplement des hommes qu’on ne quitte pas, parce qu’ils apportent de l’intelligence, de l’attention, de la tendresse, du statut social. Et de l’amour aussi. Toutes choses parfois difficiles à remplacer.»

Le grand frisson

Il y a aussi le fait qu’une double vie n’est pas nécessairement liée au sexe. C’est le cas de Mélissa, très heureuse en amour. N’empêche, elle a quand même renoué il y a deux ans avec un flirt de jeunesse. «Mon envie était subtile, j’avais besoin de vibrer, de recevoir des SMS enflammés, de mettre aussi une part de risque dans ma vie. A la manière peut-être des sportifs de l’extrême qui ont besoin de croiser le fer avec la peur. Ma double vie, c’est mon grand frisson, ma manière à moi de me sentir vivante.» Mélissa aime son mari et le respecte. Elle a «juste» besoin de cet autre homme qui lui ouvre d’autres horizons, adore débattre et refaire le monde avec elle.»

«Un couple ne peut pas répondre à toutes les attentes. Il a besoin de relations extérieures pour se construire et se consolider. Il doit apprendre à se faire confiance et à s’autoriser certaines libertés. Cela peut se traduire par des liens d’amitié, par le sport ou toutes sortes d’autres activités», énumère Anne-Claude Rossier Ramuz, thérapeute de couple à Vevey. Car comme l’écrivait Balzac, serial lover du XIXe qui collectionnait les admiratrices comme d’autres les tableaux, «en amour, il y en a toujours un qui souffre et l’autre qui s’ennuie».

C’est ça. Le pire ennemi du couple ce n’est pas la tromperie, c’est la routine. «Mais lorsque la double vie touche à la sexualité, tout se complique quand même, prévient Anne-Claude Rossier Ramuz. Là, on attaque le cœur de l’intimité du couple. Une double vie motivée par le sexe est très souvent vécue comme une trahison de la confiance. Rares sont ceux et celles qui peuvent accepter de céder sur le désir d’exclusivité sexuelle. Ou alors chacun sait ce que fait l’autre et peut l’accepter. On négocie une sorte de contrat qui préserve la confiance mutuelle, base de la solidité du couple.»

Affaire de classe

L’histoire récente est pleine d’exemples célèbres de double vie complètement assumée. Irène Frain en a même tiré un «Beauvoir in love» qui raconte les trois années de folle passion entre l’auteure du «Deuxième sexe» et l’écrivain américain Nelson Algren. Il y a aussi, bien sûr, l’aventure entre Anaïs Nin et Henry Miller. Les deux écrivains américains, mariés chacun de leur côté, nourriront pendant dix ans une relation sulfureuse, douloureuse et érotique que la première consignera dans un «Journal» désormais fameux. Des écrivains, des gens du monde, des intellectuels… La double vie serait-elle une affaire de classe? «On peut imaginer que ce mode de vie s’observe plutôt dans les classes favorisées et intellectuelles», analyse Nadia Ammar, doctorante en sociologie à l’Université de Genève. «Parce que les femmes évoluant dans ces milieux tendent davantage à remettre en question les rôles traditionnels de genre. Et parce que leur situation professionnelle leur permet une plus grande autonomie financière, ce qui est utile pour concrétiser sa double vie.» Un peu comme une cavale exige beaucoup de moyens pour passer entre les mailles du filet. Aline le sait, sa fuite passionnelle ne durera pas éternellement. «Tout cela se terminera un jour, d’une manière ou d’une autre, conclut-elle fataliste. J’ai une vie compliquée qui nécessite des stratagèmes que je n’aime pas appliquer mais c’est ainsi que je trouve mon équilibre. Je l’ai choisie, à moi de l’assumer. Sans culpabiliser. Pour le meilleur et pour le pire.»

Témoignages

«Une manière de me sentir exister», Dominique, 44 ans «Je suis mariée depuis douze ans à deux personnes: mon mari et… son travail qui ne le quitte jamais. On en a bien sûr parlé. Mille fois, il m’a promis de lever le pied. J’attends toujours. Pour autant, j’ai refusé d’endosser le rôle de l’épouse délaissée qui prendrait un amant. Reste cette obsession qui anime mon mari et m’en tient à distance.

«Il y a quatre ans, j’ai rencontré un autre homme, marié lui aussi. Avec lui, j’entretiens une liaison platonique et amicale. On s’appelle presque tous les jours. On parle de choses et d’autres. On s’écoute, on se donne des conseils, on fait parfois des marches en montagne. Bref, on se fait du bien et on se sent exister. Alors oui, c’est une histoire d’amour, mais sans coucherie, sans cette histoire de culpabilité un peu glauque. Même si je ne considère pas cela comme une tromperie, je préfère que mon mari ignore cette relation tendre. C’est mon jardin secret. Je ne pense pas qu’il comprendrait que cette amitié n’a jamais débouché sur un adultère.»

«Ma double vie a duré trois ans», Cécile, 37 ans «Je vis avec un homme que j’aime et qui m’aime. Mais pour lui le désir ne passe pas forcément par la relation sexuelle. Il se manifeste plutôt par l’échange et les idées. Au début, c’était très excitant et stimulant, assez vite pourtant, c’est devenu très frustrant.

«J’ai rencontré un autre garçon, un ami d’une amie qui m’a tout de suite fait des avances. On a couché pour la forme. Et puis on y a pris plus de plaisir que prévu. Mais autant cette relation me faisait un bien fou, autant je me sentais atrocement coupable. Il fallait imaginer des prétextes, toujours penser à cacher des indices, mentir souvent sur mon emploi du temps. Je vivais davantage cette double vie comme un drame que comme une liberté. Au bout de trois ans, j’ai donc décidé de tout arrêter. Une vraie rupture qui s’est déroulée dans la douleur. Ça a été le prix à payer pour que je retrouve ma paix intérieure.»

«La double vie, une affaire d’homme?»

Deux questions à Nadia Ammar, doctorante en sociologie à l’Université de Genève.

La double vie n’est-elle pas une attitude avant tout masculine?
Dans le cas d’une double vie familiale, on peut en effet le penser. Parce que les hommes ont un pouvoir financier plus grand qui leur permet d’entretenir deux foyers. Et plus logiquement, parce qu’une femme arriverait difficilement à cacher un enfant à l’un de ses partenaires. Si on parle d’une double vie sous la forme d’un adultère prolongé, cela concerne aussi bien les hommes que les femmes. Même si venant de ces dernières ce mode de vie reste bien plus mal accepté.

Pourquoi cette différence?
Parce que la femme est encore perçue comme la gardienne du foyer attachée à son mari et à ses enfants. Tandis qu’il est admis que les hommes, dont le rôle se situe dans le monde professionnel et public, aient des activités extérieures. Cela expliquerait que la société juge plus sévèrement les femmes qui s’éloignent de leur famille, même pour une relation platonique.

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